Joël Dumé : « Notre devoir, c'est d'être intransigeant sur le jeu déloyal ! »
La seconde table ronde du colloque organisée en hommage à Nicolas Chauvin.

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À l'occasion de la seconde table ronde du colloque organisée en hommage à Nicolas Chauvin, les questions du jeu et du règlement étaient à l'ordre du jour.

La seconde partie du colloque organisée en l'hommage de Nicolas Chauvin a été plus axée sur les règles du jeu. Parmi les intervenants, Bertrand Guillemin (journaliste, dans le rôle du modérateur), Joël Dumé (Directeur National de l'Arbitrage), Pierre Villepreux (ancien joueur et sélectionneur du XV de France), Marc Lièvremont (ancien joueur et sélectionneur du XV de France) et Florian Grill (président de la Ligue d'Île-de-France). C'est tout d'abord Joël Dumé qui s'est exprimé en portant un message de fermeté et de sécurité sur la transgression de la règle :

Croyez-le ou non, une mauvaise décision, ça m'affecte autant lors d'un match de quatrième série que lors d'un match de Top 14. Mais avec les arbitres de Top 14, je tempère, car ils ont l'arbitrage vidéo. Notre devoir, c'est d'être intransigeant sur le jeu déloyal. Mais le problème, c'est que nous sommes parfois en désaccord avec les instances internationales... Notre échelle de sanction est plus élevée que World Rugby. Pour ce qui est du jeu déloyal, le carton rouge, c'est une grosse décision, car il fait perdre un match très souvent. Malgré tout, notre message aux arbitres : c'est de sortir le carton rouge ! Sauf que parfois, on est tellement dans l'analyse qu'on en oublie la sécurité...


Colloque en hommage à Nicolas Chauvin : ''Le rugby français est en dépression, il ne tient qu'à nous de changer ça !''Mais pour Pierre Villepreux, ce n'est pas l'arbitrage qui est différent, c'est le jeu proposé qui diffère et donne lieu à diverses interprétations. Ce que validera Joël par la suite, admettant que cela pouvait expliquer les différences entre les arbitres français et les autres arbitres internationaux. Outre le jeu, Marc Lièvremont, présent uniquement l'après-midi lors de cette journée a souhaité porter un message de soutien envers les arbitres :

Il faut encourager les arbitres, car cela devient de plus en plus difficile pour eux. L'arbitre doit représenter l'institution.

Mais comme l'a signalé Florian Grill, trouver des arbitres aujourd'hui, est un combat dur à mener :

Recruter des arbitres, ça exige de les respecter. Nous n'avons pas le choix, on a besoin d'arbitres ! Un match sans arbitre est dangereux...

Des règles à changer ?

Les règles, parlons-en ! Faut-il les modifier ? Là encore, la chose est complexe. Même pour le Directeur National de l'arbitrage :

80% des compétitions aujourd'hui ont des règles spécifiques. Dans certaines catégories, le plaquage est autorisé jusqu'au sternum, dans d'autres, jusqu'à la ceinture. La force du rugby, c'est qu'on peut se remettre en question. Pour ce qui est des jeunes, il y a peu d'accidents, car les règles sont adaptées. Pour ce qui est des niveaux au-dessus, il faut sûrement modifier, mais comment ? Je ne suis pas technicien... Ce que je sais, c'est qu'il ne faut pas instaurer une règle si cette dernière n'est pas adaptable.

Même constat pour Pierre Villepreux :

Il est dur de changer les règles, car cela entraîne des effets pervers à chaque fois. Donc ça prend du temps. Je me souviens quand j'étais à la commission de changement des règles à l'ex-IRB. Ils nous montraient des vidéos avec des actions illicites et on devait juger. Tout le monde avait un avis différent.

Pour Marc Lièvremont en revanche, il faut impérativement modifier certaines règles :

Aujourd'hui, il faut prendre des mesures radicales ! Sanctionné tel ou tel plaquage ? Ça paraît compliqué. Sanctionné le passage en force ? Ça peut être réalisable. Sanctionné les joueurs qui se lancent dans un mur après une mêlée spontanée ? Il faut y réfléchir.

Une voie que suit Florian Grill :

Il y a 5 ans, on a mené une étude en Île-de-France sur un tournoi, des -8 ans aux -14 ans. 80% des actions étaient des rucks et des mêlées : c'est catastrophique ! Aujourd'hui, il faut que l'on sache quel rugby mettre en place ! Je trouve par exemple invraisemblable que les équipes d'Élite 2 Féminines, parfois composées de débutantes, jouent avec les règles de World Rugby ! Il ne faut pas faire jouer ensemble les joueurs ou joueuses qui ne doivent pas jouer ensemble. Je trouve également dommage que l'on ait supprimé la catégorie Bélascain. Elle permettait une étape de plus vers la catégorie senior, c'était quelque chose de positif selon moi. La question sur la limitation de poids dans certaines catégories, comme en Nouvelle-Zélande, mérite elle aussi d'être posée.

« La catégorie Espoirs était absurde », poursuit Marc Lièvremont. « Et je félicite la Fédération de l'avoir supprimé. Je pense qu'il y a également un problème du côté des centres de formation. Trop de joueurs laissent leurs études de côté pour tout donner dans le rugby, mais peu finissent pro... »[INTERVIEW] Un jeune Tricolore peut-il encore conjuguer rugby et études ?

Un moment que choisit Didier Retière pour intervenir :

Il ne faut pas changer la raison d'être de la catégorie Espoirs qui est former des joueurs professionnels. Mais au-delà de réformer telle ou telle catégorie, il faut donner une plus grande responsabilité aux entraîneurs. Ils ne doivent pas faire jouer des joueurs ou des joueuses qui ne sont pas préparés ! La règle ne fera pas disparaître la responsabilité de l'entraîneur.

Didier Retière : « Je suis responsable de ma sécurité et de celle de mon adversaire »Alors quel jeu mettre en place ? La question est complexe. Pierre Villepreux, lui, y réfléchit depuis des années :

« Quand la continuité du jeu est pertinente, tout fonctionne et on peut limiter les dégâts. Mais pour cela, il faut que les entraîneurs parlent le même langage, et ce n'est pas le cas aujourd'hui. Après, il ne faut pas dénaturer le rugby non plus, mais garder un affrontement qui puisse être légal. »

Avant de revenir sur la catégorie Espoirs pour répondre à Marc Lièvremont :

Je ne sais pas s'il faut modifier cette catégorie. Mais ce qui est sûr, c'est que mettre un joueur professionnel avec des espoirs, ce n'est pas l'idéal...

Face aux commotions : le carton bleu

Dans ce sens, le carton bleu doit servir à améliorer les choses pour Joël Dumé :

Le carton bleu, ce n'est pas une contrainte. Un arbitre doit pouvoir sortir du terrain un joueur lorsqu'il estime que la santé de ce dernier est en danger. Cet acte, il est désormais matérialisé.

Marc Lièvremont, lui, trouve ce bout de papier « ridicule » pour reprendre ses mots. Pour l'ancien sélectionneur, il faut surtout interdire aujourd'hui le mauvais professionnalisme. En interdisant notamment les compléments nutritionnels pour les mineurs et en sanctionnant le dopage. Il ne faut pas nier que ce genre de choses arrive dans notre sport.[DÉSINTOX] Pourquoi ne verra-t-on pas le carton bleu sortir de la poche de l’arbitre ?Un autre cas qui a fait beaucoup parler récemment et évoqué dans ce colloque : le plaquage à deux. Là encore, les avis ont différé. Joël Dumé, notamment, ne voit pas comment sanctionner ce type de défense :

C'est très compliqué d'arbitrer le plaquage à deux, car l'arbitre ne va pas pouvoir se polariser que sur un joueur. Mais baisser la ligne de plaquage, ça paraît réalisable et arbitrale.

Florian Grill entend, tout comme Dumé, de baisser cette ligne de plaquage malgré les récents résultats qui ont montré que cela ne résolvait pas les problèmes :

L'étude anglaise n'a été menée que sur 36 matchs, ces léger pour avoir des statistiques. Une étude avait été auparavant réalisée par World Rugby sur 611 matchs. Elle montrait que, lorsque le plaquage était bas, le joueur avait 4,5 fois moins de chance d'avoir une commotion. On dit également que les commotions augmentent avec le nombre de matchs. Pourtant, on a fait passer les poules de Fédérale à 12 !

Conclusion de la deuxième table ronde

Joël Dumé :

Nous sommes tous responsables et nous nous devons de faire respecter les règles. Pour ce qui relève de l'abaissement de la ligne de plaquage et de l'interdiction du plaquage à deux, il faut faire des expérimentations. Mais toujours dans la limite du réalisable et de l'arbitrable.

Pierre Villepreux :

On doit optimiser un jeu de mouvement. Ce dernier, quand il est bien mené, permet notamment de gagner. Je pense également qu'il faut donner une plus grande liberté aux joueurs et que l'entraîneur doit se mettre un peu plus en retrait.

Marc Lièvremont :

L'intelligence situationnelle doit prendre le dessus, également en défense. J'ai foi en mon sport et ses fondamentaux, le rugby français a une responsabilisation devant ses drames.

Florian Grill :

Il faut changer la philosophie de notre sport et aller vers un rugby de mouvement. Pour ce qui est des règles, je suis d'accord avec Joël, il faut expérimenter. Je pense également qu'il faut revoir certaines catégories. Je suis satisfait de cette journée, car elle a permis de débattre des vrais problèmes qui touchent notre sport actuellement et il n'y a qu'en parlant que nous résoudrons ceux-ci.

Bertrand Guillemin conclura cette table ronde, après une série de questions-réponses débattant de l'arbitrage, de la formation, mais également du plaisir de jouer. Le journaliste de Canal + reviendra, à l'image de son ancien collègue François Trillo lors de la matinée, sur la responsabilité des médias.

C'est compliqué aujourd'hui, car les jeunes copient ce qu'ils voient à la télé. Mais parfois, on n'a pas grand chose à se mettre sous la dent donc il arrive que certaines actions violentes soient diffusées en boucle. Cela s'accentue également aujourd'hui avec les réseaux sociaux. Mais notre devoir est de limiter ce genre de phénomènes et il nous arrive de censurer.

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  • Cabal
    640 points
  • il y a 1 an

Encore de bonnes bouffes aux frais de la princesse !!!
Le carton bleu maintenant il va falloir rajouter des poches à la tenue de l’arbitre et bientôt le carton vert pour terrain impraticable ,le carton rose pour la couleurs dès poteaux ,le caca d’oie pour le coq qui traverse le terrain bref c’est Las Vegas vive le carton en tout cas à la fin de cette énième réunion :
RIEN
Les joueurs retournent au CARTON !!!!

Et à la fin de la journée le résultat c'est ?
Et bien c'est rien.
C'est normal un colloque c'est pas fait pour décider, c'est juste fait pour blablater.
Ça donne l'impression de faire quelque chose mais en fait c'est une coquille vide ou tu n'as personne qui est a même de prendre une décision. Imagine qu'on va révolutionner le rugby avec les idées novatrices de Villepreux.

Ça promet, y'en a pas un qui est d'accord avec l'autre.

  • mimi12
    77481 points
  • il y a 1 an
@Marc Lièvre Entremont

Le jour ou ils seront d'accord , les poules auront des dents !...

@mimi12

Et l'EDF jouera 80 minutes.

  • mimi12
    77481 points
  • il y a 1 an
@Marc Lièvre Entremont

C'est vrai !

J'apprécie de plus en plus Marc Lièvremont...

@MARCFANXV

Merci.

  • vevere
    51839 points
  • il y a 1 an
@Marc Lièvre Entremont

😊 😊 😊

Joël Dumé : "Notre échelle de sanction est plus élevée que World Rugby".
Outre la formulation incorrecte, Dumé ne précise pas si c'est avant ou après la division systématique par deux de la sanction en commission de discipline si le cité est poli, bien habillé et regrette.

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