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6 Nations 2021. Étudiant la semaine et ouvreur de l’Italie le week-end, à la découverte de Paolo Garbisi
L'ouvreur de 20 ans espère être à la tête d'une nouvelle génération italienne triomphante.

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A l'orée de diriger le jeu de l’Italie durant le Tournoi, le jeune international s’est livré pour nous sur ses débuts fulgurants ces six derniers mois.

Le monde du rugby l’a découvert un samedi soir d’octobre. Dans le froid, au propre comme au figuré, d’un Aviva Stadium désert, il a pris ses responsabilités, l’ampleur du score aidant. Alors que l’Irlande mène l’Italie 50-10 dans ce match décalé du Tournoi des Six Nations, l’ouvreur de la Squadra Azzurra, à une trentaine de mètres de l’en-but, récupère le ballon. Il crochète un premier joueur, prend l’intervalle, enrhume Jacob Stockdale d’une feinte de passe et s’en va plonger sous les poteaux. À ce moment-là, beaucoup se sont demandé qui était le joueur portant le maillot italien floqué du numéro 10. Tiens, surprise, ce n’est pas son habituel détenteur, Tommaso Allan. Il ne porte pas de casque et de lunettes, ce n’est donc pas Ian McKinley. Paolo Garbisi ? Son nom n’avait pas encore dépassé les frontières du pays à la botte. Depuis cette première cape et ce bel essai, il enchaîne les titularisations avec l’équipe nationale et sa province du Benetton Trévise. Malgré un emploi du temps bien rempli entre entraînements, matchs et cours, Paolo Garbisi a pris le temps de répondre à nos questions.

Une ascension express

Il y a un an, le public était dans les stades, Agen avait cinq victoires à son compteur, l’UBB dominait le Top 14 et Montpellier n’avait déjà pas de fond de jeu. Un temps qui semble, aujourd’hui, bien lointain… Paolo Garbisi, lui, jouait dans le championnat italien, le Top 12, au Petrarca rugby, club de la ville Padoue. En neuf rencontres, il a été l’auteur de 77 points (deux essais, onze pénalités et dix-sept transformations). Il a également participé au Tournoi des Six Nations des moins de 20 ans. Il a mené le jeu d’une équipe qui a triomphé au Pays de Galles (7-17) avant de tomber avec les honneurs, en France (31-19) et face à l’Écosse (29-30). Mais la Covid-19 est venue accélérer cette progression jusque-là linéaire. Fin du tournoi repoussée à octobre pour les grands et annulation totale pour les plus jeunes. Durant le confinement, le sélectionneur Franco Smith a le temps de peaufiner ses plans de jeu. Pour la fin des 6 nations et l’Autumn Nations Cup, sa liste de trente-trois comporte sept petits nouveaux, dont Paolo Garbisi, 20 ans. Cette convocation a autant surpris que ravi le principal concerné : « Quand j’ai reçu l’appel, j’étais très surpris mais dans le même temps très heureux parce que mon plus grand rêve, celui d’atteindre l’équipe nationale, devenait réalité. Je ne pensais pas l’atteindre dès cet âge-là. »

Dès le premier match joué par les Italiens à l’automne, le jeune ouvreur est dans le quinze de départ. « Je ne m’attendais pas à jouer le premier match contre l’Irlande, même si Tommaso Allan était légèrement blessé », confie-t-il. « Très nerveux », avant de débuter son premier match au plus haut niveau, la pression a disparu au coup d’envoi. La pression, les Irlandais l’ont constamment mise sur les Italiens, balayés (50-17). La lourdeur du score donne un goût amer à la première du Vénitien, auteur de douze points ce soir-là : « Malheureusement, le match ne s’est pas déroulé comme nous l’espérions. Mais j’étais ravi d’obtenir ma première sélection. » Mais pas le temps pour lui de se remettre de ses émotions.

Le quinze de la rose débarque à Rome pour prendre les cinq points et gagner les Six Nations. Rien que ça. Un match à la saveur particulière pour Paolo Garbisi. Pour sa seconde sélection, il a l’occasion d’être le vis-à-vis de son idole, Owen Farrell. Là aussi, dans les vestiaires, au moment de lacer ses crampons, il était « très nerveux », mais aussi « très excité ». « Pour être honnête, je ne me sentais pas bien. Je n’avais vu Farrell qu’à la télé, avant le match. Donc avoir la chance de jouer contre lui était quelque chose d’un peu irréel, avoue-t-il. Par chance, il m’a donné son maillot après le match, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais !» La première intimidante avec son idole passée, il sait ce qui lui reste à faire pour atteindre le niveau de l’Anglais. « Je dois améliorer tous les points de mon rugby car c’est un des meilleurs du monde concède-t-il. Je me donne à 100% jour après jour pour être meilleur et continuer sur cette voie. » Lors de cette rencontre où les Britanniques n’ont pas fait lever les foules en s’imposant sans montrer grand-chose (5-34), Owen Farrell a montré à son jeune disciple ce qu’il manque le plus à l’Italie : du pragmatisme.

Une nouvelle génération prend le pouvoir en Italie

Pour ses débuts avec la Squadra Azzurra, Paolo Garbisi a été encensé. Par les anciens joueurs d’abord. La presse y est également allée de son analyse, faisant une comparaison avec un ancien grand ouvreur italien, Diego Dominguez. Une comparaison très hâtive, Paolo Garbisi ayant les cheveux courts… Le sélectionneur Franco Smith a lui aussi apprécié les matchs de son joueur, qui a disputé l’intégralité des cinq matchs automnaux de l’Italie, pour un total de 32 points inscrits. Mais tout n’a pas été parfait, à l’image de son match contre la France, en novembre. Mis à part une feinte de passe à l’origine du seul essai italien, signé Carlos Canna, sa rencontre se résume à des approximations et des fautes de main. Le joueur en est conscient, ses débuts n’ont pas toujours été réussis : « Mes matchs avec l’Italie ont été vraiment durs, j’ai beaucoup appris d’eux. » Lui, habitué jusque-là aux matchs du Pro 12 et des Six Nations U20 a remarqué que « l’intensité de ces matchs est très haute, il faut être prêt dans tous les aspects du jeu : physiquement, techniquement, tactiquement et mentalement ». Il sait aussi qu’il doit « encore beaucoup travailler sur les parties tactiques et techniques du jeu parce que à ce niveau c’est crucial, mais aussi parce que, dans le même temps, je pense que j’étais bien physiquement ».

Paolo Garbisi est le symbole d’une nouvelle génération italienne qui obtient des résultats chez les jeunes, notamment lors des tournois U20. Savoir gagner, un détail important dans une sélection qui n’a plus remporté un match depuis celui face au Canada, lors de la Coupe du Monde 2019. Concernant les Six Nations, la dernière victoire du pays remonte au 28 février 2015 et un succès en Écosse (19-22). Ces dernières années, quelques jeunes, comme Matteo Minozzi et Jake Polledri ont fait eux-aussi leur apparition jeune chez les azzurri et ont apporté une plus-value immédiate. Pour le match face à la France, en plus de Paolo Garbisi, Stephen Varney (19 ans), Jacopo Trulla (20 ans) et Gianmarco Lucchesi (20 ans) étaient sur la feuille de match, les deux premiers titulaires. L’ouvreur espère d'ailleurs être le leader d’une génération qui permettra à l’Italie d’élever son niveau : « Nous sommes très jeunes donc nous devons beaucoup travailler et acquérir de l’expérience. Nous devons essayer d’être prêts chaque fois que nous avons la chance de jouer. » Depuis son intronisation, en 2020, Franco Smith n’apparait pas frileux au moment de lancer les plus jeunes dans le grand bain international. « Il nous donne des opportunités de jouer, ce qui est le meilleur moyen de s’améliorer et d’apprendre de nos erreurs » souligne le Vénitien. Et cela marche, comme en atteste le match face à la France. Pour ouvrir les 6 Nations, le sélectionneur d’origine sud-africaine avait fait le pari d’une charnière biberon Varney-Garbisi. Pari réussi, ils ont été les meilleurs joueurs italiens sur la pelouse. S’ils ont pu voir la différence qui les sépare d’une charnière de très haut niveau, ils ont bien animé le jeu d’une équipe italienne qui n’a pas été déplaisante à voir jouer. La marge de progression de ces deux jeunes joueurs est importante et ils pourraient bien s’imposer comme des cadres de la sélection. À surveiller de très près.

Pour faire passer un cap à l’Italie, il faudra que cette jeune association parviennent à gommer un problème récurrent dans leur équipe. Trop souvent, les Italiens courent dans tous les sens en début de match avant de baisser en intensité à partir de la 60ème minute environ et laisser échapper la victoire. « Nous sommes l’équipe qui court le plus comparé aux autres sélections, regrette le numéro 10. Quand les moments clés arrivent, nous sommes plus fatigués que nos adversaires, donc nous faisons plus d’erreurs. Nous donnons des pénalités et nous ne scorons pas quand nous devrions le faire. » Si l’aspect physique est important, il ne cache pas « qu’une partie mentale a un rôle parce que trop de fois nous ne gérons pas de la bonne manière les moments clés et nous faisons les mauvais choix ». Il reste lucide et sait que dans ce domaine de la gestion il doit « beaucoup s’améliorer afin de prendre le meilleur choix pour l’équipe dans ces moments importants ».

Une saison compliquée en club

À l’intersaison, Paolo Garbisi a suivi la logique italienne en quittant son club de Petrarca pour rejoindre le Benetton Trévise, une des deux franchises transalpines engagées en Pro 14. Comme en sélection, l’ouvreur a dû s’adapter à un niveau de jeu supérieur à ce qu’il avait connu jusque-là. « Dès mon premier match en Pro 14, j’ai réalisé que le niveau était très élevé, explique-t-il. Il faut être préparé dans tous les domaines de jeu : physiquement, techniquement, mentalement et tactiquement. » Lui qui a pour rôle de mener son équipe a dû adapter son jeu, trop insouciant face à la réalité du haut niveau : « Je n’ai pas beaucoup de temps pour faire mon choix dans le jeu car je suis toujours sous pression. J’aime beaucoup attaquer mais les lignes défensives sont très fortes et c’est difficile de les franchir. » Comme en équipe nationale, le jeune joueur a poussé Tommaso Allan sur le banc. Mais comme avec la Squadra Azzurra, les débuts sont compliqués d’un point de vue collectif. En 10 matchs de championnat, les Parmesans n’en ont remporté aucun… « Nous sommes une équipe très jeune donc les jeunes joueurs peuvent avoir besoin de temps pour s’adapter. Puis nous avons eu beaucoup de blessés et de cas Covid à des positions clés… », déplore la recrue estivale. Régulièrement avec la sélection, Paolo Garbisi a réussi à tirer son épingle du jeu lors de ses quatre matchs joués (trois titularisations), avec 32 points inscrits et 85% de réussite face aux perches.

Maître Garbisi

Les réponses en anglais ont fusé. Pas étonnant de la part d’un garçon très studieux. Jouer en sélection et en club n’est pas suffisant pour Paolo Garbisi, qui mène en parallèle de sa carrière des études de droit. Pas évident de mener de front les deux, d’autant plus en étant engagé dans une des plus fastidieuses filières. Si beaucoup de sportifs de haut niveau, arrêtent de manière précoce leurs études pour se consacrer au sport, lui ne tire aucune gloire à rester sur les bancs de l’école malgré un emploi du temps chargé : « Je ne suis pas le seul à étudier et faire du sport professionnel en même temps donc je ne suis pas quelqu’un de spécial. » Mais pour réussir à conjuguer les deux, comme sur un terrain de rugby, l’ouvreur doit tout organiser et dicter le bon tempo. « Pour faire les deux en même temps, il faut exploiter toutes les opportunités pour étudier car il n’y a pas beaucoup de temps », révèle-t-il.

Bien qu’au début de sa carrière, le joueur a déjà pris conscience que sa vie de rugbyman est éphémère. Il rappelle que « seuls quelques joueurs peuvent vivre avec l’argent qu’ils ont gagné durant leur carrière ». Il sait d’ailleurs déjà de quoi sa reconversion sera faite. « J’ai pour ambition de devenir avocat, donc j’étudie pour ça », lâche-t-il, symbole d’une tête bien pleine, sur et en dehors des terrains. S’il préfère garder les crampons sur terre, il n’oublie pas la belle carrière qui s’ouvre à lui. Il a encore le maillot azzurri à enfiler des dizaines de fois avant de le troquer pour la robe noire. Mais au fait, comment dit-on « grandisse » en italien ?

Loic Bessière
Loic Bessière
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"Grandisse" ?.. Subjonctif ou adjectif ?... Premier cas : "cresca".. Second, il y a le choix : "maestro, enorme, grandissime, fantastico", etc.
Sinon oui, il est doué... Et l'Italie s'est trouvé, enfin, une belle charnière... J'espère qu'il va vite changer de "modèle"... Déjà parce qu'il n'a pas du tout le style de Farrell, et puis l'Anglais est déjà idole pour Matt Jalibert, ce qui explique le match assez insipide du joueur de l'UBB contre la Squadra...

J'ai trouvé la charnière italienne très intéressante et elle a su poser des problèmes à la défense des Bleus, notamment autour des rucks. Je leur souhaite que leur association dure autant que celle composée de Stringer et O'Garra.

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