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Le plan à 3 des Bleus, ou comment jouer juste sans forcer

Deux ouvreurs, un jeu fluide et des avants partout sur le terrain : face à l’Irlande, l’animation offensive des Bleus a marqué les esprits.

Thibault Perrin 10/02/2026 à 16h30
Deux numéros 10, des permutations constantes et des avants efficaces : la recette offensive des Bleus face à l’Irlande intrigue. Crédit : Screenshot SkySport
Deux numéros 10, des permutations constantes et des avants efficaces : la recette offensive des Bleus face à l’Irlande intrigue. Crédit : Screenshot SkySport

Une entrée en matière presque parfaite face à l’Irlande

Le XV de France n’a pas manqué son entrée dans le Tournoi des 6 Nations 2026. Face à une Irlande moribonde, les Bleus se sont imposés avec la manière, notamment sur le plan offensif. Malgré des conditions météo délicates, la France a affiché une maîtrise rare avec le ballon, une alternance pied-main de grande qualité et une animation offensive fluide. À l’issue de la rencontre, Fabien Galthié n’a pas caché sa satisfaction, évoquant “une des performances offensives les plus justes depuis très longtemps”. Au cœur de cette réussite, une animation bien particulière : une charnière à trois, avec deux ouvreurs en permanence impliqués dans le jeu.

Une charnière à trois qui structure tout le jeu

Dans son analyse, Fabien Galthié insiste sur un point clé : la présence de Thomas Ramos au cœur du jeu, dans une organisation où la charnière ne se résume plus à un simple duo 9-10. Depuis plusieurs mois déjà, les Bleus évoluent avec deux véritables chefs d’orchestre capables de se relayer selon les zones. Contre l’Irlande, cette mécanique a parfaitement fonctionné. Les chiffres le confirment : davantage de passes de la charnière, plus de courses, plus de passes après contact et surtout une capacité à jouer dans le bon tempo, même sous pression. Cette charnière élargie a permis à la France de garder de la largeur, d’attaquer la ligne avec des avants lancés et de basculer très vite vers les extérieurs.

Arlettaz : “C’est l’équipe qui fait bien jouer la charnière”

Interrogé via le Midi Olympique, Patrick Arlettaz, entraîneur de l’attaque des Bleus, a livré une lecture très éclairante, en évoquant notamment le rôle central du demi de mêlée et capitaine. Même si beaucoup d'observateurs et de supporters ont conclu qu'il n'avait pas réalisé son meilleur match en Bleu.

Antoine a été déterminant jeudi, parce que c’est lui qui a su toucher les bonnes zones, faire les bons choix. Le débat sur la charnière est éternel : est-ce qu’elle fait bien jouer l’équipe ? Mais, trop souvent, on oublie que c’est l’équipe qui fait bien jouer la charnière. En fait, c’est comme un circuit qui s’autoalimente.”

Pour Arlettaz, tout part de l’efficacité collective, notamment sur les premiers contacts. Quand les avants gagnent la ligne d’avantage, la charnière peut manœuvrer, accélérer et installer une dynamique positive. Et jeudi, face à l’Irlande, la France a dominé ces zones clés.

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Deux numéros 10 en mouvement permanent

L’autre force de ce système réside dans l’interchangeabilité permanente entre les deux ouvreurs. Arlettaz l’explique sans détour : “Nous jouons avec deux numéros 10 qui, suivant les positions sur le terrain, s’interchangent de manière quasi naturelle.” L’essai de Théo Attissogbe en est l’illustration parfaite. Sur l’action, Thomas Ramos se retrouve en position de 10 et attaque l’intervalle sur Emmanuel Meafou, pendant que Matthieu Jalibert, alors placé en 15, demande le ballon dans le dos avec un timing parfait. Cette capacité à permuter sans désorganiser le collectif montre à quel point les joueurs sont à l’aise dans ce cadre de jeu.

Thomas est très important, évidemment. Il a cette hauteur pour analyser les situations de jeu. Il est donc dans une aide collective tout le temps. Le danger, c’est d’oublier parfois de jouer. Mais lui n’oublie pas. Donc, pour l’instant, c’est plutôt chouette. (Arlettaz pour le Midi Olympique)

Un système déjà éprouvé, pas une nouveauté

Contrairement à ce que certains pourraient penser, cette charnière à trois n’est pas une improvisation. Arlettaz le rappelle clairement : “C’est le même système depuis le match contre les Blacks en novembre 2024, c’est le système avec lequel on a gagné le Tournoi l’année dernière.” A Toulouse, Mola expliquait en janvier dernier que lorsque Ramos et Kinghorn "touchent le ballon dans la même action, ça donne très souvent du positif à la sortie". Entre le 'génie' de Ramos et le talent de Jalibert, la France est particulièrement bien lôtie.

De son côté, le staff ne réinvente pas son rugby chaque semaine. Il ajuste, affine, fait évoluer les détails, mais la structure reste la même. Ce qui change, ce sont les profils. Jalibert et Ramos n’ont pas les mêmes qualités, mais le système est pensé pour les exploiter, et non pour les contraindre. “Les joueurs mettent leurs qualités au service du système. Pas l’inverse”, insiste Arlettaz.

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Une base solide pour construire la suite

Cette animation offensive a des implications majeures pour la suite du Tournoi et au-delà. D’abord, elle offre une continuité dans le jeu des Bleus, quel que soit l’ouvreur aligné. Un énorme plus pour retrouver rapidement des repères communs avec un temps de préparation réduit. Ensuite, elle permet de maximiser l’apport des avants, très présents sur toute la largeur de la ligne de front. Si le premier temps de jeu est efficace, il n’y a pas besoin d’empiler les phases, et la France peut basculer très vite vers ses trois-quarts.

Enfin, ce système rend la lecture défensive beaucoup plus complexe pour l’adversaire, obligé de gérer plusieurs meneurs de jeu simultanément. Reste un point d’amélioration clairement identifié : l’efficacité sur les lancements de jeu. Là aussi, Arlettaz ne se cache pas : “On peut être encore meilleurs.”

Cette victoire face à l’Irlande ne garantit rien pour la suite du Tournoi, mais elle confirme une chose : le projet offensif des Bleus est clair, cohérent et assumé. La charnière à trois, avec deux ouvreurs en mouvement permanent, n’est plus un simple test. C’est une base de travail, appelée à durer et à s’affiner. Et si la France parvient à gagner en précision sur ses lancements, ce système pourrait bien devenir l’une des grandes forces du XV de France dans les années à venir.

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Pianto
Pianto

qui l'eût cru ?
Arlettaz, architecte d'un jeu inovant et performant.


Si.
Puisqu'on vous dit que c'est lui.


Arrêtez maintenant, c'est désagréable de douter comme ça tout le temps.
Patrick est un entraineur qui a démontré son sens du jeu d'attaque inovant depuis longtemps.
Comme par exemple, ... euh...
(alors... pas à l'USAP... ou alors pas en top14...)
Si ! en prod2, l'USAP a super bien développé un jeu d'attaque en 2020-2021 !


Alors moi je crois en Patrick !


🤣 1