RUGBY. Township, 10 frères et soeurs, Habana... Découvrez l'histoire HALLUCINANTE d'Hacjivah Dayimani
La présence d'Hacjivah Dayimani dans l'équipe des Stormers championne d'URC, est ovniesque, ni plus ni moins.

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Comme ses compères Mapimpi ou Kolisi, Dayimani a vécu une enfance des plus compliquées. Preview : le 3ème ligne des Stormers va vous foutre la larme à l'oeil.

En zoulou, son prénom signifie "diamant". Et au vu du talent du bonhomme, il est tout sauf usurpé. Encore plus si l'on creuse sa vie et que l'on cherche à comprendre par où est passé Hacjivah Dayimani pour en arriver là. À savoir à un titre de champion d'URC glané il y a 3 semaines à seulement 24 ans et célébré comme il se doit pendant six jours. Six longs jours lors desquels le 3ème ligne des Stormers a profité peut-être comme jamais dans sa vie qui n'a rien de celle du commun des mortels. En déambulant dans la ville du Cap comme dans une immense beuverie, en innondant ses réseaux sociaux de photos de lui aspergeant de champagne son maillot victorieux, en buvant des bières aux côtés du maire de la ville et en discutant - en tant qu'ambassadeur - des problèmes sociaux qui gangrènent la ville du Cap.

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Car lui les connaît les problèmes qui continuent de se cacher sous la façade luxuriante de la cité-mère sud-africaine. Hacjivah Dayimani a grandi avec eux, aux côtés de la pauvreté, de la saleté, du manque d'encadrement et de la misère la plus profonde. Une enfance vagabonde, qui le vit errer de province de province, de ville en ville, d'école en école. Fils de parents séparés, l'enfant passa de la cabane de sa mère à la maison de sa grand-mère, plus à l'est, avant d'être envoyé chez son père à Johannesburg comme on change de chemise. Là, chez son père qui ne voulait pas de lui, Dayimani dormait sur le sol, là où il trouvait de la place, aux côtés de ses 10 frères et soeurs. Il détaille pour RugbyPass: 

J'avais sept ou huit ans, je roulais dans le camion vers les zones d'élite, où nous réparions le pavage, faisions des travaux de construction, posions des carreaux...

Un jour, un professeur de sport le fustigea pour avoir terminé dernier dans un contre-la-montre de 3 km, sans se rendre compte qu'il avait fait du stop plusieurs heures et avait marché quelques kilomètres en suivant, simplement pour se rendre à l'entraînement. Des anecdotes comme celle-là, l'enfance de Dayimani en est cafie. Mais pire que la difficulté physique, c'est la souffrance émotionnelle qui fut probablement la plus grosse étape à franchir l'enfant du Cap. "Mon père a été élevé comme enfant soldat au Nigeria, l'une des pires armées pour la brutalité", explique-t-il. "Il voulait que nous soyons durs aussi. Il aimait ses enfants, mais il était si strict qu'il préférait perdre son fils plutôt que de me permettre de jouer au rugby." L'explication est qu'en tant que pur juif igbo (ethnie du sud-est du Nigeria), son père l'interdit formellement de jouer au rugby le samedi, durant Chabbat. 

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Verdict pour Dayimani, lui dont la balle ovale, découverte grâce aux plongeons de Bryan Habana en 2007, était la seule échappatoire de sa vie ? L'exil. "Un jour, j'ai décidé que ne pouvait pas vivre ça. J'ai préféré couper les ponts avec mon père et vivre seul. J'avais grandi sans père et ça n'allait pas changer maintenant. Je suis donc allé à Jeppe (prestigieux pensionnat de Johannesburg, par où est notamment passé Jake White) grâce à une bourse comme pensionnaire annuel." Au vrai, c'est devant la situation si précaire du môme et parce que son père ne voulait pas payer la demi-part exigée que l'école lui offrit une bourse complète. Jeune mais déjà si déterminé, Dayimani leur rendra au centuple.

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Au-dessus du lot dans les catégories jeunes, le principal intéressé finira par être sélectionné avec la SA School en U18, sorte de réserve nationale (réputée pour son niveau) des jeunes en Afrique du Sud. Tellement renommée que certains de ses matchs sont déjà diffusés à l'écran. C'est ainsi qu'en 2015, Dayimani marque un bel essai face à une équipe anglaise, sous les yeux de son père, alors sur son lit de mort. "J'ai marqué sur une 89 jouée avec Embrose Papier (demi de mêlée aux 7 capes avec les Springboks) et ce fut un moment qui a changé ma vie. Mon oncle m'a appelé quelques jours après, mais je lui ai dit: "Je ne veux rien avoir à faire avec vous". J'avais eu quelques appels de mon père mais je n'avais pas répondu. Pourquoi l'aurais-je fait ? Je ne voulais pas lui parler." Son père décéda dans la foulée, lâchant par messagerie vocale ses dernières volontés. Qu'Hacjivah entendra, jusqu'à le chambouler.

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Reste que cet ultime au revoir ne le poussa encore davantage qu'à une chose : essayer de gagner de l'argent, acheter une belle voiture et avoir un toit, selon ses mots. "Je n'ai jamais compris comment épargner ou prendre soin de soi, mais tout de ce que je savais, c'est que je voulais pouvoir subvenir à mes besoins". Alors que ses frères et ses cousins côtoyaient tous les murs des prisons, le grand gaillard (1m88 pour 99kg), lui, travailla dur à l'école, appris les bonnes manières aux côtés d'un couple d'amis blancs rencontrés à l'école, et se donna les moyens de réussir au rugby. "Cela va au-delà du sport pour moi, et c'est pour cela que j'ai plus faim que les autres. (...) Ma mère, mes frères, mes sœurs... tout le monde profite de ce sport. Je les nourris à travers ce sport. Si je ne joue pas, ils ne mangent pas. Je me dis ça tout le temps. (...) Je dois les faire entrer dans de meilleures écoles, dans des universités, vers de meilleurs emplois. Je dois leur acheter des trucs. C'est la seule façon pour eux de sortir de là où ils se trouvent."

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Cette saison, après quelques années difficiles aux Lions de Joburg, Hacjivah Dayimani a pleinement éclaté à la face du rugby professionnel. Titulaire 13 fois sur 16 pour former une 3ème ligne de feu aux côtés de Deon Fourie et Evan Roos, l'enfant du township de Joe Slovo fut l'un des hommes forts des Stormers cette saison. Au point qu'à bientôt 25 ans, les Glasgow Warriors et un club de Top 14 aient fait part de leur intérêt pour lui. Au point qu'à bientôt 25 ans, il soit devenu un exemple d'obstination, de résilience et de réussite pour les siens. Au point qu'à bientôt 25 ans, tout le monde parle de véritable "diamant".

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" part où est notamment passé Jake White "
Sérieux ?!
Le rugby comme bouée de sauvetage et ascenseur social, on a un bel exemple ici,
et ça enrichit une équipe.
L' Afrique du Sud peut faire mieux niveau mixité, dans le rugby et ailleurs.
Hors sujet ou juste à côté du sujet : lors de la 1/2 finale de l' Africa cup, j'ai constaté le faible nombre de joueurs noirs dans l' équipe de Namibie. Je ne connais pas bien le contexte mais ça m'a interpellé

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