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Le jour où le XV de France a battu pour la première fois les All Blacks chez eux
L'affiche de la rencontre entre Kiwis et Coqs.

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Le 14 juillet 1979, la France bat pour la première fois de son histoire les All Blacks sur leur terrain. 40 ans après, Francis Meignan, historien et écrivain, revient sur cet évènement.

La tournée de 1979

Avant le test du 14 juillet, Stuart Wilson nous avait fait beaucoup de mal, que ce soit avec l'équipe de Wellington, ou lors du premier test où son essai marqué en bondissant au-dessus d'Averous et Aguirre fut de toute beauté. (Photo : Collection Francis Meignan)

Après quatorze rencontres pour seulement trois victoires, et, uniquement sur le sol français, défier les Néo-Zélandais sur leur territoire paraissait aussi difficile que de grimper en haut de l'Himalaya pour un alpiniste. Auparavant, la France n'avait remporté que deux rencontres du tournoi et fait match nul face à l'Irlande. 

Parti mi-juin 1979, le groupe France est composé de 25 joueurs, Aguirre, Blanco, Averous, Bustaffa, Codorniou, F. Costes, Duffranc, Pardo, Caussade, Laporte, Gallion, Lafarge, Béguérie, Joinel , Malquier, Rives, F. Haget, Maleig, Marchal, Salas, Colomine, Dubroca, Paparemborde, Dintrans et Perche. Bertranne, derrière et Paco au talonnage et, Cholley en pilier sont les absents les plus marquants. La tournée débute par un passage à Suva, aux Iles Fidji. La France l'emporte 13 à 4, contre la sélection locale, mais perd immédiatement Bustaffa qui blessé doit être rapatrié. Il sera remplacé par Mesny. Une fois en Nouvelle-Zélande, l'équipe tricolore jouera cinq rencontres contre des sélections régionales. Elle en remportera quatre avant de s'incliner 9 à 23 lors du premier test à Christchurch la 7 juillet. Avant le second test, l'équipe du jour, encore ébranlée par la défaite du premier test, s'inclina 11 à 12 face au Southland à Invercargill le 10 juillet, après avoir perdu pour ne pas avoir su garder son sang froid, lors de la remontée de l'équipe locale pourtant menée 11 à 0...

La rencontre du 14 juillet 1979

Pour illustrer le programme de la rencontre du 14 juillet 1979, la NZRFU avait choisi une image de la tournée de 1968. (Photo : Collection Frédéric Humbert)

Celle-ci ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. Après la défaite d'Invercargill, le moral n'était pas très bon, de plus, Paparemborde dut glisser à gauche pour permettre à Dubroca de jouer, et, au dernier moment, Béguérie, blessé dut céder sa place de troisième ligne centre à Patrick Salas qui n'avait jamais occupé ce poste. En ce 14 juillet, appelé en Nouvelle-Zélande "Bastille day", 55 000 spectateurs se massaient dans l'Eden Park d'Auckland. Il ne pleuvait pas, mais le terrain gardait les traces des pluies précédentes. La température était douce pour un jour d'hiver en Nouvelle-Zélande. L'arbitre de la rencontre était l'Irlandais John R. West.

Les équipes avaient les compositions suivantes :

Nouvelle-Zélande : B. Wilson; S. Wilson, Robertson, Watts; Jaffray, Taylor; Donaldson; Mourie (cap), Seear, Rutledge; Haden, Oliver; Knight, Dalton, Johnstone.

France : Aguirre; Costes, Mesny, Codorniou, Averous; Caussade, gallion; Joinel, salas, Rives (cap); Maleig, Haget; Dubroca, Dintrans, Paparemborde.

Le désappointement tricolore faisant place à la rage de vaincre que leur avait communiqué Jean-Pierre Rives, le début de la rencontre ne ressembla en rien à ce à quoi on pouvait s'attendre. Là où l'on craignait la puissance et la mobilité des avants à la fougère, on trouva des Français dominateurs en mêlée et beaucoup plus mobiles. Face à des trois-quarts locaux maladroits, les tricolores multipliaient les bonnes initiatives. À la 10e minute, sur une faute en touche d'Haden, Aguirre ouvrait le score par un but de pénalité. Neuf minutes plus tard, Paparemborde et Dintrans furent surpris hors-jeu sur une mêlée ouverte et B. Wilson en profita pour égaliser. Contre le cours du jeu, à la 24e minute, et peut-être suite à une passe en avant de B. Wilson, S. Wilson marquait un essai qui n'était pas transformé. Deux minutes avant la pause, Gallion contrait le dégagement de Taylor et après avoir dribblé la balle s'en saisissait pour un essai non transformé. On s'en allait vers un score de parité à la mi-temps, lorsque dans les arrêts de jeu, Aguirre relançait puis tapait à suivre. Déséquilibré à retardement, il pouvait bénéficier d'une pénalité mais l'arbitre laissa jouer la règle de l'avantage, car Caussade qui avait suivi fut le premier dans l'en-but néo-zélandais pour le deuxième essai français, non transformé.

En début de seconde période, suite à un hors-jeu de Joinel, B. Wilson réduisait le acore sur pénalité. Dans la minute qui suivit, Joinel servi par Gallion au ras d'un regroupement fit la différence, sert Codorniou revenu à hauteur. Ce dernier prolonge l'action sur Caussade qui croise avec Averous pour un troisième essai. À la 57e minute, Caussade aggravait le score sur drop suite à une prise de balle en touche de Maleig. Deux minutes plus tard, Robertson plaqué par Codorniou et Mesny, lâchait le ballon que récupérait Averous. Caussade, servi par son ailier, débordait sur l'aile puis dans le plaquage, servait Codorniou, auteur d'un quatrième essai, transformé par Caussade. Il restait encore vingt minutes de jeu et la France comptait quatorze points d'avance. Mais un Black, n'est jamais mort. Une nouvelle pénalité de B. Wilson suite à une obstruction en touche à la 62e minute réduisait l'écart qui tomba finalement à quatre points à la dernière minute, suite à un essai de Mourie, servi par Taylor qui avait percé après une touche, essai transformé par B. Wilson. Les arrêts de jeu allaient-ils être fatals aux Français. L'ultime dégagement en touche de Costes préserva la victoire française.

Frédéric Costes sauve la victoire française

80e minute. Suite à un essai transformé de Mourie, le score est de 24 à 19 en faveur de la France. Il reste juste une poignée de secondes à jouer. La France a gagné. Gagné? Quoique. Suite au renvoi, la balle revient aux Néo-Zélandais, qui tapent à suivre. Trop fort, le ballon va rouler dans l'en-but, mais une flaque de boue le ralentit devant la ligne blanche. Il ne reste plus qu'à un Black, s'il arrive le premier à s'en saisir et aplatir. Si l'essai est transformé, la Nouvelle-Zélande passe devant. Comme lors du second test de 1961, la France risque de s'incliner au tout dernier moment. Mais le mauvais sort ne se répètera pas. Surgi de l'aile opposée, Frédéric Costes arrive le premier sur cette balle qui traîne, s'en empare et dégage en touche. Sur cet arrêt de jeu, l'arbitre siffle la fin de la rencontre. LA FRANCE GAGNE !

Les quinze héros d'Auckland

Patrick Mesny, non retenu initialement pour la tournée ne dut qu'à la blessure de Bustaffa de rejoindre le groupe et de faire partie des héros d'Auckland. (Photo : Collection Francis Meignan)
  • Aguirre Jean-Michel, 27 ans, arrière, Stade Bagnérais, 36è sélection sur 39
  • Costes Frédéric, 22 ans, trois-quarts aile, Association Sportive Montferrandaise, 4è sélection sur 7
  • Mesny Patrick, 24 ans, trois-quarts centre, Racing Club de France, 2è sélection sur 14
  • Codorniou Didier, 21 ans, trois-quarts centre, Racing Club de Narbonne, 2è sélection sur 31
  • Averous Jean-Luc, 24 ans, trois-quarts aile, La Voulte Sportif, 24è sélection sur 25
  • Caussade Alain, 26 ans, demi d'ouverture, Football Club de Lourdes, 6è sélection sur 12
  • Gallion Jérôme, 24 ans, demi de mêlée, Rugby Club de Toulon, 9è sélection sur 27
  • Joinel Jean-Luc, 25 ans, troisième ligne aile, Club Athlétique Briviste, 8è sélection sur 51
  • Salas Patrick, 25 ans, troisième ligne centre, Racing Club de Narbonne, 2è sélection sur 7
  • Rives Jean-Pierre, 26 ans, troisième ligne aile et capitaine, Stade Toulousain, 32è sélection sur 59.
  • Maleig Alain, 27 ans, deuxième ligne, Football Club d'Oloron, 3è sélection sur 7
  • Haget Francis, 29 ans, deuxième ligne, Biarritz Olympique, 17è sélection sur 40.
  • Dubroca Daniel, 25 ans, pilier, Sporting Union Agenais, 1ère sélection sur 34.
  • Dintrans Philippe, 22 ans, talonneur, Stadoceste Tarbais, 2è sélection sur 49
  • Paparemborde Robert, 31 ans, pilier, Section Paloise, 31è sélection sur 55.
Francis Meignan, historien du rugby, écrivain et conférencier vient de publier son quatrième ouvrage sur le sujet. Couvre-feu sur l'Ovalie, rugbys et rugbymen dans la 2è guerre mondiale, aux éditions du Pas d'Oiseau.

Après une présentation des rugbys à XV et à XIII en France en 1939, ce livre, très documenté, retrace les vicissitudes qu'ont connues ces sports durant la guerre jusqu'à leur renaissance en 1945. Il fait aussi une part belle aux parcours humains de plusieurs rugbymen français et étrangers dans cette période particulièrement tourmentée.

Francis Meignan
Francis Meignan
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  • FRLab
    47813 points
  • il y a 1 an

Récit d'autant plus fantaisiste sur la dernière action que, vidéo à l'appuie, la balle ne roule pas et n'est pas freinée par la boue, mais Costes, 10'5 au 100m, revenu de son aile opposée prend la balle de volée et dégage en touche. Ce match est tellement légendaire qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter...
Et pour l'anecdote, Salas remplace en effet Béguerie à la dernière minute. Il l'apprend quand on vient frapper à la porte de sa chambre à 7h du matin. Mais comme il n'était pas sur la feuille à l'origine il était rentré à 5h du mat... Autres temps, autres moeurs 😉

Il y a des événements où quelques années plus tard on sait où on était quand çà s'est produit (Tchernobyl, 11 septembre 2001, Amocco...).
C'est le cas pour cette victoire.

  • Ahma
    95269 points
  • il y a 1 an
@breiz93

C'est un point intéressant et très surprenant des recherches sur la mémoire : il s'avère, après vérification, qu'en fait la plupart des gens se trompent complètement quand ils racontent les circonstances dans lesquelles ils ont vécu des événements historiques. Erreur sur le lieu où elles se trouvaient, les personnes avec qui elles étaient, conviction d'avoir assisté à l'événement en direct alors qu'elles l'ont appris après coup, etc...
La mémoire est extrêmement trompeuse, même quand il est question de circonstances exceptionnellement marquantes, et quasiment personne n'en a conscience (ce qui pose d'ailleurs de graves problèmes dans le domaine judiciaire).

J'adore quand on mythifie et glorifie certains évènements sportifs. Beh le xv de France était pas mal au Rugby cette année là pis ils ont battu une équipe forte mais pas si forte de néozélandais, bon. T'as un mec qui te pond Germinal avec ça quoi. Je dirais qu'en soi, ça, ça mérite d'être étudié et mis en texte: la volonté de rêver, de rechercher le grand évènement épique partout...peut-être qu'il n'y a plus assez de guerres...

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