En immersion au sein de la Major League Rugby avec Thomas Plessis, directeur commercial au Rugby United New York
Thomas Plessis fait désormais partie du RUNY.
En quittant le Stade Français pour les États-Unis, Thomas Plessis a découvert un nouveau système autour du rugby, pour son plus grand bonheur.

Premiere enquête de l'année pour le Rugbynistère des Affaires Étrangères. Nous avons cette fois-ci posé nos valises aux États-Unis à la rencontre de Thomas Plessis, commercial au sein de la franchise du Rugby United New York qui découvre cette année la Major League Rugby.

Thomas, dans un premier temps, peux-tu nous parler de ton parcours ?

J'ai commencé mes études à Toulouse et je me suis mis au rugby quand j'avais 18 ans. J'ai ensuite fait une école de commerce à Marseille et lors de ma dernière année, j'ai pu faire un échange scolaire au Brésil. J'ai donc joué au rugby là-bas, et c'était vraiment sympa. Après mes études, je suis de nouveau parti au Brésil pour travailler sur la Coupe du monde de football autour de la production télévisuel à São Paulo. C'était une très bonne expérience. Puis en rentrant en France, j'ai commencé à travailler pour le Stade Français. J'ai toujours bien aimé les deux, le foot et le rugby, mais désormais, je suis à fond dans le monde du ballon ovale depuis que j'ai signé au Stade Français en décembre 2014. J'étais responsable commercial au sein du club.

Pourquoi avoir choisi les États-Unis par la suite ?

Les États-Unis possèdent un championnat qui m'attire depuis quelques temps déjà. De plus, on ne me demandait pas d'aller au fin fond de l'Utah, mais à New-York ! Découvrir cette ville, c'est très intéressant. Au niveau du travail, il y a un très gros potentiel aux États-Unis. Il y a environ 200 millions de personnes, c'est un marché colossal et les Américains sont de très gros consommateurs de sport. Ils vont souvent au stade, ils sont curieux et ils dépensent de l'argent dans les stades. S'il y a une vraie économie autour du sport là-bas, il peut y en avoir une autour du rugby potentiellement. J'étais également un peu lassé de voir qu'en France, quasiment aucun club n'arrivait à être à l'équilibre au niveau financier.

Le problème du rugby français aujourd'hui, c'est qu'il n'y a aucune réalité économique derrière. Ce sont juste des milliardaires qui ont leurs clubs, qui se font plaisir et dont le seul objectif est de gagner le Top 14. Aux États-Unis, les propriétaires des équipes essayent avant tout de gagner de l'argent et de ne pas en perdre. Car derrière, si tu as perdu 2 ou 3 fois de l'argent sur les premières saisons, la ligue te retire la licence et tu n'es plus une franchise. Cette dernière déménage alors dans une autre ville par la suite. 

Comment as-tu trouvé un poste au sein du Rugby United New York ?

J'en entendais déjà beaucoup parler par mon réseau et je me suis renseigné ensuite. Au final, c'est en parlant avec Pierre Arnald qui était mon ancien Directeur Général au Stade Français, que j'ai eu plus d'informations. Il a investi là-bas et a désormais des parts du club autour de 20%. Il m'a parlé du projet et ça m'a paru plutôt sympa. Pierre est quelqu'un en qui j'ai confiance et qui est très compétent donc ça m'a rassuré. Le projet de la franchise est solide et c'est son argent qu'il met directement dedans donc le connaissant, je savais qu'il ne mettait pas son argent n'importe où. Il m'a ensuite présenté le propriétaire et ça s'est très bien passé. Tout s'est fait progressivement ensuite.

Quel est ton rôle exactement dans ce projet ?

Je suis directeur commercial et marketing. Mes principales missions sont de trouver des partenaires et de créer une vraie « fan-base » autour du RUNY, car pour l'instant, nous n'existons pas vraiment, nous avons fait seulement un match de niveau professionnel. Il ne faut pas oublier qu'il y a un an, le club n'existait pas. Donc, oui, on est une équipe professionnelle, mais il y a tout à faire. De manière générale, il s'agit principalement de faire connaître le rugby à New York et aux États-Unis, ainsi que de faire augmenter le chiffre d'affaires du club. À plus long terme, il faudra se concentrer sur l'hospitalité et le merchandising.

« Jouer à New York, ça fait rêver ! »

Comment s'organise la structure sportive de la franchise du RUNY ?

Nous jouons dans le sud de Brooklyn au MCU Park, le stade de baseball dans lequel évolue les Brooklyn Cyclones. On coupe le terrain en deux et on en fait un terrain de rugby. On est donc colocataire avec eux durant les six mois de notre saison. Pour l'entraînement, on utilise un terrain situé sur une île au nord de Manhattan. Sinon pour ce qui est de la partie physique, on utilise pour l'instant des salles partenaires. Dans la perspective de développement du club, on a la volonté à terme d'installer une académie pour les jeunes joueurs. Car on veut surtout développer le rugby américain avec des joueurs américains. On sait que beaucoup de joueurs veulent venir jouer aux États-Unis, car c'est une belle expérience. Jouer à New York, ça fait rêver ! On ne va pas les refuser, car on a besoin de ces joueurs-là pour améliorer le niveau, mais on va également avoir besoin de s'appuyer sur des joueurs américains, car l'objectif est de développer l'équipe nationale américaine.

''International marocain, j'ai décidé de partir jouer aux États-Unis après dix ans à Clermont''

Si j'ai bien compris, il n'y a donc pour l'instant qu'une seule équipe au sein du RUNY ?

Oui, pour l'instant, il n'y a qu'une équipe professionnelle, nous n'avons pas d'équipes chez les jeunes. Nous cherchons également à créer une équipe féminine à plus long terme. Ça n'a pas été dans les priorités de la franchise pour l'instant, mais selon le cahier des charges de la MLR (Major League Rugby) chaque équipe doit à terme lancer une équipe de rugby féminine. Pour notre part, en attendant d'avoir ces équipes, on s'est lié avec toutes les universités et les clubs de rugby amateur de la région de New York. On leur donne alors des facilités pour la billetterie, la possibilité de vendre des places et de gagner de l'argent, des contenus exclusifs, la possibilité de rencontrer les joueurs et on fait également venir leurs entraîneurs pour des meetings de formation avec notre staff.

Il faut savoir qu'aujourd'hui, au sein de la Greater New York Area (zone qui délimite la ville), il y a 54 clubs amateurs, 30 universités qui jouent au rugby et 160 lycées qui ont un programme rugby dans leur cursus. Au total, 35 000 personnes jouent au rugby chaque semaine dans la région new-yorkaise.

Vous intégrez donc cette année la Major League Rugby, qui en est à sa deuxième saison. Comment avez-vous fait pour créer une équipe avec un niveau suffisant en si peu de temps ?

Il y a beaucoup de joueurs de rugby aux États-Unis. On est aux alentours d'1,5 million de licenciés. Ensuite, les clubs sont arrivés avec des structures financières établies. Par exemple, le budget de RUNY pour cette première saison est déjà de 2,5 millions de dollars. Cela permet de trouver des joueurs plus facilement. Derrière, soit ces joueurs viennent et ils sont exclusivement professionnels, soit on leur propose du travail ou une poursuite d'études. On a également la chance à New York d'avoir un très bon directeur sportif, appelé General Manager ici. James English, un Anglais qui vit à New York depuis pas mal de temps. Il a notamment été coach des féminines des USA. Cette personne possède un très bon réseau en Irlande et a ramené beaucoup de joueurs irlandais.

On a par exemple réussi à avoir le troisième 10 du Leinster qui s'appelle Catal Marsh. On a aussi des joueurs de l'équipe nationale américaine qui sont vraiment intéressants. Et puis, la mégastar de la Ligue, Ben Foden (34 sélections avec l'Angleterre) qui a signé chez nous. Après, ces joueurs-là savent qu'il n'y aura pas beaucoup d'argent au début, ils viennent avant tout pour l'expérience.

De ton point de vue interne, comme s'est développé la Ligue Américaine et le rugby aux États-Unis ces derniers temps ?

Au départ, je n'étais pas pour une ligue fermée sans montée ni descente. Alors qu'en France, on est très là-dessus et ça donne un enjeu sportif. Mais par exemple, à New York, quand le propriétaire du club James Kennedy se met d'accord avec la MLR, il s'approprie le territoire new-yorkais pour une période donnée. Actuellement, elle va sur 5 ans. Donc les propriétaires ont le temps de développer leurs franchises et ils n'ont pas de concurrence sur leurs territoires. Il y a donc un côté stabilisant dans l'investissement. C'est le modèle qu'ont toutes les ligues américaines avec les franchises. Celles-ci ne peuvent sombrer que si les résultats économiques ne sont pas bons et que le marché est mal exploité.

La différence également, c'est qu'en France, les présidents ne travaillent pas main dans la main, ils sont juste là pour gagner le Brennus. De plus, le salary cap, règle que nous avons imposée, n'est pas respecté par tout le monde. Aux États-Unis, ce ne sont pas des milliardaires qui gèrent les clubs. L'argent ne vient que de l'économie réelle. Le but de l'ensemble des propriétaires est de valoriser avant tout la Ligue et que celle-ci tire les clubs vers le haut. Si par exemple tu valorises New York, cela va être bénéfique pour Toronto, car cette équipe va jouer contre une franchise qui évolue dans une ligue qui marche bien. On est vraiment dans un modèle de gagnant-gagnant.

Quand je suis allé à New York, je n'avais pas même pas commencé à travailler avec la franchise lorsque j'ai rencontré le propriétaire de Toronto qui m'a dit qu'il avait un sponsor pour moi. Cela n'enlève malgré tout pas l'esprit de compétition des Américains.

USA : que faut-il savoir sur la Major League Rugby, qui entame sa deuxième saison ?

« C'est le début d'une belle aventure »

Tu es donc plutôt optimiste quant à la suite des événements ?

Oui, je suis très optimiste. La dernière ligue professionnelle n'avait pas fonctionné, car les dés étaient pipés d'entrée. Mais pour la MLR, c'est une volonté qui est partagée par un grand nombre dans le monde du rugby, notamment World Rugby qui incite à développer le rugby aux États-Unis. On ne peut pas continuer à investir dans le rugby seulement dans certains pays. Surtout dans des endroits, comme en Australie, où les stades ne sont pas remplis. Je suis récemment allé voir un match de la ligue japonaise à Tokyo et les stades ne sont pas pleins non plus. Il faut donc aller sur de nouveaux marchés où les stades vont se remplir et où il va y avoir de l'audience. Même si je pense qu'on sera amené à travailler avec le Japon, car nos championnats sont complémentaires (l'un se déroulant de janvier à juillet et l'autre d'août à décembre) et nos pays sont assez proches géographiquement.

D'autre part, le fait de fonctionner avec des franchises aux États-Unis donne un vrai avantage à cette ligue. Je pense que cela va permettre très rapidement aux équipes américaines de rivaliser avec les équipes européennes. Il y a 20 ans, dans le football, tout le monde se moquait des Américains et de la Major League Soccer (MLS). À l'époque, les Américains avaient peut-être été ambitieux en disant qu'ils allaient concurrencer le Real Madrid, car le club était déjà à 400 millions d'euros de budget. Mais si on regarde aujourd'hui le club de rugby qui a le budget le plus élevé, on doit être autour des 35-40 millions d'euros maximum. C'est plus abordable. Donc si on arrive à intéresser ne serait-ce que 5% de la population américaine, la mettre devant la télé pour regarder des matchs et la faire s'abonner sur nos réseaux sociaux, je pense que les 30 millions d'euros, on pourra rapidement les atteindre.

Ça nous permettra ainsi de concurrencer les clubs européens et de faire venir des joueurs dans la force de l'âge aux États-Unis. Même si pour l'instant, on se rapproche plus d'un niveau Fédérale 1.

Cette audience et cette popularité, ont-elles déjà commencé à prendre dans les stades ?

Pour l'instant, j'ai uniquement vu des matchs à la télé. Les affluences sont correctes. Après, les stades sont beaucoup plus petits que ceux que l'on a l'habitude de voir en Europe. Par exemple, à New York, notre stade fait 7000 personnes. On a signé pendant trois ans une convention avec les Brooklyn Cyclones, donc le nombre de places ne va pas augmenter d'ici-là. En France, on a l'habitude de plus grands stades, mais bon, on ne les remplit pas. À choisir, je préfère avoir un stade de 7000 à guichets fermés, quitte à laisser des personnes à la porte, plutôt qu'un stade de 10 000 qui n'est jamais rempli.

Côté personnel, quels sont tes projets futurs avec la franchise ou ailleurs ?

Je suis en train d'obtenir un VISA pour 3 ans. Si jamais je quitte ma boîte, celui-ci me permet tout de même de rester aux États-Unis. Mais pour l'instant, j'ai vraiment envie de voir le développement de cette franchise. D'autant que dans cette ligue, on peut développer pleins de choses différentes. Je pense que c'est le début d'une belle aventure.

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  • Moa64
    428 points
  • il y a 9 mois

Courageux à lui d'être parti au bout du monde, une belle aventure a vivre .

@Moa64

New York n’est pas vraiment le bout du monde à mon humble avis

  • Scala
    383 points
  • il y a 9 mois

Très beau projet. Ça donne envie.

article très intéressant…. on en veut encore !!!

euh...juste pour faire mon "rabat joie",les USA c'est 329 millions d'habitants en 2018...pas 200 millions comme dit dans l'article car les 129 millions qui manquent,ce serait à peine plus que la population du Japon...j'dis ça
Article très interessant au demeurant...

  • Ahma
    82707 points
  • il y a 9 mois
@pascalbulroland

200 millions c'est l'objectif de Trump après avoir balancé tous les indésirables par dessus son mur.

@Ahma

Ça ne doit pas être loin en effet, une trentaine de pour-cent de latinos

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