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''Un chemin dangereux'' pour le rugby ? Le casse-tête des cartons dénoncé par Raynal

Carton jaune automatique, bunker limité, rouge définitif rare : Raynal détaille un système devenu incompréhensible.

Thibault Perrin 10/02/2026 à 14h00

Arbitrage : Raynal pose le constat

Invité de l’émission Le Ptit BURO sur YouTube, Mathieu Raynal, patron des arbitres français, a mis des mots très clairs sur une situation que beaucoup ressentent devant leur écran : l’arbitrage, et en particulier la gestion des cartons, manque aujourd’hui de lisibilité. En cause, les procédures imposées par World Rugby, et notamment l’utilisation du bunker, généralisée sur certaines compétitions comme le Tournoi des 6 Nations. Face caméra, Raynal n’a pas cherché à esquiver. Il a expliqué, exemples concrets à l’appui, pourquoi le système actuel pose problème.

Jaune, bunker, rouge : un casse-tête réglementaire

Premier point soulevé par Raynal, et pas des moindres : aujourd’hui, à World Rugby, tout carton jaune est automatiquement envoyé au bunker. Beaucoup pensent que le bunker peut ensuite tout faire évoluer. En réalité, non. Comme l’explique Raynal, un arbitre central ne peut pas infliger un carton rouge de 20 minutes.

Il n’a que deux options : le jaune ou le rouge définitif. Le bunker, lui, ne peut pas non plus tout faire. Il ne peut pas transformer une sanction en rouge définitif. Il ne peut que confirmer un jaune ou l’upgrader en rouge… mais uniquement un rouge de 20 minutes. Résultat : une mécanique complexe, peu intuitive, y compris pour ceux qui officient au plus haut niveau.

Quand même les arbitres s’y perdent

Dans l’échange avec l'hôte de l'émission, le constat est sans appel. Le central ne peut pas mettre un rouge temporaire. Le bunker ne peut pas mettre un rouge définitif. Et surtout, il n’existe plus vraiment de jaune “simple”, non revu à la vidéo. Tout passe par un circuit contraint, parfois absurde. Raynal le reconnaît sans détour : “Ce n’est pas très lisible.” Et quand le patron des arbitres le dit lui-même, difficile de faire comme si le public était seul à ne plus rien comprendre.

L’exemple qui fait grincer des dents

Raynal illustre le problème avec un cas très concret. Une charge à l’épaule dans le visage dès la 5e minute. Le joueur touché sort sur blessure. "C'est jaune et bunker. Donc le bunker ne pouvant pas upgrader un rouge définitif, il va mettre un rouge de 20 minutes." Conséquence directe : une équipe peut sortir un adversaire sur blessure et revenir à 15 après seulement 20 minutes. Difficile, dans ce contexte, de parler de sanction réellement dissuasive.

Aujourd'hui World rugby réserve le carton rouge définitif à des morsures, coups de poing, coups de pied, et tout le reste ça va passer en exclusion de 20 minutes. C'est en place sur le 6 Nations.

Ce que veut défendre l’arbitrage français

Derrière ces explications techniques, il y a un vrai combat de fond. Raynal le dit clairement : “C’est contre ces positions-là qu’on se bat.” Les arbitres français militent pour plus de clarté et de cohérence. Pas pour protéger les fautifs, mais pour protéger le jeu et les joueurs. Réserver le rouge définitif uniquement aux morsures, coups de poing ou coups de pied, et traiter tout le reste par des exclusions temporaires, c’est emprunter “un chemin dangereux pour notre sport”.

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Remettre du sens dans les décisions

Ce débat dépasse largement le cadre de l’arbitrage. Il touche à la sécurité des joueurs, à la crédibilité des sanctions et à la compréhension du public. Si les joueurs savent qu’un geste dangereux peut coûter seulement 20 minutes, l’effet dissuasif s’amenuise. Si les supporters ne comprennent plus pourquoi une action grave est moins sanctionnée qu’une autre, la frustration monte. Et si les arbitres eux-mêmes demandent une réforme, c’est bien que le système n'est pas encore idéal.

Le bunker était censé apporter de la clarté. Aujourd’hui, il ajoute parfois de la confusion. Sans parler du carton orange. Reste à savoir si World Rugby entendra ces alertes venues du terrain. Car une chose est sûre : sans règles lisibles et comprises par tous, le rugby prend le risque de perdre ce qui fait aussi sa force, l’adhésion de sa communauté.

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