INTERVIEW. Raphaël Ibanez : ''Le secret de l'Irlande ? c'est de faire simple''
Raphaël Ibanez porte un regard admiratif sur l'Irlande.

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L'ancien talonneur du XV de France et entraîneur de l'Union Bordeaux-Bègles Raphaël Ibanez est un fin connaisseur du rugby irlandais.

Invité en Irlande par Le Siège Renault pour accompagner les deux gagnants d'un concours et assister au choc entre les provinces du Munster et de l'Ulster, Raphaël Ibanez évoque les performances de l'Irlande dans le Tournoi avec sa sélection et en Coupe d'Europe avec le Leinster. Mais aussi les clés de la réussite irlandaise, le rôle de Sexton avant de nous confier ses souvenirs mémorables de 3e mi-temps irlandaise.

Vous qui avez l'habitude d'être aux commentaires, comment avez-vous vécu ce match au sommet dans la peau d'un simple spectateur ? 

J'avais déjà eu l'occasion de commenter des matchs du Munster à deux reprises cette saison face au Racing 92 en Champions Cup. Ici, la situation était différente avec un peu de recul, bien en place en tribunes avec les deux gagnants du jeu, Jean-Yves et Nathalie, qui étaient émerveillés. J'avais une forme de pression qui était d'être certain qu'ils passeraient un bon moment et que j'arriverais à leur transmettre ma passion pour le jeu et mon expérience. J'ai expérimenté un nouveau concept en jouant les commentateurs privés. Avant de pénétrer dans l'enceinte de Thomond Park, je leur ai dit : "Aujourd'hui, on s'imagine assis tous les trois dans le canapé et on regarde le match en tant que spectateur neutre mais il n'est pas interdit de vibrer". Et c'est ce qu'il s'est passé. C'était un match très plaisant.

Avez-vous eu droit à un accueil particulier de la part des locaux ? 

Les supporters du Munster étaient surpris de me croiser lors de l'avant-match. Ils s'interrogeaient alors je leur ai présenté les deux gagnants, nous avons échangé et sacrifié à la mode des selfies. C'était bon enfant comme le sont les supporters irlandais et en particulier ceux du Munster. La culture rugby est immense là-bas et la Red Army est toujours bien représentée dans tous les stades en Europe. Ils se tiennent bien et sont vraiment chaleureux. Ils avaient surtout à cœur d'effacer la déception de l'élimination en Champions Cup face au Racing 92. 

Pourquoi en Irlande, le championnat (le Pro 14) passe-t-il après la Coupe d'Europe ? 

Le système est différent car il y a moins de matchs en Pro 14 qu'en Top 14. Ils établissent en tout début de saison un agenda précis en ciblant les matchs essentiels. Dans ce registre-là, les matchs de Champions Cup ont une valeur inestimable pour eux. Les provinces irlandaises savent très bien que c'est la reconnaissance européenne qui compte, notamment en ce qui concerne la médiatisation. Le retour pour les clubs est ensuite immense parce que ça rejaillit sur tout le rugby irlandais.

Après le titre du XV du Trèfle dans le Tournoi des 6 Nations et celui du Leinster en Champions Cup, est-ce qu'on peut dire que c'est l'année de l'Irlande ? 

Oui et il va falloir s'y faire. Ils ont eu une génération avec des joueurs légendaires comme Keith Wood et Brian O'Driscoll, que l'on a affrontés à mon époque, qui est l'origine du succès actuel. Ces joueurs-là ont commencé a gagné alors qu'avant on pouvait envisager une victoire avec un peu plus de confiance. Il y a eu une vraie évolution de leur part, une remise en question de leur système, de leur mode de fonctionnement. La génération Wood et O'Driscoll a transmis le flambeau à celle des Murray, Sexton et Ringrose, qui lui fait partie d'une nouvelle jeune génération à l'instar de Larmour. Ce sont vraiment des gars prometteurs. 

Quel est selon vous le secret de cette réussite aussi bien à l'échelon européen qu'international ? 

La clé, c'est une organisation sans faille. Tout est structuré pour offrir aux jeunes joueurs irlandais la possibilité de se lancer sur la voie royale. De la formation jusqu'à l'équipe nationale, il y a une identité très forte, que l'on retrouve aussi très clairement chez les Néo-Zélandais. Quand on sait que le sélectionneur Joe Schmidt a cette structure-là, ça permet l'émergence de talents au sein des provinces jusqu'à l'équipe nationale. Le secret, c'est de faire simple dans l'approche du rugby. En disant ça, on a envie de noircir le tableau côté français. Mais il faut bien reconnaître qu'en ayant uniquement quatre provinces, c'est un exploit quand on compare leur potentiel joueur à celui de la France ou de l'Angleterre.

Justement, comment parviennent-ils à tirer le maximum de leur vivier ?

Ils font les choses de manière plus directe. C'est de l'optimisation. Ils parviennent à optimiser le potentiel des joueurs en instaurant des règles qui sont assez précises notamment au niveau des provinces. J'ai pu passer une semaine au Munster et au Leinster il y a quelques mois. J'ai pu comprendre leur mode de fonctionnement à commencer par la limitation du nombre de joueurs étrangers qui ont le droit d'évoluer dans chaque province. Par exemple, le Leinster est champion d'Europe avec des joueurs internationaux irlandais et deux-trois joueurs reconnus venant de l'étranger. C'est un rapport qui fonctionne bien et qui permet de développer les joueurs irlandais. 

C'est comparable à ce qui se fait en Nouvelle-Zélande. Est-ce le modèle que doit aussi suivre la France ? 

C'est un peu plus fermé et on peut peut-être regretter un certain manque d'ouverture de leur part. Mais il s'avère que le système fonctionne au niveau européen. Et l'Irlande est un moteur dans l'organisation du rugby en Europe. Un exemple peut-être aussi à suivre mais qui fonctionne avec des caractéristiques très propres. On est peut-être un peu loin à l'heure actuelle en France avec d'autres exigences, d'autres moyens au sein des clubs qui font qu'on n'est pas encore dans cet équilibre-là. 

Qu'est-ce qui fait qu'un joueur de classe mondiale comme Jonathan Sexton soit épanouie au Leinster et pas au Racing 92 ? 

Il faudrait lui demander mais je pense qu'il a retrouvé ses repères au Leinster avec un statut de leader incontesté, de maître à jouer. Joe Schmidt et son encadrement technique ont cette capacité à lancer des jeunes joueurs progressivement pour assurer le passage de témoin tout en installant des hommes de confiance qui ont assez d'expérience. C'est clair qu'il n'était pas au maximum de son potentiel au Racing 92. Aujourd'hui, il a démontré tout au long de l'année que c'est le joueur, avec peut-être aussi Conor Murray à la mêlée, qui incarne le succès de l'Irlande. Et malheureusement il nous l'a montré avec un premier coup d'éclat à la dernière seconde au Stade de France. 

L'Irlandais fait partie des meilleurs ouvreurs du monde. Mais si vous deviez choisir, vous pendriez plutôt Jonathan Sexton ou Beauden Barrett ?

Je dirais que Beauden Barrett a une longueur d'avance. Notamment grâce à sa créativité, son talent naturel et surtout sa vitesse. Barrett c'est un cauchemar pour ses adversaires. Il est capable d'exploiter le moindre espace. Jonathan Sexton lui est passé maître dans l'art du poste dans un registre plus classique. Mais il est à 10/10 partout. Beauden Barrett est un grand champion mais Sexton a révélé cette année ce côté rugueux, dur au mal et mentalement. Il y a parfois comme un air de revanche dans ses attitudes, une forme de motivation profonde qui est au service d'une équipe d'Irlande qui se nourrit de cette identité. C'est un peu la petite île qui doit s'affirmer face au géant anglais. Même s'ils doivent s'en défendre, ils cultivent aussi ce côté-là pour se dépasser. Mais l'Irlande ce n'est plus seulement le fameux fighting spirit.

2018 a été l'année de l'Irlande. Est-ce que 2019 peut-être aussi l'année des Irlandais avec un titre au Japon

Compte tenu de sa poule (Japon, Géorgie, Écosse, Russie, Vainqueur des play-off, ndlr.), l'Irlande peut clairement viser un quart de finale sans aucun problème. Ensuite, elle a posé quelques jalons. On ne peut pas dire qu'elle soit extrêmement dominatrice mais elle gagne le Tournoi en s'imposant en Angleterre et réalise le Grand Chelem. Et puis elle a enfin été capable de battre les All Blacks, certes lors d'un match délocalisé à Chicago, mais ils l'ont fait. En-dehors du 6 Nations, l'objectif principal de Joe Schmidt pour la saison 2017-2018c'est de développer un maximum de joueurs. Ils sont conscients qu'il y a des leaders majeurs au sein de l'équipe mais qu'il faut aussi préparer un plan B pour la Coupe du monde en ayant des éléments capables de prendre le relais. C'est peut-être ce qui peut limiter l'équipe d'Irlande parce que lorsqu'ils ont tous réunis sur le terrain ça fait mal.

Ce qui se passe à Dublin, reste à Dublin. Mais quel est votre souvenir le plus mémorable de 3e mi-temps en Irlande ?

Je me souviens d'une troisième mi-temps réussie après le quart de finale de la Coupe du monde 1999 face à l'Argentine. On s'était retrouvés contre toute attente tous ensemble à l'hôtel pour ce qui allait être une soirée fondatrice de notre succès face aux All Blacks en demi-finale. L'année 99 avait été terrible au niveau des résultats alors on voulait savourer la victoire. On avait commencé à chanter. Je me souviens aussi des imitations plus ou moins réussies de Xavier Garbajosa et Richard Dourthe qui essayaient d'imiter les entraîneurs. C'était tellement bon parce qu'on allait jouer une demi-finale face aux Blacks qu'il y avait une forme d'insouciance à ce moment-là. Peut-être valait-il mieux oublier avant de se plonger dans la préparation de ce qui allait être un grand match. C'était un espace de liberté qu'on avait pris entre nous. Les meilleures 3es mi-temps sont celles qui sont improvisées.[article partenaire avec Le Siège Renault]


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Ils jouent simple car l'entraineur n'a pas le choix. Il n'a pas les joueurs pour faire plus. C'est tres bien ce qu'il fait avec cette equipe mais en jouant juste simple, il ne gagneront jamais une coupe du monde. Ca ne suffit pas.

Les passes laterales devant les defenses sans prise de risque, jouer la possession et monter des chandelles, c'est bien contre des equipes pas trop organise mais contre des equipes avec un jeu huile ca ne passe pas. Comme d'habitude, l'Australie, la NZ, SA et voir meme l'Argentine feront mieux. L'Irlande ne passera pas les demis, mais je pense surtout qu'ils ne passeront pas les quarts une fois de plus. Chacun fait avec ses moyens.

Ne dit-on pas : " Le simple n'est pas l'ennemi du bien " ???

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