INTERVIEW. South American Championship - Coupe du monde, professionnalisation, le Brésil vu de l'intérieur avec Moisés Duque

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INTERVIEW. South American Championship - Coupe du monde, professionnalisation, le Brésil vu de l'intérieur avec Moisés Duque
Moisés Duque est un des cadres de la sélection du Brésil.

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Le Brésil dispute ce samedi contre le Chili son premier match du « Sul Americano ». Un tournoi où les Tupis jouent leur place pour la prochaine Coupe du monde.

Dans la foulée d’un Americas Rugby Championship très prometteur, nous avons évoqué avec Moisés Duque, international depuis 2008, l’évolution du rugby brésilien durant ces dernières années et surtout depuis le processus de professionnalisation enclenché il y a près de deux ans.

Quel est votre parcours ?

J’ai été formé dans le club de ma ville natale, São José dos Campos, à quelques kilomètres de São Paulo. J’ai commencé le rugby à 9 ans grâce à mes deux grands frères, Matheus et Lucas qui y jouaient. Eux aussi d’ailleurs ont été internationaux brésiliens. On a même réussi à jouer tous ensemble pour le Brésil et c’était sensationnel.

Au début je jouais juste comme ça et je ne pouvais pas imaginer que le rugby prendrait cette place dans ma vie, au pays du foot ! Et à 17 ans, j’ai connu mes premières sélections à 7 et à 15 en équipe nationale.  Puis en 2013/2014, j’ai joué une saison à Blagnac en Fédérale 1. Je suis ensuite retourné au Brésil pour le cycle de préparation des JO 2016.

Par chance, ce cycle de préparation a coïncidé avec le début du processus de professionnalisation du rugby brésilien. Le calendrier international est devenu beaucoup plus chargé, avec notamment le premier Americas Rugby Championship. Toutes ces compétitions et tests matches nous ont permis d’élever notre niveau de jeu jusqu’à avoir dans les prochains jours une opportunité historique de nous qualifier pour la coupe du monde 2019.

Le Brésil a terminé 4e du dernier Americas Rugby Championship avec deux victoires dont un exploit contre le Canada (24-23). Est-ce que le niveau de l’équipe vous a surpris ?

Disons que ce fut une surprise « attendue » ! En 2016, la surprise était plus grande. Car même si nous nous étions bien préparés, la victoire contre les USA (24-23) était inespérée. Cela nous a permis de faire très bonne figure pour cette première édition du Tournoi. Et donc en 2017, le gros travail effectué durant ces deux dernières années nous a donné confiance et nous a poussés à améliorer nos bons résultats de la campagne 2016. C’était notre objectif. Améliorer nos résultats de l’an dernier. Et c’est ce qui est arrivé.

Nous avons gagné nos deux matches à la maison, contre le Chili et le Canada. Ce qui nous a assuré la 4e place du classement. Le Brésil commence à se professionnaliser sur et en dehors du terrain. Cet investissement nous ramène des résultats prometteurs. Et ce n’est pas rien de savoir que le World Rugby observe le développement des Tupis avec des « yeux attentifs ».

Je pense qu’un grand avenir est promis au rugby brésilien. Le processus de professionnalisation est extrêmement récent dans notre pays. Nous sommes persuadés qu’avec de l’expérience et de la maturité, en continuant de s’appuyer sur des gens passionnés par ce qu’ils font et dédiés entièrement à leur passion, nous aurons les moyens de nous exprimer encore plus en Amérique du Sud et à l’échelle mondiale.

Qu’est-ce que cette équipe a de si particulier actuellement qui lui permette de se dépasser ?

Je crois que le travail fourni durant cette année et demie nous permettent d’arriver dans de meilleures conditions physiques et techniques. Nous sommes encore loin de l’excellence du point de vue de nos structures professionnelles. Mais comme je te le disais, l’envie, la volonté des personnes qui font partie de ce projet nous offrent de belles perspectives pour développer le rugby brésilien.

Vous avez intégré la sélection brésilienne dès 2007. On peut dire que vous avez vécu le développement du rugby brésilien de l’intérieur. Quelles sont les différences majeures entre l’équipe de 2007 et celle d’aujourd’hui, 10 ans plus tard ?

C’est vrai. 10 ans c’est long. Je me rappelle comme si c’était hier de la victoire contre le Paraguay en 2008. Cette année-là, nous avions brisé une série de 20 années de défaites consécutives contre le Paraguay et nous étions montés pour la première fois en première division sud-américaine. Depuis nous n’avons cessé de grandir.

Quand j’y pense, en 2009, on perdait de 80 points contre le Chili et en 2014 on gagnait pour la première fois contre eux. Aujourd’hui, on est une sélection qui commence à compter sur le plan international et nous sommes en train de frapper à la porte du « Tier 2 ». Il y a eu des victoires très significatives, Seven et XV confondus, notamment contre l’Uruguay, le Chili, le Canada, les Etats-Unis, l’Argentine et l’Afrique du Sud. Pour moi c’est comme dans un rêve. Je n’aurais jamais pu imaginer que le rugby prenne cette place dans mon pays et qu’il fasse à ce point partie de ma vie.

Pour revenir à cette équipe de 2008, elle représentait parfaitement l’idée qu’on se fait du rugby amateur. C’était de l’amour, rien d’autre. Non pas qu’il n’y en ait plus aujourd’hui, loin de là. Mais à l’époque, on était juste 25 malades de rugby qui ne pensaient à rien d’autre. Tout le monde payait les déplacements de sa poche, les équipements, tout. Les voyages étaient loin de ressembler à ceux d’une sélection internationale. On mangeait mal, on dormait mal, on s’entraînait mal mais toujours avec enthousiasme, avec le bonheur de vivre intensément ces moments privilégiés avec les potes.

Aujourd’hui, la structure est solide, on ne paie plus rien de notre poche. Au contraire, on est payés.
Je vois les petits jeunes qui portent pour la première fois le maillot de la sélection : ils ne peuvent pas imaginer de là où on est partis… Et c’est une immense victoire ! Parce que tout en continuant à être des amateurs de ce sport magnifique, avec une joie et une passion intactes, tout le monde a désormais conscience que nous disposons de moyens pour développer le rugby brésilien. Nous sommes encore loin de la perfection mais on est sur le bon chemin. Je suis extrêmement fier de notre passé, de tous ces joueurs qui ont mouillé le maillot de la sélection pour l’amener là où elle est aujourd’hui. Et en même temps, je suis extrêmement enthousiaste et optimiste pour le futur.

Les frères Sancery, franco-brésiliens, ont rejoint l’équipe il y a peu. Dans quelles circonstances cela s’est fait ? Qu’ont-ils apporté à l’équipe ?

Ah ! les frères Sancery…C’est un plaisir de jouer à leurs côtés en sélection, et surtout un énorme honneur qu’ils aient choisi de jouer dans mon club formateur, le São José Rugby Clube, au niveau national. Très rapidement, nous avons créé des liens d’amitié et de complicité sur le terrain. On parle de « connexion Duque-Sancery ! » (rires).INTERVIEW. Objectif Japon 2019 pour le Brésil et les jumeaux Daniel et Felipe SanceryJe ne sais pas comment s’est passée leur première conversation avec la fédération mais je sais que leur mère, Madame Marta, que j’ai le plaisir de connaître, est brésilienne. Ils sont nés à Campinas, au Brésil, pas loin de chez moi. Ces deux franco-brésiliens nous ont apporté beaucoup de joie de vivre, de détermination, de force de travail, d’expérience internationale et bien plus. Je ne suis pas objectif mais Felipe et Daniel sont deux mecs incroyables.

D’ailleurs, nous avons un autre franco-brésilien dans l’équipe, notre « démon de Tasmanie », Laurent Bourda-Couhet, qui est pas mal pris par ses études en ce moment. Tous trois sont issus d'une culture française très forte et enracinée, qui nous apporte également des automatismes et une certaine solidité sur les fondamentaux rugbystiques. Dans cette période où le rugby brésilien est en pleine expansion, ce bagage culturel est le bienvenu.

Vous avez participé aux derniers Jeux Olympiques à Rio, quel souvenir en gardez-vous ?

Ce fut une expérience très spectaculaire et un moment très spécial pour mon pays et pour le rugby mondial. Ça a été un honneur immense de faire partie de cette aventure. Après, j’ai l’habitude de dire que la plus belle partie des Jeux fut le chemin qui nous y a menés. Les innombrables matches et les expériences internationales, les amitiés et les moments vécus avec ce groupe exceptionnel… Les JO sont venus simplement couronner ces moments particuliers et cette aventure.

Est-ce que vous avez senti une ferveur autour de ce sport que beaucoup de Brésiliens ont découvert ?

Dans le stade, on a senti que le peuple brésilien était extrêmement heureux de partager ce moment avec nous. Il n’y a pas beaucoup de vrais connaisseurs de rugby mais la majorité, d’après ce que j’ai ressenti, savait plus ou moins ce qu’était notre sport. Peut-être que c’était précisément le bon moment pour que, sur le sol brésilien, la foule se passionne pour le rugby. Ça restera pour moi un moment inoubliable.

Vous avez été nommé dans l’équipe-type de l’Americas Rugby Championship au poste de premier centre. Où voyez-vous votre avenir la saison prochaine ?

Je suis très honoré de cette nomination, qui témoigne surtout de l’évolution et de la reconnaissance du rugby brésilien ces dernières années. Aujourd’hui, le Brésil dispose de bonnes structures semi-professionnelles. Nous nous entraînons tous les jours, nous avons des entraîneurs de haut niveau, un bon soutien financier et un calendrier qui ne peut que nous rendre optimistes.

Donc l’avenir du rugby brésilien est très prometteur. Mais je n’écarte pas la possibilité de jouer dans un championnat professionnel, que ce soit en Europe ou ailleurs. Je dirais même que j’ai très envie d’avoir l’opportunité de réaliser ce rêve. Mon passage en France a été une superbe expérience. J’ai adoré le pays, les Français et j’y ai créé des amitiés solides.

En fait, quand je suis revenu ici au Brésil pour les JO, je ne pensais pas que mon pays allait investir autant sur le rugby. Pour résumer, mon avenir dépendra des opportunités qui se présenteront sur mon chemin. Une chose est sûre, quel que soit l’endroit où je serai, je profiterai de chaque minute passée sur un terrain de rugby.


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