Mon derby basque sous un chapiteau, à 60 degrés, coincé entre des supporters biarrots et bayonnais
Les Biarrots se sont imposés au bout du suspense face à Bayonne.

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Le Biarritz Olympique s'est imposé au bout du suspense en battant Bayonne et arrachant son ticket pour le Top 14. L'occasion de vous conter une journée pas comme les autres.

Le scénario était écrit, et comment pouvait-il en être autrement ? Certains en rêvaient, d'autres le redoutaient. Quoiqu'il en soit, ce barrage d'accession 2020/2021 voit les deux équipes basques se confrontaient, Biarritz accueillant Bayonne dans son antre d'Aguilera. Le vainqueur aura le malheur d'évoluer la saison prochaine en Top 14, dans le rôle de la victime expiatoire sur qui toutes les équipes de l'élite se défouleront. Le perdant de son côté, plongera dans l'anonymat le plus total de la Pro D2 et ira perdre à Rouen au coeur de l'hiver devant 200 spectateurs. Bref, vous l'aurez bien compris, ce match n'est censé intéresser personne, excepté les septuagénaires du Pays basque nostalgiques du rugby d'antan, de Serge Blanco athlétique ou de Jean-Baptiste Aldigé international honkongais. Oui mais le rugby est un sport curieux, et tout le microcosme de la balle ovale de l'Hexagone va se prendre de passion pour ce match qui ressemblera à tout, sauf à une rencontre dite de rugby. 

RESUME VIDEO. Biarritz/Bayonne. Prolongations, tirs au but, jamais un match nul n'aura été si intenseRESUME VIDEO. Biarritz/Bayonne. Prolongations, tirs au but, jamais un match nul n'aura été si intenseAlors, je préfère vous prévenir de suite. Mon titre est mensonger. Je n'étais pas totalement bloqué entre des supporters de chaque camp puisqu'il n'y avait qu'un seul supporter du BO. Mais pour le titre, avouez que cela sonne mieux qu'un vulgaire : ''comment j'ai suivi le derby basque dans un chapiteau sous 60 degrés, accompagné d'une troupe d'avinés qui beugle à chaque passe réussie de Peyo Muscarditz''. Nous sommes donc le jour J. Ce fameux samedi 12 juin 2021, qui n'a de 2021 que le nom, tant j'ai eu l'impression d'assister aux matchs des années 1754 que me comptait mon arrière-grand-père quand j'étais dans le ventre de ma mère. Ces mêmes personnages qui veulent nous démontrer par A + B que le rugby était mieux avant. Bref pour cette journée historique, un de mes plus fidèles amis a eu la bonne (ou plutôt mauvaise) idée d'organiser une grande fête. Nous sommes dans les Landes, à 45 minutes de Bayonne et cinq de plus de son voisin de la ville côtière. Vous l'aurez compris, quelques Basques nous ont rejoints, d'autres présents au match, nous ont ramené la Covid-19 un peu plus tard dans la soirée. Je suis donc entouré de supporters bayonnais et biarrots, de Basques et de Landais qui s'y connaissent autant que moi en rugby. Un cocktail explosif. Je sens que je vais passer l'un des pires moments de ma vie mais pour le moment je me contente de sourire bêtement à chaque remarque et de garder la face.

L'avant match

14h30 : Je ne veux pas arriver en retard. Mon ami compte sur mes talents d'homme manuel pour l'aider à finir d'installer les derniers préparatifs. Finalement en bon feignant que je suis, je ne fais rien, mais je m'applique tout de même à bien le faire. Ah si pardon, on me confie la lourde tâche de me connecter sur le compte Canal +. Là encore, l'épreuve n'est pas sans répit. En bon copain que je suis (ou seulement en bon idiot), j'ai également prêté mes codes à mon cousin germain Gaëtan, qui lui-même les a passé à d'autres personnes sans mon accord, cela va de soi. Résultat ? Je ne peux plus accéder à mon compte. Après avoir appelé tout le département, je finis finalement par arriver à me connecter. OUF !

15h32 : Tout se passe comme je l'avais prévu. C'est-à-dire très mal. Nous sommes donc sous cet immense chapiteau. Il doit faire aux alentours de 66 degrés et les canettes infâmes de 8-6 achetées au Punk du coin ne servent pas à nous désaltérer. Nous avons réussi à relier l'ordinateur à la télé via un câble HDMI. Une prouesse incroyable puisque je vous rappelle que l'histoire se déroule dans les Landes au 21ème siècle. Jusqu'à présent, les habitants de ce coin se déplaçaient en calèche et se lavaient dans l'eau croupie du lac d'à côté. Mais il fallait bien qu'une première péripétie intervienne. Alors que nous regardons le contre la montre du Tour de Suisse, la télé explose. Incompréhension, panique générale, tout le monde s'affère autour de la victime et s'agite pour trouver une solution. Le pronostic vital de la télé semble plus que jamais engagé. Au milieu de ce grand capharnaüm, je fais donc ce que je sais faire de mieux. Vous l'avez ? Rien, bien évidemment. Assis, les bras croisés, je me contente de critiquer tous les faits et gestes de mes copains en hurlant que j'aurai fait mieux qu'eux alors que je n'y connais strictement rien. À ce moment-là, je me dis que j'aurai ma place comme consultant au sein de la chaîne l'Équipe. 

15h38 : La télé rend définitivement l'âme. L'hôte du jour la conduit à la déchetterie la plus proche, c'est-à-dire à 1 heure 47 de route. Nous allons devoir nous y faire. Nous sommes contraints de regarder le match sur l'ordinateur avec un terrible reflet du soleil. Comme dirait François Damiens : quelle joie, quelle joie, quelle joie !

16:17 : Le jardin se remplit, les invités arrivent au compte-goutte et l'atmosphère commence à se tendre. C'est alors qu'un de mes amis commence son One Man Show. Selon ses dires, il ferait partie du groupe de l'Aviron Bayonnais mais n'a malheureusement pas été retenu pour participer à cet ''Access Match''. D'ailleurs, vous aussi vous trouvez ce nom ridicule ? Yannick Bru qui, lui a conseillé de s'entraîner tout seul, doit le contacter mais ce dernier capte apparemment très mal. Il me confie également qu'il lui est arrivé de se glisser dans Pottoka et que le but du jeu était de le pousser le plus fort possible dans les marches de Jean Dauger. Je le suspecte alors d'être un immense mythomane avec une once de masochisme. 

17h02 : Plus que quelques minutes avant la rencontre et la tension est à son paroxysme. Nous sommes une bonne vingtaine et les pronostics vont bon train. Les supporters bayonnais voient une victoire difficile de leurs protégés alors que le seul supporter biarrot imagine logiquement l'inverse. Personnellement je suis totalement neutre et n'ai qu'une hâte, que ce match soit fini le plus vite possible. Si j'avais su... Il est vrai que j'éprouve une petite envie de soutenir le BO pour la simple et bonne raison que j'aime bien faire l'inverse de tout le monde. Mes copains me demandent qui je vois sortir vainqueur de cet affrontement. Je leur réponds que je n'en sais strictement rien et que la seule chose dont je suis sûr, c'est que Toulon n'est pas qualifié pour les phases finales. 

17h28 : Mon ami mythomane va se changer. Il se ramène vêtu du maillot de l'Aviron Bayonnais, un béret et un drapeau. Fièrement, il me montre sa tenue dédicacée. On y aperçoit un mot de Jean Monribot : ''Tu es le plus grand joueur de rugby de l'histoire''. Je suis alors estomaqué. Sa copine vient me voit et m'avoue qu'il s'est en réalité dédicacé son propre maillot. Me voilà rassuré. 

Le match

17h45 : Nous y sommes. ''LES DEUX ÉQUIPES SONT DANS LE COULOIR !!'' s'égosille alors Philippe Groussard auteur d'une performance XXL. De mon côté, j'ai réussi à trouver une place qui me permet de voir correctement le match malgré ce satané reflet. 

1ère minute : Le coup d'envoi est donné et la première remarque que l'on se fait et qu'il semble y avoir bien plus de 5000 personnes dans le stade. Certains s'en insurgent, moi au contraire et tant pis si cela doit choquer, je trouve incroyable. Après une période sombre, revoir du monde, et ces ambiances de phase finale provoque un bonheur incommensurable. Et quoi de mieux qu'un bon derby basque en prime. L'ambiance de son côté est folle à Aguilera.

12e minute : Le match part dans tous les sens. C'est décousu mais les deux équipes ont le mérite de tout donner et ne pas tricher. Comment en être autrement puisque votre vie est en jeu en cas de défaite. Ravouvou s'échappe mais Stark le rattrape de façon héroïque avant que Armitage ne réalise un grattage salvateur. ''C'est le tournant du match'' s'égosillent mes collègues consultant. Personnellement je n'en ai que faire et me ressers une bière. 

16e minute : Nous avons vraiment l'impression d'assister à un match des années 70. En revanche, sur un lancement de jeu, les Bayonnais placent sur orbite leur ailier Ravouvou qui s'en va marquer après avoir effectué 45 pas de l'oie incompréhensibles propres aux Fidjiens dans l'en but. Mais chose incroyable pour un match des années 70, l'arbitre Monsieur Ruiz a un doute et fait appel à la vidéo ! L'image est pixelisée mais on arrive cependant à déceler une passe en avant d'1 kilomètre entre Aymeric Luc et Malietoa Hingano placé sur le parking d'Aguilera. L'essai est logiquement refusé. ''Si j'étais sur le terrain ça se serait passé différemment'' s'exclame mon copain mythomane. Un autre protagoniste, également supporter de l'Aviron lui rappelle alors son piètre niveau rugbystique. On assiste aux premières joutes verbales de l'après-midi. Les noms d'oiseaux fleurissent. L'hôte du jour qui n'y connait rien à ce sport décide de faire redescendre la température. Il se précipite et envoie dans les enceintes la musique : Miarritzeko Mutilak. ''Pour vous réconcilier j'ai mis l'hymne de l'Aviron Bayonnais''. La gênance est à son paroxysme. 

17e minute : Sur la même action, Ilian Perraux est victime du syndrome Jonathan Sexton en subissant sa deuxième commotion en une semaine et doit céder sa place. Un autre de mes amis, victime de trois ko par match mais qui reste à chaque fois sur la pelouse, trouve ça honteux. 

20e minute : Le BO obtient une pénalité sur les 22 mètres bayonnais, excentrée aux 15 mètres. Gilles ''Marcelo'' Bosch fidèle à sa réputation de plus mauvais buteur de l'histoire du club la manque. On en reste à 0-0. ''Même moi je l'aurai mise'' s'exclamme un autre protagoniste de la journée. On est sur un 11/10 sur une échelle de la gênance.

25e minute : On ne va pas se mentir, il n'y a pas de grandes envolées. En revanche quelle intensité physique. 8 morts et 6 blessés sont déjà à déplorer alors qu'on n'a pas passé la demi-heure. L'hôte du jour me sert ma neuvième bière et personnellement j'espère ne pas avoir de souvenir de cet horrible match. Cela tombe bien, je m'endors. 

32e minute : En plein sommeil, je cauchemarde que Gilles ''Elle est Djomb'' Bosch réussit une pénalité en envoyant une énorme feuille morte entre les poteaux.  

34e minute : Je cauchemarde encore. Cette fois, Gaëtan Germain qui n'a plus loupé une pénalité depuis la naissance de Charlemagne, manque la cible alors qu'il pouvait remettre les équipes à égalité. 

38e minute : Je suis réveillé par un immense ''OUUUUUUUH'' collectif après un tampon de Francis Saili sur Peyo Muscarditz. À ma surprise générale, on m'annonce que Gaëtan Germain a loupé une pénalité alors que Gilles ''Radio de chantier sans fil'' Bosch a réglé la mire. Ce match a vraiment basculé dans l'irrationnel. 

Mi-temps : C'est donc la pause et le BO mène sur ce score incroyable de 3-0. L'occasion pour tout le monde d'aller se désaltérer et de parler autre chose que de rugby. En bon beauf rugbymen que nous sommes, je me passerai de m'attarder sur nos sujets de discussions. 

41e minute : Les hostilités reprennent et je me rends compte qu'on m'a volé ma place. Je pique alors ma crise en hurlant qu'il faut absolument que je regarde le match car j'ai un article à faire mardi et que toute une équipe de rédaction me fait confiance. On me sourit au nez. 

42e minute : J'ai finalement réussi à trouver une place. 

52e minute : Maxime Lafage réussit un panier à trois points et remet les deux équipes dos à dos. 3-3 !

76e minute : Toujours la même rengaine. Le suspens, l'ambiance et l'intensité font qu'on se prend de passion pour un match qu'on aurait arrêté de regarder en temps normal à la 20e minute. James Hart a l'occasion de donner l'avantage au BO mais son coup de pied passe à côté. ''Même moi je l'aurai.....''

80e minute : Bayonne pilonne la ligne du BO. Lafage est en position de drop depuis 45 minutes mais on refuse de le servir. Et alors que j'espérais que l'ouvreur bayonnais réussisse son geste pour mettre fin à ce calvaire, Steffon Armitage réussit un contest victorieux. Prolongations, 20 minutes de malheur en plus. Je préfère m'isoler trente secondes pour pleurer alors qu'un copain bayonnais au bord du suicide, propose de jouer à la roulette russe. 

83e minute : Biarritz obtient une pénalité. Le contingent de supporter bayonnais à mes côtés se met à vociférer et hurler de toutes ses forces. Visiblement, cela a plus servi à passer pour des benêts qu'à déstabiliser James Hart qui réussit son coup de pied. 6-3. 

86e minute : Nouvelle pénalité pour Biarritz. Hart manque l'occasion de réaliser un petit break, son coup de pied fuyant les perches. Non, cette fois-ci le supporter en question n'a rien dit. 

91e minute : Aymeric Luc est à deux doigts de devenir le héros de la journée en récupérant le renvoi de Manu Ordas. Et alors qu'il file à l'essai, l'ailier bayonnais est repris au dernier moment par Vergnaud et met le pied en touche au moment d'aplatir. Cruel, surtout quand on connaît la suite. Entre l'amour et la haine......

94e minute : Germain égalise et les deux équipes sont de nouveau au coude à coude. J'ai l'impression de vivre un cauchemar, et d'être au dernier repas de famille du midi qui s'éternise jusqu'au soir, alors que tu n'as qu'une seule envie, celle de fuir le plus rapidement possible. 

100e minute : TIRS AUX BUUUTS !!!

132014e minute : Les cinq tireurs de chaque côté ont réussi leurs tentatives. De notre côté, les rires, les bruits de bière qui trinquent et les hurlements ont laissé place à un silence pesant. Aymeric Luc s'avance pour buter. Philippe Groussard rappelle bien que ce dernier est probablement le meilleur joueur bayonnais de la saison et en profite pour le féliciter de sa belle prestation du jour. Dans ces cas-là, vous connaissez la suite. Le coup de pied de l'ailier s'échappe. Quelle dramaturgie. 

132015e minute : Steffon Armitage capitaine de l'équipe, prouve qu'en plus de savoir plaquer, gratter, conduire un bus, réconcilier Jean-Baptiste Aldigé et Maïder Arostéguy, sait également buter. Il envoie l'ovale entre les perches. Biarritz sera en Top 14 la saison prochaine ! Le seul supporter biarrot présent exulte alors que personnellement je suis enfin soulagé. 

L'après match

Il a fallu quelques minutes à mes copains bayonnais pour reprendre leurs esprits. Certains supporters biarrots sont donc arrivés une fois le match terminé et en ont profité pour boire des bières avec eux. Enfin, ça c'est ce que je vous fais croire, car on est sur un site de rugby et il faut prôner haut et fort les fameuses valeurrrrrrs chères à notre sport. La vérité je la garde pour moi. 

Au-delà de ça, merci aux deux équipes, aux 46 joueurs présents, aux supporters biarrots comme bayonnais pour nous avoir fait vivre une journée qui restera mémorable de par son scénario. On chambre, mais je dois bien avouer avoir passé un moment incroyable. Et après une période compliquée pour tout le monde, revivre des émotions pareilles à travers le sport qu'on chérit est plus que jouissif. Et puis petit message aux anciens. À votre époque, si c'était comme ça tous les week-ends, alors oui peut être que le rugby, c'était mieux avant. 

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  • AKA
    53375 points
  • il y a 1 mois

Il a de la chance le gars! Mon seul match AB/BO c’ était dans les populaires de J Dauger sous un crachin à faire pâlir un Breton! Obligé de regarder sur le grand écran Résultat 9-6 pour le BO, et une bonne crève pour mézigue🤧 On ne m’ y a pas repris

Trop long, j'ai pas tenu jusqu'à la fin, contrairement au derby...

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