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DOSSIER - Rugby. Un petit air allemand dans le paysage français
Les Allemands en force. Crédit photo : WRAcademy

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Présentation des quatre Allemands évoluant dans les trois premières divisions du championnat de France.

Du Top 14 à la Fédérale 1, de nombreuses nationalités sont présentes dans le rugby français. Des Français mais aussi des Fidjiens, des Tongiens ou encore des Géorgiens. Mais pas beaucoup d’Allemands. Quatre, pour être exact. Christopher Hilsenbeck, Eric Marks, Tim Menzel et Mika Tyumenev sont les seuls représentants du rugby en France. On pourrait y ajouter Damien Tussac, joueur du Castres Olympique, et Harris Aounallah, qui vient de rejoindre le Stade Dijonnais (Fédérale 1). Mais même s’ils portent le maillot allemand, ils ont été formés en France et n’ont pas réalisé, comme les quatre premiers, un réel saut dans l’inconnu en venant jouer dans l’Hexagone. Focus sur ces joueurs qui ont tout quitté pour s’imposer dans le paysage du rugby français.

Du rugby par hasard

Remettons les choses dans leur contexte. Ces quatre joueurs sont nés dans les années 1990, une époque où le ballon ovale était une aberration dans un pays qui baigne dans le football. Robert Mohr, le plus célèbre joueur de rugby allemand du XXIème siècle, débutait à Hanovre. Hormis Mika Tyumenev, né en Russie et fils de rugbyman, ces joueurs n’ont pas été bercés par les exploits de la sélection ou d’un club allemand, et faire du rugby n’avait rien d’évident pour eux. « J’ai commencé à l’âge de 7 ans, en 1999. Je suis tombé un peu par hasard sur ce sport, c’est un peu exotique en Allemagne, on a commencé avec un ami et ça m’a plu », reconnaît Christopher Hilsenbeck, l’ouvreur du RC Vannes. Cet ami, c’était Tim Menzel, actuel demi de mêlée strasbourgeois. Les deux copains d’enfance formaient la charnière du XV d’Allemagne lors de la victoire face à la Roumanie, le 11 février dernier. Mika Tyumenev, le polyvalent talonneur du RC Strasbourg et Eric Marks, jeune deuxième ligne de La Rochelle, étaient aussi de la partie.  

Des destins singuliers

Ces quatre joueurs de la sélection allemande ont connu des chemins différents pour franchir le Rhin. Mais ce choix était nécessaire pour percer dans le monde de l’ovalie. « À 16-17 ans, j'ai fini avec l'école et je devais faire un choix. Je pouvais aller dans le sud de l'Allemagne pour continuer le rugby ou alors arrêter et commencer une formation professionnelle hors du rugby. J'avais aussi dans l'idée de faire du rugby à l'étranger, c’était un rêve », raconte Mika Tyumenev. Au cours des années 2000, il n’était pas possible de devenir professionnel en Allemagne et les jeunes Allemands ambitieux doivent prendre des risques et s’exiler. Le talonneur allemand a profité du réseau de son père pour faire des tests avec les espoirs de Montauban. Son talent et sa polyvalence lui ont permis d’intégrer l’équipe de jeunes, avec qui il a joué pendant deux ans, avant de voir la chance lui sourire de nouveau. « La 2ème année, on a joué contre Mont-de-Marsan, j'ai fait un bon match et à la fin, le coach montois est venu me voir et m'a demandé si ça m'intéressait de jouer pour eux », raconte-t-il. Le club lui propose également de lui payer une formation d’éducateur sportif. Une offre que Mika Tyumenev a saisie sans hésitation. S’en suit des matchs avec les espoirs montois et des entraînements avec l’équipe 1, qui montait en Top 14.

Crédit photo : RC Strasbourg

Mais une blessure aux ligaments croisés est venue enrayer la bonne ascension de M. Tyumenev. Après trois saisons dans les Landes, le talonneur allemand rebondit à Strasbourg, alors en Fédérale 2. « Les dirigeants m’ont dit qu’ils avaient beaucoup d’ambition et qu’ils comptaient sur un gros recrutement pour monter en Fédérale 1. Moi ça m’a plu, surtout que géographiquement ça me rapprochait de ma famille, donc j’y suis allé », explique le joueur allemand. Depuis 2014, M. Tyumenev est un titulaire indiscutable et semble bien installé dans le club alsacien, maintenant membre de la poule Fédérale 1 élite. « L’objectif est de jouer les phases finales pour accéder à la Pro D2 », affirme M. Tyumenev, qui compte sur l’apport de son équipier en club et en sélection, le demi de mêlée Tim Menzel. Arrivé en Alsace en 2015, le numéro 9 allemand n’est pas arrivé seul en France. « On a fait un tournoi en France avec la sélection de moins de 16 ans et il y avait des représentants de Colomiers. Avec Christopher [Hilsenbeck], on a toujours eu envie de jouer à l’étranger et ils nous ont repérés, Chris, Julius [Nostadt] et moi, à 16 ans », raconte T. Menzel. Les trois compères ont vécu plusieurs années à Colomiers, et le changement de vie n’a pas été compliqué. « C’était parfait pour nous, surtout qu’il y avait une école allemande à Colomiers. On était hébergés dans des familles d’accueil, on parlait allemand entre nous mais on a vite appris le français, l’adaptation s’est faite rapidement », poursuit T. Menzel.

Crédit photo : Michel Renac RCV

Après trois ans à Colomiers, le demi de mêlée allemand a intégré les espoirs de Perpignan avant de rejoindre M. Tyumenev à Strasbourg. Julius Nostadt est lui allé à Chambéry avant de repartir en Allemagne pour jouer dans son club d’enfance, le TSV Handschuhsheim. Quant à Christopher Hilsenbeck, l’aventure haut-garonnaise s’est poursuivie jusqu’à cet été. L’occasion pour l’ouvreur de se perfectionner et de gagner du temps de jeu, malgré la concurrence. « Ça fait 3-4 ans que je suis dans le rugby professionnel, chaque année j’ai augmenté mon temps de jeu mais il y a toujours eu des grands 10 devant moi, à Colomiers j’étais avec David Skrela, cette année il y a Ashley Moeke qui est un très bon joueur et je veux vraiment augmenter mon temps de jeu », raconte celui qui vient de rejoindre le RC Vannes en Pro D2. Rapidement intégré dans l’effectif vannetais, l’ouvreur se réjouit de l’effervescence du public breton : « j’ai eu la chance de jouer le match retour l’an dernier au stade de la Rabine et l’ambiance est super, je crois que c’est la 3ème meilleure affluence de Pro D2 avec environ 9000 spectateurs à chaque rencontre et c’est excitant de jouer tous les week-ends devant un public pareil ».

Tous unis en sélection

Si son objectif est avant tout de glaner du temps de jeu en club – il était titulaire lors de la défaite de son équipe face à Béziers le weed-end dernier -, C. Hilsenbeck n’oublie pas pour autant l’équipe nationale. « Avec la sélection, on essaye toujours de se qualifier pour la Coupe du Monde, mais ça va être compliqué parce que l’Espagne a fait une très bonne phase aller et s’est bien positionnée, donc ce sera compliqué mais on jouera le coup à fond », explique-t-il. Mais comme pour de nombreux internationaux, jouer en sélection n’est pas chose aisée lorsque l’on est  pensionnaire de clubs français. M. Tyumenev et T. Menzel connaissent eux aussi cette situation : « les clubs ne nous libèrent pas tout le temps, mais c’est normal, il y a des intérêts des deux côtés, mais ça va de mieux en mieux parce que des relations se créent entre la Fédération et les clubs, donc on arrive de plus en plus à trouver des solutions », explique T. Menzel. « Il y a à peu près huit matches programmés avec l’équipe d’Allemagne, trois tests en novembre et cinq matches de 6 Nations. Je suis conscient que je ne vais pas pouvoir tous les faire, ce sera compliqué de gérer huit semaines d’absence à Vannes donc je vais bien sélectionner mes matches pour rendre le mieux service à la sélection et à Vannes, je vais voir quels sont les matchs les plus importants », raconte C. Hilsenbeck.

Crédit vidéo : DRV

Ce problème, Eric Marks ne l’a pas (encore) connu. À seulement 20 ans, le deuxième ligne allemand était titulaire à chaque rencontre du tournoi des 6 Nations avec le XV d’Allemagne. En France depuis deux saisons, lui aussi a profité d’un match avec la sélection pour se faire repérer. « En 2015 j’avais joué avec l’équipe nationale un test-match contre l’équipe 1 de La Rochelle, j’ai ensuite été invité à une semaine d’entraînement avec les espoirs, les tests ont été concluant et j’ai décidé d’aller à La Rochelle », raconte-t-il. Originaire d’Aix-la-Chapelle, le jeune numéro 4 suit les pas de Robert Mohr, référence dans le rugby allemand et capitaine du Stade Rochelais dont il a porté les couleurs de 2005 à 2012. « Je ne sais pas si les Allemands font le rapprochement, mais à La Rochelle on m’a demandé plusieurs fois si je le connaissais et ils font toujours le lien. Bien sûr, il a fait une superbe carrière et je rêve d’en avoir une pareille, mon rêve est de devenir joueur de rugby professionnel en France. Mais avoir une carrière comme la sienne, ce serait extra », raconte le jeune joueur. Actuellement chez les espoirs rochelais, E. Marks ne cache pas ses ambitions : « mon premier objectif est de jouer dans un club professionnel en France et de jouer dans le Top 14, au plus haut niveau, mais aussi être régulier chaque saison ». Sa jeunesse et sa régularité en sélection lui promettent un avenir faste dans un des meilleurs clubs français du moment.

Des bénéfices pour la sélection allemande 

Aussi peu nombreux soient-ils, les joueurs allemands évoluant en France apportent une grande plus-value au XV d’Allemagne. S’ils préfèrent rester modestes et se considérer comme de simples membres d’un groupe soudé et homogène, ils ne peuvent nier leur apport : « c’est vrai que j’ai la chance de jouer dans un championnat de meilleure qualité, où on a des grosses oppositions chaque week-end, c’est l’avantage de jouer en France », avoue C. Hilsenbeck. Evoluer à l’étranger favorise la progression pour les joueurs issus de nations dont le championnat n’est pas assez relevé. De quoi inspirer d’autres joueurs ? « Il y a toujours des joueurs qui veulent  venir en France », raconte T. Menzel. La France et ses championnats font rêver les rugbymen outre-rhin. Pourtant, M. Tyumenev est étonné de voir si peu de jeunes Allemands tenter leur chance comme lui l’a fait : « je pense que leur but c’est d’assurer leur avenir et trouver un métier, donc ils trouvent ça trop risqué de partir seuls en France, et ne s’imaginent pas forcément devenir rugbyman professionnel ». Peut-être que grâce aux investissements de Hans-Peter Wild, la France n’est plus la seule chance d’avenir. « Je pense qu’on peut plutôt inspirer les jeunes qui peuvent se dire qu’on peut devenir joueur professionnel et il y a aussi la Wild Academy qui voudrait qu’on puisse devenir un joueur pro en Allemagne », explique C. Hilsenbeck. Le développement du rugby allemand et le projet des Wild Titans semblent offrir de nouvelles perspectives aux joueurs allemands. C. Hilsenbeck, T. Menzel et  M. Tyumenev ont déjà manifesté leur intérêt pour ce projet alléchant, mais préfèrent attendre qu’il se développe. Tout comme E. Marks, ils pourront continuer leur progression dans l’hexagone, au grand bonheur de leur club. Et montrer que l’on peut faire sa vie dans le rugby, même quand on vient d’un pays où l’ovale n’est pas (encore ?) roi.


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Romain Bougourd
Romain Bougourd
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  • Rougby
    3066 points
  • il y a 3 ans

Eeeeeeh bin, ça y va les articles sur l'Allemagne ces temps-ci ! Si avec tout ce lobbying ils intègrent pas le Tournoi B d'ici peu...!

  • Ahma
    94657 points
  • il y a 3 ans
@Rougby

Je dirais même plus : si avec tous ces très bons articles on ne finit pas par être fans du rugby allemand...

  • Dodow
    7635 points
  • il y a 3 ans
@Rougby

hein ? ils y sont déjà

@Dodow

Les Allemands dans le Tournoi B... et pourquoi pas les Italiens dans le Tournoi des V Nations tant qu'on y est!

  • Ahma
    94657 points
  • il y a 3 ans
@Team Viscères

Il paraîtrait même qu'il y aurait des femmes qui joueraient au rugby clandestinement.
Je n'ose le croire.

Parmi les internationaux allemands, il y a également Maxime Oltmann. Champion de France avec les Espoirs de l'USAP et qui a rejoint Carcassonne cette saison.

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