La Premiership au cœur d'une histoire de gros sous, le Top 14 peut-il attirer (encore) plus de stars anglaises ?
En Angleterre, le casse-tête autour de la conservation en Premiership des meilleurs joueurs continue. Une situation qui pourrait profiter au Top 14.
En Angleterre, le casse-tête autour de la conservation en Premiership des meilleurs joueurs continue. Une situation qui pourrait profiter au Top 14.

Il y a deux ans, la Premiership et l’ensemble du rugby anglais ont vécu un séisme sans précédent. Alors que l’intégralité des équipes inscrites en première division présentaient des dettes considérables, les clubs des Wasps, des London Irish et des Worcester Warriors ont fait faillite. Le championnat ne compte plus que 10 clubs et le système de promotion et relégation est mis en pause pour sauver les clubs de l’élite encore présents.

Dans une situation complexe, le rugby anglais a de plus en plus de mal à retenir ses joueurs. De plus, des déclarations récentes et certaines actualités laisseraient penser que le Top 14 pourrait attirer des cadors anglais. En effectuant un état des lieux, non exhaustif, de l’écosystème du rugby anglais, voyons pourquoi l’Hexagone pourrait être le point de chute inattendu de certaines stars anglaises…

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Le désamour des stars

Certains des meilleurs éléments du XV de la Rose sont obligés de trouver des points de chute. Parmi eux, les plus marquants sont sans doute les frères Tom et Jack Willis, qui signent respectivement à l’Union Bordeaux-Bègles et au Stade Toulousain. Après un court bail, le premier retourne en Angleterre, mais le second reste dans l’Hexagone. Finalement, après trois saisons aux Saracens, le cadet revient en Top 14.

Ce choix de quitter délibérément la première division anglaise et la sélection a choqué en Angleterre. L’annonce du retour de Tom Willis à l’UBB, malgré la proposition financière conséquente réalisée en Angleterre, a fait naître des débats et remis l’orgueil anglais au placard sur certains points. Désormais, nos voisins d’outre-Manche sont confrontés à une triste réalité : leur championnat ne semble plus aussi attractif que cela.

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Le cas des Sale Sharks

Pourtant, certains gros noms dont le chemin inverse, pas vrai ? Cette semaine, le club des Sale Sharks a, par exemple, annoncé que Joe Marchant allait rentrer au bercail, avec l’objectif de disputer le mondial 2027 avec l’Angleterre. Toutefois, ce retour bienheureux pour l’écosystème du rugby anglais a été assorti de déclarations moins réjouissantes, de la part de l’encadrement de la formation du nord de l’Angleterre.

En effet, Joe Marchant n’était en réalité qu’un des éléments visé par les Sale Sharks, qui voulaient se créer une armada d’internationaux du XV de la Rose. Néanmoins, il est fort possible que le centre du Stade Français Paris soit le seul à avoir répondu à l’appel.Sur plusieurs dossiers, des joueurs et des agents ont demandé des sommes supérieures à la valeur marchande. Nous ne sommes pas naïfs au point de nous laisser rançonner sous prétexte que nous avons les ressources nécessaires pour constituer une équipe”, confiait à la presse l’entraîneur Alex Sanderson, selon des propos rapportés par Rugbypass.

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Par ailleurs, le technicien n’a pas hésité à jeter l’un des noms concernés en pâture à la vindicte populaire. “Chandler Cunningham-South est l'un d'entre eux. Il a demandé un salaire absolument ridicule. Nous n'étions tout simplement pas prêts à aller jusque-là”, a-t-il confié au sujet du troisième ligne international des Harlequins.

Selon Alex Sanderson, les négociations faites pour la signature d’un joueur sont devenues plus compliquées. Après des réunions faites avec d’autres acteurs de son club, il en conclut que le problème vient d’ailleurs : “Récemment, j'ai commencé à réaliser que c'était un peu un jeu d'argent.[...] Je ne suis pas sûr que le problème vienne de notre côté, car les salaires que nous proposons conviennent à beaucoup de nos joueurs et nous avons réussi à les conserver. Cependant, il est devenu plus difficile d'essayer de recruter des joueurs d’autres clubs.

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Un écosystème encore fragile

Ainsi, les clubs de Premiership ont décidé de limiter les dépenses, après les deux dernières années sombres. Entre la saison 2022/2023 et 2023/2024, les salaires des joueurs de Premiership ont baissé de 11.4 % en moyenne, selon le dernier rapport paru sur le salary cap. Par ailleurs, cette dynamique ne devrait pas aller en s’améliorant, puisque les pertes cumulées sur le seul exercice 2023/2024 atteignaient les 32 millions de livres sterling.

Si le rugby anglais a évité le pire, il reste en phase de rééducation. La dette d’un club de Premiership, au 30 juin 2024, restait de 35 millions de livres sterling en moyenne. De plus, 60 % des clubs du championnat étaient jugés insolvables au même moment. Cependant, les revenus liés à la première division anglaise augmentent également de manière impressionnante.

Sans l’enjeu du maintien, les matchs débridés ont attiré un nouveau public et les revenus de la Fédération Anglaise de Rugby (RFU) ont explosé, selon un rapport financier officiel. Ainsi, 53 millions de livres sterling supplémentaires auraient été récupérés sur la dernière saison. Le contrat signé avec les diffuseurs a aussi été réévalué, à la hausse. Pour la première fois depuis la Premiership 2021/2022, des clubs pourraient même afficher des comptes positifs, à l’issue de l’exercice en cours.

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Des joueurs anglais trop gourmands ?

Avec cette embellie, les joueurs en ont profité pour demander des hausses de salaires. Le revenu moyen d’un rugbyman en Premiership pourrait re-atteindre le niveau pré-Covid prochainement, selon le dernier rapport financier de la RFU. Toutefois, les clubs restent logiquement frileux à l’idée de repartir dans des folies comme celles observées juste après la crise sanitaire. Cette volonté d’austérité relative ne plaît pas à tous les joueurs et c’est là que le Top 14 a son rôle à jouer.

En effet, certains joueurs anglais se tournent désormais vers le Top 14 et cette volonté de ne pas faire exploser les salaires pourrait sourire à certaines écuries françaises. Le championnat est compétitif, populaire et fait partie des plus solides financièrement, malgré le fait que cette solidité tienne à l’aide de généreux mécènes pour de nombreux clubs.

Comme Lewis Ludlam ou d’autres, la sélection et une participation en Coupe du monde ne semble plus être un argument à toute épreuve. Le Toulonnais avait d’ailleurs manifesté son envie de rester dans le Var, récemment, sur ses réseaux sociaux. De plus, certains joueurs pourraient avoir à cœur de trouver des contrats dans les semaines à venir, car un évènement inattendu à bousculer le calendrier de certains.

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Le R360 repoussé, le Top 14 dans le viseur ?

Ces derniers mois, on a appris que de l’Angleterre était sans doute le pays européen qui comptait le plus de joueurs lié au R360, pour être enrôlé dans l’une des franchises de ce nouveau championnat international. Tout comme certaines stars de NRL, elles espéraient disputer un championnat compétitif, peu épuisant physiquement et extrêmement rémunérateur.

Cependant, la ‘Rebel League’ a finalement annoncé qu’elle ne commencera pas en 2026, mais en 2028. Les contrats déjà signés ont donc été résiliés et de nombreux joueurs, dont plusieurs stars anglaises, vont devoir trouver un point de chute. Le New Zealand Herald a indiqué que les joueurs surpris par cette décision pourraient être accueillis en Major League Rugby, le championnat américain. Toutefois, il reste difficile de croire que les rugbymen en quête de défi sportif traversent l’Atlantique, vu le niveau affiché en MLR.

Ainsi, la situation financière de la Premiership, le manque d’attractivité de la sélection et du championnat anglais et le mauvais plan du R360 pourraient pousser de nombreux joueurs à trouver leur bonheur ailleurs. En Top 14 ou dans des championnats plus exotiques, qui sait. En tout cas, les clubs tricolores restent actuellement très friands des joueurs venus du pays de Sa Majesté.

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