Coupe du Monde. ''Je veux que les gens comprennent'' : le cri du cœur de Gauthier Minguillon, ailier de l'Espagne
Gauthier Minguillon ne verra pas la Coupe du Monde avec l'Espagne.

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Alors que l'Espagne s'est vue exclure de la prochaine Coupe du Monde en France, Gauthier Minguillon (28 ans, 1m77, 89kg), ailier ou arrière de la sélection, s'est exprimé sur cette situation rocambolesque.

On l'avait quitté à une semaine d'une rencontre décisive face au Portugal. Quelques jours après, Gauthier Minguillon et l'Espagne décrochaient leur ticket pour la Coupe du Monde, en France, en venant à bout des ''Loups'' à Madrid, dans un stade en fusion. La fête était totale, l'Espagne n'ayant plus connu les joies d'une Coupe du Monde depuis bientôt 24 ans, et l'édition de 1999. Jusqu'à ce jeudi 28 avril donc. On retrouve l'ailier ou arrière, un mois et demi plus tard, attristé et animé d'une colère froide, mais contenue, après l'annonce de la disqualification des ''Lions''. Le joueur ne se veut pas ''pleurnicheur'', mais souhaite plus que tout, que la vérité soit faite sur cette affaire.

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Une nouvelle désillusion donc, quatre ans après que l'Espagne a déjà été recalée du Mondial japonais, à cause de problèmes d'éligibilité pour certains joueurs. ''La vie continueHier (jeudi NDLR), c'était très très dur (sic). Sportivement, c'est certainement le plus gros coup dur de ma carrière et celui de beaucoup d'entre nous,'' nous indiquait-il. Avant de revenir, sur cette lettre des joueurs espagnols, écrite ce matin et envoyée à la fédération : ''De notre côté, nous les joueurs, commençons à y voir vraiment clair. On a eu une conférence de presse ce matin. Les joueurs, nous avons envoyé un message à une personne de la presse présente là-bas afin qu'il lise ce message qu'on voulait faire passer au président de la fédération espagnole (Alfonso Feijoo NDLR). On voulait sa démission, mais aussi celle des personnes travaillant dans le bureau d'éligibilité pour s'assurer que les joueurs sont éligibles. Le président a annoncé qu'il démissionnerait une fois l'affaire close. C'est la moindre des choses, au moins vis-à-vis de sa dignité. Car il y a quand même une grosse erreur de gestion de leur part. C'est la deuxième fois tout de même.'' Gauthier Minguillon fait bien évidemment référence à cet épisode de 2018, l'Espagne ayant été exclue alors qu'elle devait disputer les barrages, déjà, pour un problème d'éligibilité.RUGBY. Les internationaux espagnols demandent la démission de leurs dirigeantsRUGBY. Les internationaux espagnols demandent la démission de leurs dirigeants

Mais surtout, les joueurs de la sélection ibère souhaitent que les choses changent, et que ce genre de tristes évènements n'arrivent plus, ne serait-ce que pour les générations futures : ''Nous de notre côté, joueurs, continuons de discuter pour voir la marche à suivre'', poursuit Minguillon. ''Mais si les choses ne changent pas et que cela n'est juste une démission, ça ne nous convient pas. On veut s'assurer que cela ne se reproduise pas pour les générations futures. On veut s'assurer que les poursuites contre ceux qui ont fraudé seront menées de la même manière, tout comme l'appel.''

Les membres du XV del Leon ont appris la nouvelle ce jeudi soir, juste avant que l'information ne tombe. Lunaire : ''On a reçu un message sur le groupe WhatsApp, cinq minutes avant que l'information ne sorte. Il y avait des bruits de couloirs. Quand c'est sorti, on ne tombait pas des nues. Cela reste un gros coup dur. Pour certains d'entre nous, c'était la dernière chose qu'il nous restait. C'est compliqué de nous enlever ça. C'est nous enlever ce pourquoi on allait bosser tous les jours. Ce n'est pas le premier coup bas qu'on prend, mais on se relève.'' Ce qui n'a pas empêché une immense sensation de colère, et de désillusion : ''Il y a plusieurs sentiments qui ont prédominé : la colère bien sûr. Mais après, beaucoup de désillusions, à plusieurs niveaux. La désillusion par rapport à notre fédération qui certes s'est fait ''piéger'', mais s'est fait piéger, car elle n'a pas fait son boulot avec sérieux. Aussi de la désillusion par rapport à la sanction de World Rugby, qui est quand même lourde, et qui ne sanctionne directement, pas le joueur fraudeur, ni l'institution, qui a mal fait son travail. En revanche, on sanctionne de la pire des manières des mecs qui ont tout donné pour gagner leur participation à la Coupe du Monde et on nous la retire. Ils ont pris la sanction la moins juste. Des sanctions économiques pour cette personne (Gavin Van der Berg NDLR) et l'institution, je l'entends, c'est normal. Finalement, ils sanctionnent les personnes non impliquées. On va faire appel, et j'espère qu'il y aura un peu de compréhension de la part de World Rugby.'' Un appel dans lequel le joueur d'Aurillac n'a pas vraiment d'espoir : ''On va faire les choses pour que ce soit en notre faveur. Mais je ne me fais plus d'illusions. J'imagine mal World Rugby dire : ''finalement on a tort'', et permettre à l'Espagne de se qualifier. C'est ce qu'il faudrait faire et ce qui serait le plus juste à mon sens mais j'imagine mal l'institution revenir sur sa décision''. 

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Et Gautier Minguillon ne s'en cache pas. Il ressent énormément d'amertumes pour les fédérations roumaines et portugaises, à l'origine de cette réclamation : ''Il y a de la désillusion par rapport aux fameux esprits du sport et du rugby. Car ce mec-là (Gavin Van der Berg NDLR), n'a jamais joué ni face au Portugal, ni face à la Roumanie. On a là, deux magnifiques mauvais perdants qui vont chercher la petite bête et qui obtiennent gain de cause, finalement. Je trouve ça plutôt minable de leur part. Ils perdent leur dignité. La réclamation a été portée par la fédération roumaine et appuyée par la fédération portugaise''. En colère, mais digne, le joueur raconte en détail ensuite ce qu'il s'est réellement passé : 

Gavin Van der Berg est parti en Afrique du Sud pour un mariage. Juste après, il a été appelé par l'équipe d'Espagne. Pour qu'il joue pour l'Espagne, avec l'aide de trois personnes de son club (Alcobendas NDLR), ils ont falsifié son passeport. On ne connaît pas l'identité de ces trois personnes (rires) '' par respect pour ces trois personnes''. Je cite le président de la fédé en conférence de presse. Donc clairement, le respect qu'il a pour nous, n'existe pas. Du coup, ces personnes ont envoyé à la fédé, une photocopie du passeport qui était donc falsifié. Mais la fédération a totalement déconné (sic), car ils se sont contentés d'une photocopie ! Quand on connaît le passif, quand on te demande des papiers, on les vérifie correctement. On s'y prend à deux fois ! Des joueurs dans ce cadre-là, qui n'ont pas de descendance espagnole, il faut vraiment vérifier, vérifier les allées et venues, etc. Surtout qu'il n'y en a pas 36 dans l'équipe ! Là-dessus, ils ont fait n'importe quoi. Et leur défense ce matin a été de dire : ''vous imaginez tous les joueurs étrangers qu'il y a dans notre championnat. C'est difficile de vérifier tout le monde''. C'est incroyable comme défense (rires) ! En gros, ils se plaignent qu'il y ait du boulot, mais c'est normal. Suite à cela, la fédération roumaine en fouillant dans les réseaux sociaux de ce mec, a vu certaines de ses photos à un mariage en Afrique du Sud dans une période où il n'était pas censé être là-bas. C'est comme ça que l'affaire est sortie. 

Concernant, Gavin Van der Berg, Gauthier Minguillon avoue également, se sentir trahi, par le pilier d'origine sud-africaine : ''Au niveau de la fédé on a fait part de notre exigence. Maintenant sur le plan individuel, on ne sait pas ce qui va être mis en œuvre pour sanctionner le joueur en question. Nous, de notre côté, en tant que joueurs, on ne peut pas exiger quoique ce soit je pense. Si ce n'est que je lui souhaite de ne pas croiser un miroir, car il risque avoir ça sur la conscience toute sa vie. Il était au courant de tout ça, le mal est fait. Tout cela aurait pu être évité s'il avait dit dès le début qu'il n'était pas encore éligible. Et il aurait certainement joué ses matchs 6 mois plus tard. Il est venu dans le groupe, il s'est intégré, et il nous a planté un couteau dans le dos. C'est de la colère froide et je pense que le temps qu'il lui reste en Espagne ne risque pas d'être agréable pour lui, parce qu'il a trahi tout le monde.'' 

''Je veux que les gens comprennent''

Comme expliqué plus haut, c'est donc la deuxième fois que l'Espagne se fait exclure aux portes de la Coupe du Monde : '' C'est d'autant plus dur qu'encore une fois, aux yeux du rugby mondial, pour les personnes qui ne vont pas creuser la chose, on passe pour des guignols. Les gens voient une sanction contre l'équipe d'Espagne et encore une fois, on avait durement gagné notre place, on ne l'avait pas volée. World Rugby suite à des demandes de la Roumanie et du Portugal, nous vole ce qu'on a gagné. Je veux que les gens voient et comprennent et appuient notre appel. Certes, la sanction n'est pas injustifiée, car je tiens à le rappeler, la première erreur, n'a été faite, ni par un Roumain, ni par un Portugais, mais par un Sud-africain qui joue pour l'équipe d'Espagne. C'est une erreur, il doit y avoir une sanction, ce ne sont juste pas les bonnes personnes qui sont sanctionnées'', peste-t-il légitimement.

''Ce qui m'embête, c'est que j'entends parler d'esprit du sport, du rugby, mais ça me débecte, car il n'y en a pas'', poursuit-il. Avant de clarifier la chose. Gauthier Minguillon n'en veut pas aux joueurs roumains et portugais mais bien à leurs fédérations respectives.

Je n'en veux pas aux joueurs roumains ou portugais bien au contraire, ils n'y sont pour rien. Mais à cause de mecs derrière leur bureau, ces joueurs-là vont passer pour des lâches. Dans le sport, quand ce sont des personnes derrière leur bureau et que ce sont des faits en dehors du terrain qui prennent les devants par rapport à l'activité sportive, on perd toute l'essence même du sport. L'instance qui a décidé de la sanction, est tombée dans le panneau. Je ne veux pas être véhément envers qui que ce soit. Bien sûr, qu'il y a de la colère par rapport aux fédérations roumaine ou portugaise qui ont porté réclamation. Ou envers ce mec qui nous a trahis ou notre fédération qui nous a trahis aussi à sa manière. Mais à aucun moment, je ne veux être insultant envers les joueurs, qui ne méritent pas ça. Que ce soit du côté de ceux qui vont se faire avoir ou qui vont en bénéficier. Et encore une fois, ce sont les mecs qui sont sur les terrains qui en paient les frais

Un vrai cri du coeur, d'un joueur digne, malgré un rêve qui vient de s'anéantir ce jeudi soir, plongeant le rugby espagnol dans une tristesse incommensurable. 

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