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RUGBY. 6 Nations. Retraites et pénibilité, le 15 de France refuse une fois de plus de céder
Une victoire compliquée pour le 15 de France face à l'Italie.
L'équipe de France a failli tomber dans le piège de l'Italie dimanche à Rome dans le Tournoi des 6 Nations. Les Bleus ont une fois de plus refusé la défaite.

Pyramide des âges

Fabien Galthié a fait son calcul : il faut pour lui qu’à l’ouverture de la coupe du monde, l’équipe de France ait 26,7 ans de moyenne d’âge, sans quoi il nous sera impossible de la gagner. Dès lors, notre sélectionneur préféré jongle avec la pyramide des âges. Ses choix en tiennent compte, c’est pourquoi il a viré Dulin qui lui bousillait sa moyenne, et a appelé l’adolescent Le Garrec pour équilibrer les choses. Galthié a en revanche toujours un doute sur Atonio qui prétend avoir environ 30 ans mais qui pourrait raisonnablement en avoir le double, personne ne sait le dire. Notre joueur le plus expérimenté est désormais Gaël Fickou qui pourtant n’a jamais connu la puberté et les poils au menton.

Les Irlandais et les Gallois n’ont pas le même problème. Sexton a beau avoir déjà cumulé 45 ans d’annuités, il continue à bosser tous les dimanches. Côté gallois, la vieille garde était aussi de sortie, avec les vétérans Halloween Jones, North, Faletau, Biggar, Tipuric rappelés sous les drapeaux pour défendre le pays en danger. Le seul qui a réellement été mis à la retraite sans jamais l’accepter, c’est Sergio Parisse. Tel un ex-président de la République, il traine toujours un peu partout pour donner le sentiment qu’il peut revenir au pouvoir, mais personne ne le rappelle. Sergio garde toujours en travers de la gorge le typhon japonais qui l’a privé d’une sortie avec les honneurs en 2019, lors d’un probable 79-0 contre la Nouvelle-Zélande où il eût tenté le drop à la dernière minute.

Si nos Français risquent de connaître une longue carrière, j’espère au minimum que l’on tiendra compte de la pénibilité. Car si les Irlandais et les Italiens sont au 35h avec 20 jours de RTT, le salarié moyen de l’EDF dépasse lui les 60h par semaine avec des astreintes tous les dimanches. (EDF = Equipe de France, vous l’aurez compris, sinon cette phrase n’a aucun sens, non ?). Le rythme infernal du Top 14 aura raison de leurs vieux os. Quand Sexton ou Gibson-Park jouent 3 minutes par mois, Aldritt joue tous les week-ends avec La Rochelle et les mercredi soir en rugby loisir avec les anciens du Gers, pour la déconne. Pas étonnant donc que nos petits Bleus nous semblent déjà un peu fatigués à l’approche du Tournoi des 6 nations, alors que se profilent les redoutables italiens.

Redoutables italiens

Redoutables italiens ? Oui, gagner deux matchs pour les Italiens revient à exploser leur niveau de performance. C’est d’ailleurs une difficulté pour les data-analystes de l’équipe de France car ceux-ci doivent donner un chiffre à Galthié. « Si en 2022 les Italiens ont gagné 2 matchs, et avant ça 0, on ne peut pas dire qu’ils ont gagné 2 fois plus de matchs, car 2 x 0 = toujours 0. Ça devient compliqué. Fabien va pas aimer » Nos amis italiens reviennent en effet plus forts dans ce Tournoi des 6 nations et attendent les Français de pied ferme. Si l’équipe italienne est mieux organisée, il n’en est pas de même pour l’orchestre qui jouait les hymnes en syncope, en contre-temps, en Allegrosso modo. Vivaldi (qui jouait n°10 dans les années 1710) s’est retourné dans sa tombe.

On parle beaucoup de pénibilité des joueurs, mais pas assez de la pénibilité d’un supporter. Je perds 2 trimestres de vie à chaque France-Italie et je ne trouve aucune case dans les certificats cerfa pour le mentionner. J’en suis pourtant à 23 France-Italie depuis 2000 (sans compter les coupes du monde), ce qui écourte déjà comptablement mon espérance de vie. Bon, ceci dit, tout compte-fait, c’est négligeable par rapport aux 12 ans de vies perdues à casser des glaçons avec mon front dans les troisièmes mi-temps d’une carrière rugbystique forte en émotions. Regarder un France-Italie est déjà pénible, mais lorsque c’est le premier match du tournoi, c’est encore pire. Les Italiens sont encore chauds bouillants, n’ont pas encore subi une branlée par les Irlandais et ont oublié depuis l’année d’avant qu’ils sont nuls dans le tournoi. Ce qui les rend beaucoup moins nuls. « Oublie que t’as aucune chance » semble être leur leitmotiv et les voilà remontés comme des coucous.

Droit pénal

Face aux Cannone italiens, nous avons toujours une bonne défense et du mortier. De quoi arriver confiant avec notre équipe de tueurs. Galthié agrémente nos débuts de semaine de ses bons mots : exit la « Dépossession », bonjour la « Repossession ». La stratégie de jeu de l’équipe de France sur ce match consiste donc à essayer de repossessionner le ballon une fois qu’on a fait un en-avant ou une faute grossière. On a essayé, mais on a eu des problèmes. 18 pénalités, voilà une indiscipline monumentale de la part des bleus qui a détruit la partie et permis aux italiens de jouer la gagne. Bernard Laporte, depuis sa cellule, s’offusque de cet enchainement incessant de fautes. « Pas faire de fautes ! Pas faire de fautes ! Pas faire de fautes », crie-t-il avant de se faire rabrouer par son camarade de cellule, qui lui est très fier de voir son nom inscrit sur tous les maillots des Bleus.

Je suis persuadé que cette indiscipline provient encore d’un problème de traduction. En tant que capitaine, Dupont a entendu le petit discours de l’officiel anglais avant le début du match. Il y a dû avoir un coup du « Shall not » ou « should not, when practicable » où tu sais jamais si tu as le droit ou pas de faire. Alors pendant tout le match, les Français ont « shall » mais n’aurait « should be not » dans les rucks et inversement. Finalement, seul Macalou a obtenu une pénalité en sa faveur. Désormais, nous l’appellerons Saint-Macalou, le roi du jeu au sol et du parquet flottant. En sus des pénalités, les Italiens ont profité d'Ange Capuozzo et ses petites pattes de poulet qui vont plus vite que les mollets d’hippopotame d’Alldritt pour marquer un essai en coin. Alldritt dira plus tard qu’il s’est fait surprendre car il avait confondu Capuozzo avec le poteau de touche.

Y a quand même du bonus

Pourtant, le match avait bien commencé avec l’erreur de Varnay qui n’avait pas vu le double-mètre et les 110 kilos de Flament devant lui alors qu’il voulait taper dans le ballon. Flament a confisqué le gouter au petit Italien et est parti marquer le premier essai français. Nous avons aussi profité du coup de patte de Ntamack, un coup à droite, un coup à gauche, pour deux essais français de Ramos et Dumortier. Sur le premier, Cappuozo a sauté comme un cabri mais s’est pris un cheval dans la tronche. Ramos passant par là a ramassé le ballon et marqué du bout des doigts. Sur le second, Dumortier a récupéré l’ogive de Ntamack pour marquer son premier essai en Bleu. Il a l’air bien ce petit Dumortier, un jeune tout sage et tout gentil. Le genre de gars naïf qui a des affaires toutes neuves dans son sac et un gros bidon de 1L de savon tout neuf acheté par sa maman pour toute la saison.

Petit aparté : tout rugbyman expérimenté sait qu’il ne faut pas arriver au vestiaire avec un flacon de gel douche tout neuf. Car il y a toujours un tas de crevards radins sous les douches collectives qui attendent l’arrivée d’un couillon avec ce bon flacon tout neuf et tout plein. Ça vous vaut une engueulade avec maman le soir qui ne comprend pas pourquoi le bidon d’1 litre est déjà vide. Mais on ne se fait avoir qu’une fois, quitte à ressortir de la douche avec de la terre sur les genoux.

Acculée en défense, la France s’en sort tout de même en 2e mi-temps grâce à une passe enroulée de Tao derrière le défenseur qui envoie Jalibert marquer le 4e essai français, celui du bonus offensif. Les deux dernières minutes sont très tendues et font monter le cardio à 180, au-dessus du seuil, des insultes à l’arbitre qui a toujours raison mais qui siffle toujours contre nous et là encore c’est un scandale et c’est un Anglais c’est normal. Le dernier maul pénétrant des Italiens est plutôt un maul stagnant. L’arbitre attend encore quelques secondes pour réfléchir à quelle pénalité il pourrait accorder à la Squadra Azzura. À court d’idées, il siffle la fin du match et les Français courent vite se cacher dans les vestiaires pour ne pas se faire repérer par Shaun Edwards qui n’avait pas l’air content du tout. Joël Judge, arbitre auprès du staff des bleus, s’enfuit par la porte de derrière.

Semaine chargée

Nos petits Bleus vont maintenant se tourner vers l’Irlande, en espérant ne pas se faire rotofiler sur le gazon vert. Ils comptent sur une forte mobilisation mardi de tous les contrôleurs aériens pour éviter le vol vers Dublin, et rester en France pour réviser les règles du rugby avec leurs professeurs :

Fabien Galthié

C’est pourtant simple le rugby ! C’est l’essence trans-substantielle de ce qui nous habite dans notre entre-soi temporel, l’agrégation fortuite de nos émotions abyssales que le jeu transcende et inhibe à la fois, en une sacro-sainte alchimie d’un compendium fraternel des clubs amateurs de chacun de nous. Et c’est ça qui est beau… Maintenant je vais laisser la parole à Shaun Edwards qui reprend les activités de Joël Judge, que nous n’avons pas encore retrouvé

Shaun Edwards

Vous davoir pas metter mains sur ruck ! Vous behind la line et agress

Galthié

Heu, shaun, tu peux nous parler en anglais si c’est plus facile pour toi.

Edwards

You shall not always put your hands in the ruck ! Unless practicable, you should not contest the ball

Galthié

Bah voilà, va comprendre…

   

Merci à Brieg Ker’Driscoll pour cet article ! Vous pouvez vous aussi nous soumettre des textes, pour ce faire, contactez-nous !

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  • frakc
    21452 points
  • il y a 1 an

😂
Merci Brieg Ker’Driscoll!
Rien de mieux que la lecture de ton texte pour égayer une matinée grise pendant sa pause café.

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