L’Espagne déjoue face aux Belges et laisse échapper sa qualification directe pour la Coupe du Monde

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L’Espagne déjoue face aux Belges et laisse échapper sa qualification directe pour la Coupe du Monde
Vlad Iorchescu ciblé par les joueur espagnols à la fin du match

Cet article est rédigé par Thomas Chevallot, Merci à lui ! Vous pouvez proposer des textes de deux manières :

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A une victoire de décrocher leur billet pour la Coupe du Monde, le XV type des Leones ne venaient pas en Belgique pour trier les lentilles.

Un objectif simple : récompenser deux ans de travail. Deux années complètes, rythmées par les Rugby Europe Championships 2017 et 2018, qualificatifs pour le prochain Mondial au Japon. Les Espagnols travaillent d’arrache-pied depuis deux ans pour faire de leur rêve une réalité. Ils sont venus à bout de la Russie par deux fois, ont battu la Roumanie avec la manière en 2018, terrassé l’Allemagne à deux reprises, et vaincu la Belgique à Madrid en 2017. Ils se sont payés le luxe d’être maîtres de leur destin, devançant les Roumains dans la course à la qualification. A l’aune du dernier match qualificatif face aux Diables Rouges, un seul mot d’ordre : gagner pour ne pas tout gâcher. La défaite n’est pas envisageable. Ce dimanche en fin d’après-midi, les médias espagnols devront saluer la performance des Leones, qualifiés pour la Coupe du Monde de Rugby vingt ans après leur dernière apparition à ce niveau.

Le classement qualificatif avant le match est très clair : une victoire, et l’Espagne va au Japon. Sinon, direction le repêchage.

Comment l’Espagne en est-elle arrivée là ? Bonne question. Le travail déjà, assurément. Sous le commandement de Santiago Santos, la sélection a progressé de manière permanente. La stratégie également. L’Espagne a fait le pari des joueurs « français », éligibles à la sélection par leurs origines plus ou moins proches. Ils sont d’ailleurs régulièrement raillés sur ce point, assez injustement. A titre d’exemple, personne ne s’est offusqué de la sélection des Sud-Africain Kockott ou Claassen en EDF, ou de la possible sélection du Fidjien Raka, de l’ASM. Ils sont pourtant bien moins français que ne sont espagnols les Ascarat, Gibouin, Barthère, Rouet(s), Bélie, Perrin, Malié… Voilà pour la parenthèse. Le fait est qu’aujourd’hui le Squad Espagnol est solide, très solide même. Composé principalement de joueurs évoluant dans les divisions professionnelles françaises (Top 14, Pro D2, Fédérale 1 Elite) et dans les meilleurs clubs espagnols, l’effectif a de l’allure et commence à être particulièrement bien rodé. Enfin, la gestion a été un point déterminant. Conscients du fait que leurs meilleurs éléments ne pourraient pas toujours être convoqués et présents, les Leones ont su faire tourner sur les matchs non-qualificatifs, comme face aux Géorgiens. Voilà les trois points qui peuvent résumer la réussite espagnole : travail, stratégie, gestion.

Pour en revenir au match du jour en terres Belges, les Leones débarquent donc avec la grosse armada.

Quid des Belges ? Les Diables Rouges, un niveau en dessous sur le papier, n’ont pas grand-chose à perdre sur ce match. Toutefois, des joueurs de talents sont présents dans les rangs Belges, certains évoluant à très haut niveau également. Devant leur public, ils auront à cœur de défendre leurs couleurs et ne se priveront pas de gâcher la fête des visiteurs si l’occasion leur en est laissée. Il s’agirait alors du piège parfait. Les Espagnols ne devront pas arriver faciles, voire suffisants.

LE MATCH

Nous voilà dans le vif du sujet. Le match va se dérouler dans des conditions « à l’ancienne ». A Bruxelles, il fait -1 degré, la pelouse est mi-grasse mi-congelée à cause de la neige de la veille, dans un stade certes petit mais hostile dans lequel le public est très proche du pré, les tribunes s’avançant jusqu’à deux ou trois mètres à peine des lignes de touche.

Première période

D’entrée de jeu, on sent de la tension. Le round d’observation est bien lancé. Pour faire mieux connaissance, les joueurs profitent d’une échauffourée à la 8ème minute initiée par Rouet après que son arrière ait été projeté à terre pour avoir (sournoisement ?) refusé de rendre le ballon aux Belges à la suite d’une pénalité sifflée en leur faveur. Toujours est-il qu’à la 15ème minute de jeu, le planchot affiche toujours 0-0. Les Leones sont bien loin d’afficher la maîtrise et la sérénité qu’on leur connait. L’enjeu semble avoir un impact très sérieux… au point d’enrayé une machine parfaitement huilée sortant d’une victoire sur le score de 84-10 (face aux Allemands) ? Les Belges, eux, jouent sans complexes. La fébrilité se ressent dans les rangs espagnols, la conviction n’y est pas et les imprécisions se cumulent à l’indiscipline. Les visiteurs sombrent dans des travers de cadets, chacun voulant « sauver la patrie ».

Par trois fois, l’ouvreur Belge Vincent Hart punit l’indiscipline des visiteurs (20’, 24’, 29’), portant le score à 9-0. Linklater, lui, se troue deux minutes plus tard et voit sa frappe s’écraser sur le poteau gauche. Les Belges sont plus agressifs, en attaque, en défense… en mêlée ! A la 35ème notamment, quand le pack des Leones explose comme du popcorn, générant une nouvelle tentative de pénalité pour les locaux. Hart enquille et porte la marque à 12-0. C’est très préoccupant pour les Espagnols. Comme un symbole, Rouet se fait coffrer après un turnover sur un départ au ras à la 39ème, et rend le ballon trop facilement. Sur la mêlée qui s’en suit, les Belges gagnent un nouvelle pénalité, tentable à 35m des perches… heureusement non convertie par Hart. La mi-temps est sifflée sur le score de 12-0. Cette situation est aussi hallucinante qu’inattendue, l’Espagne est tout simplement méconnaissable, et en passe de laisser filer sa qualification. Santiago Santos va devoir vite trouver les mots pour remettre son équipe sur les bons rails.

Deuxième période

Les Diables Rouges prennent leur temps pour revenir sur le pré, laissant ainsi leur adversaire profiter de quelques minutes de frais. Cependant, on sent dès la reprise que les Espagnols sont nettement plus présents et agressifs défensivement. Cela leur permet de récupérer une possession et générer une pénalité dans la foulée. A un peu plus de 40m des perches belges, Linklater… se troue de nouveau. Déjà 6 points plus que prenables laissés en chemin par l’artilleur visiteur. Sur le renvoi aux 22, on voit des Espagnols entreprenants offensivement. Pénalisés, ils profitent d’une erreur façon Trinh-Duc de la part des Belges qui ne trouvent pas la touche pour relancer et revenir dans le camp adverse. Si les imprécisions persistent, les intentions de jeu sont bien là. Il reste 35 minutes aux Leones pour reprendre les choses en main. Pour cela, il faudrait de la maîtrise. Or, ils n’en montrent pas, en témoignent une nouvelle faute à la 50ème, laissant l’opportunité à Hart d’aggraver le score (15-0), suivie d’une touche pas droite, rendant immédiatement la possession aux locaux… Les visiteurs sont complètement à côté de la plaque : ils se font pénaliser à la 55ème à force de contester les décisions arbitrales. Le public est bouillant alors que les locaux reviennent dans le camp espagnol.

Il reste à peine plus de 20 minutes de jeu, et le besoin de scorer devient très urgent pour les Leones. Les ballons sont vite joués mais trop mal exploités, les fautes de main venant polluer les bonnes intentions… C’est terrible, sans rythme réel et sans vraiment d’occasions d’essai franches de part et d’autre, le score reste fixé à 15-0 tandis que le temps s’égrène entre temps de jeu stériles, touches et mêlées… On joue la 70ème minute et l’Espagne a finalement une possession intéressante sur touche dans les 22 adverses. Les Leones déroulent un ENOOOOORME groupé pénétrant sur 20 mètres, difficile de savoir à combien ils se sont mis pour pousser ! Impressionnant, l’essai est marqué par Gibouin et Mathieu Peluchon entré en jeu transforme.

Il reste 8 minutes à jouer et le score est de 15-7. Le réveil espagnol sera peut-être trop tardif. Il faut de toute façon tout donner maintenant ! Sur un coup de pied direct en touche de la part des Belges, ils récupèrent la possession sur les 40m belges. Un nouveau maul est structuré et avance sur 15m ! En suivant, l’Espagne glane une pénalité, convertie par Peluchon. Il reste 4 petites minutes et le score est à 15-10. Tout est désormais possible ! Ou plutôt, aurait été possible… aurait été possible sans une nouvelle faute, commise au pire des moments par les visiteurs à 30m de leurs perches 3 minutes avant le coup de sifflet final. La pénalité convertie par Vincent Hart a des airs d’estocade. 18-10 au planchot. Les Espagnols peuvent toujours aller chercher un Bonus Défensif, pour ne pas rentrer bredouilles même si cela ne servira à rien. Finalement, sur un énième en-avant des Leones, l’arbitre siffle la fin du match.

S’en suivent des images surréalistes. Alors que les Belges exultent, plusieurs Espagnols pètent les plombs et se ruent vers l’arbitre pour demander des comptes. Barthère, joueur de Rouen, est notamment très, très remonté. Rouet n'est pas loin, suivi pas de nombreux coéquipiers. Les joueurs Belges ainsi que des stadiers viennent s’interposer. C’est une scène assez brouillon. Les arbitres sont finalement escortés vers les vestiaires alors que plusieurs Espagnols essaient de s’en approcher ! En tout cas, on était proche de l’empoignade assez virile. Plus que des mots, les images de la vidéo publiée par Marca rendent comptent des événements

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Source : TDP

Une overdose de frustration doit couler dans les veines des Leones… avec de l’empathie, on peut les comprendre. Ils laissent la qualification directe s’échapper alors qu’elle leur tendait les bras !! Mais le spectacle est aussi triste que le résultat est impitoyable… La Roumanie profite de cette contre-performance et valide son ticket pour le mondial, où elle évoluera dans la Poule A. L’Espagne jouera la repêche.

ANALYSE

On pourrait dire beaucoup de choses à propos de cette rencontre. Pour aller à l’essentiel, il faut retenir que l’équipe ultra favorite a été rongée par l’enjeu et a déjoué. Il n’en fallait pas plus pour que l’outsider opportuniste se fasse une joie de saisir sa chance et se paie un gros poisson.

Pour les Espagnols, cette défaite a des allures de tragédie. Pour le comprendre, il suffit de jeter un œil à la presse espagnole. ABC titre « La Belgique et l’arbitre freinent le rêve de Mondial », mentionnant une prestation « lamentable » de l’officiel roumain. Si Marca reste plus modéré dans ses propos, AS fait état d’un arbitrage « terriblement partial ».

A titre personnel, j’apprends à l’instant où j'écris ces lignes que l’arbitre du match était roumain (nation qui avait besoin de la défaite espagnole pour se qualifier directement). Il s’agissait de Vlad Iordăchescu. Certains internautes, probablement écœurés, n’ont pas tardé non plus à se charger de fustiger sa prestation. Le sélectionneur espagnol Santiago Santos était lui aussi assez remonté contre l’arbitre. Tout en restant modéré, il a déclaré « Ce n’est pas l’Espagne qui a perdu aujourd’hui, c’est le Rugby ». Son capitaine, Jaime Nava (absent de la feuille de match aujourd’hui), est resté dans le politiquement correct au micro de Radio Marca : « Je ne peux pas imaginer que le rugby s’est prostitué pour nous mettre de côté. Quand on nous a désigné des arbitres roumains, ça a été un choc, mais c’est le rugby, ça nécessite certaines valeurs. ».

A (re)voir le match, je pense qu’il a fait un match correct. Il est vrai que certaines décisions ont légèrement tendu vers le favoritisme à domicile, mais pas au point de permettre d’affirmer que l’arbitre a été partial. N’oublions pas que Linklater a vendangé 6 points au pied, qui auraient pu maintenir son équipe au contact et amené un jeu différent. En outre, les Belges ont dominé même si tout n’a pas été parfait, les Espagnols ont commis bien plus de fautes et d’imprécisions, l’arbitre les a logiquement plus sanctionnés. C’est tout. Il est facile d’imaginer que les Leones ne pensent pas de la même manière. A chaud, énervés et frustrés, cet élément n’a pas dû aider à la réflexion « rationnelle », ceci expliquant cela. Quand la tension sera retombée, attention à ne pas tomber dans la paranoïa et le sentiment de complot après-coup.

ET MAINTENANT ?

Disons-le franchement : l’Espagne vient de (presque) tout gâcher. Au risque d’être répétitif, les Leones avaient tout fait. Comme des morts de faim, ils avaient été se chercher les victoires nécessaires à réaliser leur rêve de Mondial. Ils n’avaient plus qu’à jouer leur rugby, ensemble, avec conviction et détermination. Ils auraient alors terrassé les Belges et validé deux années d’efforts. Mais non.

Le chemin menant au Japon n’est pas totalement fermé. Toutefois, il sera désormais plus long, plus tortueux, et surtout plus périlleux. Dans un premier temps, les Leones vont devoir affronter le Portugal, un match à leur portée. Le vainqueur de cette confrontation affrontera ensuite, en matchs aller-retour, les Samoans… Et là, la manœuvre sera beaucoup plus délicate. Rien n’est impossible, certes. Mais si la situation devait être résumée, on pourrait dire que l’Espagne avait 90% de chance d’aller au Mondial ce matin, tandis qu’elle a 90% de chance de ne pas y aller ce soir. Si, par malheur, les Leones s'inclinaient face au Samoans, ils auraient une dernière occasion de se qualifier dans un ultime tournoi. Le prix à payer pour 80 minutes d’absence avec pour résultat énorme gâchis, le seul mot qui reste en tête dans cette situation. En bouche, c’est un goût très amer d’inachevé qui persiste. Rageant.


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