RUGBY. Après son coming out, cet ancien pro espère que son message sera libérateur pour d'autres joueurs
Devin Ibañez lors d'un tournoi en Angleterre en 2016. Crédit photo : Andy Standing

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Ancien joueur professionnel au sein des New England Free Jacks Devin Ibañez a fait son coming out et veut inspirer d'autres joueurs à parler librement.

Ancien joueur professionnel au sein des New England Free Jacks, engagés dans la Major League Rugby aux Etats-Unis, Devin Ibañez, 27 ans, a fait son coming out sur les réseaux sociaux en décembre 2020. Il nourrissait le besoin de parler depuis longtemps mais il avait toujours repoussé l'échéance. Cette peur a longtemps dicté sa conduite dans le monde du rugby. Un sport qui, s'il prône des valeurs, a encore du travail à faire pour permettre à tous ses pratiquants de se sentir à l'aise aussi bien sur le terrain qu'en dehors. Trois ans plus tôt, et alors qu'il jouait pour le Scarborough RUFC en Angleterre, il avait subi une double fracture de la gorge. Une blessure qui aurait pu lui coûter la vie et qui l'a poussé à réfléchir à ce qui était important dans sa vie. Passé par des moments difficiles aussi bien physiquement que mentalement, il s'est reconstruit petit à petit jusqu'à être assez fort pour assumer pleinement qui il est. Désormais libéré de ses craintes, ce médaillé d'or aux Jeux Mondiaux des Maccabiades espère que son message aidera d'autres sportifs à assumer leur sexualité.

Le rugby a-t-il toujours fait partie de votre vie ?

Je n’avais jamais entendu parler de rugby avant de commencer à jouer en 2010. Je n'avais vraiment aucune idée dans quoi je m’embarquais quand j’ai commencé. En grandissant, mes sports préférés étaient le football et la natation. Mais une fois arrivé au lycée, j’ai arrêté et je me suis mis à l’Ultimate Frisbee. Comme il n’y avait pas d’équipe officielle j’ai dû trouver un nouveau sport. J’ai commencé à jouer au rugby par hasard. Quand j’étais au lycée, j’ai postulé pour l’équipe de baseball. Je n'y avais jamais joué avant mais c’était l’un de mes sports préférés en grandissant. Ça ne s’est pas bien passé, et j’étais l’un des quatre joueurs à ne pas avoir été retenu. Après ça j’a voulu essayer quelque chose de nouveau.

J’ai toujours été une personne active, mais je n’excellais pas dans un sport en particulier. J’ai appris par un ami que notre école avait une équipe de rugby, mais j'avais jamais entendu parler de rugby. Tout ce que je savais, c’était que c’était un sport de contact et que mon ami disait que c’était amusant. J’ai décidé d’aller à un entraînement et d'essayer. J’ai tout de suite adoré. J’ai aussi été surpris d’apprendre que j’avais un talent naturel pour ce sport. Quand j’ai réalisé que j’avais du potentiel en tant que joueur, j’ai commencé à jouer toute l’année. Peu importe le temps et la saison, je m’entrainais pour m’améliorer.

Vous avez dit dans votre message que vous attendiez le bon moment pour parler de votre vie privée. Est-ce parce que vous n'étiez pas prêt ou est-ce parce que le rugby n'est pas encore gay friendly ?

Je pense que c’était un mélange des deux. J’avais l’impression d’être prêt à faire mon coming out depuis plusieurs années, mais j’ai toujours trouvé une raison pour me dire que ce n’était pas le bon moment. Je l’ai dit à mes parents quand je n’avais que 12 ans, donc c'est pas comme si je réalisais lentement que j’étais gay. Je savais que c’était une partie de moi, mais je ressentais le besoin de le séparer du rugby. Je pense que le rugby est un sport inclusif qui peut parfois être gay-friendly. Mais il n’en demeure pas moins qu’il y a toujours de l’homophobie dans ce sport.

J’ai eu plusieurs expériences au fil des ans où les entraîneurs ont fait des commentaires homophobes pour critiquer les performances des joueurs. Par exemple, si un joueur commettait une erreur, l’entraîneur lui disait: "Pourquoi tu ne vas pas jouer pour l’équipe gay du coin ? J’ai entendu dire qu’ils cherchaient des joueurs moyens." Au fil des ans, plusieurs coéquipiers ont utilisé le mot «gay» comme un moyen de se rabaisser mutuellement. Même si on sait que les joueurs de rugby se moquent les uns des autres et ont la peau dure, ces expériences m’ont marqué. Lorsque vous avez du mal à trouver la confiance d'être ouvertement vous-même, il est impossible d’ignorer l’homophobie de vos coéquipiers. Cela devient une justification pour le garder pour soi-même et ne rien parce que vous craignez les remarques. Je pense donc qu’il est important de tenir compte du fait que ce genre de "plaisanteries" est beaucoup plus nuisible que les gens peuvent le penser.Crédit photo : Andy Standing

Que disent les messages de soutien que vous avez reçus ?

J’ai reçu d’incroyables messages de soutien, surtout de la part du peuple français ! Les sportifs gays m’ont dit qu’ils ont trouvé mon histoire inspirante parce qu’ils ont du mal à trouver des modèles. D’autres m’ont dit qu’ils ont partagé mon histoire avec des amis ou des membres de la famille qui ont du mal à être eux-mêmes et que cela les a inspirés. Les gens m’ont remercié d’avoir parlé comme je l’ai fait, disant que notre sport a désespérément besoin de plus de gens prennent les devants. C’est avec beaucoup d’humilité que j’ai lu et écouté tous ces mots gentils. Je suis très fier de penser que j’ai pu influencer les gens de cette façon.

Comme vous l'avez dit, il y a très peu de joueurs de rugby pro ouvertement gays. Comment expliquez-vous cela ?

Malheureusement, comme je l’ai dit plus tôt, l’homophobie est toujours présente dans notre sport. Au-delà de ça, l’homophobie est encore une composante prédominante de la société dans son ensemble. Le rugby étant un sport particulièrement masculin, il peut être difficile pour un athlète LGBTQ+ de se sentir bien accueilli lorsqu’il est entouré d’un groupe démographique qui n’a pas toujours été accueillant. Là où la masculinité est très forte, la communauté LGBTQ+ a souvent été rejetée. Ça peut donc être compliqué pour un athlète de faire son coming-out dans ce contexte.

Il est déjà assez difficile d’être un athlète professionnel et d’essayer de faire ses preuves pour avoir une chance. Lorsque vous dédiez votre vie à un sport, l’idée de passer à côté d'opportunités en raison de votre vie personnelle est une grande crainte. J’avais peur que si je parlais, je serais considéré comme une distraction et je perdrais des opportunités en conséquence. De plus, comme il y a très peu de rugbymen pros ouvertement gay comme vous l’avez mentionné, il y a une attention médiatique supplémentaire qui vient avec elle. L’idée de subir cette pression supplémentaire peut être assez intimidante lorsque votre objectif principal est simplement devenir meilleur dans votre discipline.Crédit photo : Andy Standing

Avez-vous lu le témoignage du rugbyman australien Dan Palmer ? Son histoire vous a-t-elle incité à parler ?

Je l’ai lu et son histoire m’a beaucoup réconfortée. Entendre la façon dont son histoire a été accueillie par ses coéquipiers et la communauté du rugby m’a donné confiance pour partager la mienne. La façon dont David Pocock l’a soutenu publiquement a vraiment fait écho en moi. Cela m’a montré qu’il pouvait y avoir des alliés hétéros dans mon entourage rugbystique qui pourraient me surprendre et me soutenir. J’avais passé tellement d’années à me concentrer sur les contrecoups potentiels envers moi et ma carrière que je n’avais pas pris le temps d’imaginer le positif. L’histoire de Dan m’a donné un aperçu de ce à quoi ressemblerait une réponse positive. Cela m’a inspiré de voir toutes les personnes qu’il a touchées en prenant la parole et m’a fait penser que je pourrais peut-être faire la même chose.''Ma propre mort aurait été préférable à la découverte de mon homosexualité''''Ma propre mort aurait été préférable à la découverte de mon homosexualité''

A l'inverse, comment avez-vous réagi aux propos d'Israël Folau?

J’ai été extrêmement déçu de voir les commentaires d’Israel Folau, en particulier ceux concernant le feu de l’enfer. En fait, j’ai vécu à Sydney en 2014 lorsque les Waratahs ont remporté le Super Rugby. Je suis allé à presque tous les matchs à domicile cette saison-là et j’ai été à leur finale de Super Rugby contre les Crusaders. J’étais un grand fan de l’équipe et d’Israël aussi en raison de son immense talent. Voir ses commentaires m’a particulièrement frappé en raison de mon admiration pour ses qualités de joueur. Ça m’a montré qu’au plus haut niveau, il y a des joueurs qui croient que je dois aller à l’enfer juste en raison de qui j’aime.

L’idée qu’un coéquipier puisse être aussi franc contre mon existence a alimenté la crainte partagée par les athlètes gays de ne pas être bien accueillis après leur coming out. Voir quelqu’un utiliser ses réseaux pour propager la haine et cibler une communauté qui a été marginalisée était méprisable pour moi. Le rugby est un jeu pour tout le monde, et si j’étais un joueur de rugby connu et que j’avais contribué d’une façon ou d’une autre à faire qu’un de mes coéquipiers se sente rejeté ou pas en sécurité, j’aurais honte. Israël a envoyé un message à tous les athlètes LGBTQ+ qui l’ont admiré, et c’est un message que nous ne pardonnerons pas ou n’oublierons pas de sitôt.Crédit photo : Andy Standing

Quels conseils donneriez-vous à un jeune joueur gay (ou plus âgé) du monde entier qui n'a pas encore réussi à parler de son orientation sexuelle?

Le meilleur conseil que je puisse donner est de prendre votre temps et d’avancer au rythme avec lequel vous êtes à l’aise. Chacun a ses propres problèmes à surmonter ; il n’y a pas de solution miracle qui s’applique à tous. Prenez votre temps pour devenir confiant et à l’aise avec vous-même. Il n’y a pas d’âge ou de moment idéal à atteindre, alors ne mettez pas de pression sur vous-même. Utilisez ce temps pour trouver des amis proches ou de la famille avec qui vous pouvez établir un lien de confiance et éventuellement vous confier. Avoir un solide réseau de soutien peut faire une énorme différence lorsque vous commencez à trouver cette confiance intérieure. Assurez-vous d’avoir ce groupe de personnes sur qui vous pouvez compter, peu importe ce que vous dites. De cette façon, si vous décidez de faire votre coming out, vous saurez que les personnes qui comptent le plus vous soutiendront.

Mais une fois que vous êtes prêts, sachez qu’il y a toute une communauté qui attend, qui est prête à vous soutenir et vous accueillir. Avant de révéler mon homosexualité au sein de la communauté du rugby, il m'était plus facile de me concentrer sur les possibles réactions négatives que de voir le potentiel positif et l’amour. Donnez-vous le temps de ressentir la joie et le soulagement potentiels de trouver l’appui d’une communauté que vous ne vous n'attendiez pas.

Avez-vous l'intention de jouer un rôle pour aider les autres joueurs gays à s'exprimer ?

Oui tout à fait ! En plus de vouloir célébrer publiquement mon partenaire et notre amour, l’une des plus grandes inspirations pour moi parler ouvertement a été l’idée que cela pourrait aider quelqu’un d’autre qui traverse une situation identique. Je veux parcourir le monde et être aussi visible que possible dans l’espoir qu’il sera beaucoup plus facile et moins intimidant pour le prochain athlète ouvertement gay d’en parler dans le monde du rugby. J’espère également poursuivre le coaching à travers le monde et être un défenseur de l’intégration de la communauté LGBTQI+ dans le sport. Un autre objectif que je me suis fixé est d’organiser un tournoi local de rugby à toucher et de faire don des bénéfices à un organisme de bienfaisance LGBTQ+.

Si des athlètes ont du mal à faire leur coming out, mes messages privés sur Instagram (@thatgayrugger) sont toujours ouverts et je serais ravi de les écouter et de leur donner des conseils. Si j’ai choisi le nom @thatgayrugger pour mon Instagram, c’est en partie parce que l’une de mes plus grandes craintes avant de faire mon coming out, était de n’être connu que pour ça. Que ma sexualité éclipse mes performances sur le pré et que je devienne une espèce de trophée. Ne commettez pas la même erreur que moi et ne laissez pas votre vie être gouvernée par la peur des représailles. Faites ce qui est le mieux pour vous et votre propre bonheur.

As 2020 comes to a close everyone is looking ahead to 2021 and setting new goals. This year it became increasingly...

Publiée par Devin Andres Ibanez sur Mardi 29 décembre 2020
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Le New England Free Jacks est un club américain engagé en Major League Rugby.

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