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3 stats qui confirment la métamorphose des Bleus (et la chute de l'Irlande)

La France progresse, l’Irlande doute : les chiffres des 3 derniers duels racontent une histoire bien plus brutale que le simple score.

Thibault Perrin 11/02/2026 à 11h15
Crédit image : Screenshot France 2
Crédit image : Screenshot France 2

Une tendance qui s’inverse clairement

Jeudi soir à Paris, le XV de France a dominé l’Irlande lors de la 1re journée du Tournoi des 6 Nations. Une victoire maîtrisée, puissante, aboutie, que beaucoup ont qualifiée de meilleure performance du week-end… quand, dans le même temps, l’Irlande a peut-être livré la plus décevante.

Si l’on élargit la focale aux trois derniers France – Irlande dans le Tournoi (2024 à Marseille, 2025 à Dublin, 2026 à Paris), la dynamique saute aux yeux. Après la claque reçue au Vélodrome en 2024 au sortir de la déception du Mondial, les Bleus ont redressé la barre avec deux succès convaincants.

Le temps de balle en jeu augmente d’année en année (33 minutes en 2024, 37 en 2025, 38 en 2026), signe d’un rugby plus fluide et plus exigeant physiquement. D'une manière plus générale, tous les chiffres sont en hausse coté tricolore.

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Le jeu au pied : la mue stratégique des Bleus

C’est probablement la stat la plus frappante. En 2024, la France n’avait tapé que 19 coups de pied. Deux ans plus tard, elle en a frappé 39 comme nous l'apprend la chaine Youtube Eggchasers Rugby. Et surtout, le ratio coups de pied par minute de possession est passé de 1,3 à 1,9.

Autrement dit, les Bleus ont trouvé un équilibre. Fini le surjeu dans leur camp, fini les relances kamikazes à 40 mètres de leur ligne. Désormais, on occupe, on met sous pression, on joue dans le bon sens. À Paris, la France a parfaitement su “épingler” l’Irlande et capitaliser territorialement.

À l’inverse, l’Irlande a semblé robotique. 40 coups de pied, soit 2,4 par minute. Beaucoup trop. Sans toujours lire la situation. Là où la France choisit ses moments, l’Irlande applique son plan presque mécaniquement. Un signe, peut-être, d’un collectif en recherche de repères dans le rugby “post-possession” actuel, où la conservation à outrance expose au grattage et au turnover.

Les entrées dans les 22 : le vrai baromètre

Autre indicateur clé : les entrées dans les 22 mètres. En 2026, la France en compte 15 contre 7 pour l’Irlande. Or, lors des deux précédents affrontements, c’était souvent l’inverse.

Ce basculement dit beaucoup. Les Bleus jouent désormais dans les bonnes zones. En 2024, ils tentaient encore d’emballer les matchs depuis leur moitié de terrain. Aujourd’hui, ils construisent, déplacent, patientent. Le trio Dupont – Jalibert – Ramos orchestre avec justesse. Dupont contrôle moins pour mieux partager la création, Jalibert pèse dans l’animation, Ramos apporte son timing et sa vision. Résultat : plus d’occupation, plus de pression, plus d’opportunités.

Ce n’est pas qu’un ajustement tactique. C’est une évolution structurelle du jeu français.

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Offloads et collisions : la France avance, l’Irlande subit

Les chiffres des offloads sont presque violents. Sur les trois derniers matchs cumulés, l’Irlande totalise 17 passes après contact face aux Bleus. La France en a réussi 19… sur le seul match de jeudi.

Ce n’est pas anodin. Cela signifie que les Bleus gagnent les collisions, libèrent les bras, maintiennent la continuité. Et surtout, qu’ils osent. Parce qu’ils jouent dans le camp adverse, le risque est maîtrisé. Une perte de balle n’expose pas immédiatement à une contre-attaque fatale.

L’Irlande, elle, semble avoir perdu ce tranchant qui faisait sa force à l’époque Sexton. Moins de vitesse pure, moins de second créateur en l’absence de profils comme Keenan ou Hansen dans leur pleine influence, selon Tim Cocker, et peut-être un manque de spontanéité. L’attaque irlandaise autrefois chirurgicale paraît aujourd’hui plus prévisible.

Le ratio d’attaque : la stat qui change tout

Voici la donnée la plus fascinante : le ratio d’attaque, soit le nombre de franchissements réalisés par turnover récupéré. En 2024, la France était à 0,6 franchissement par turnover. L’Irlande à 0,9. Deux ans plus tard, la France grimpe à 1,1 quand l’Irlande chute à 0,3.

C’est colossal.

Cela signifie que même si l’Irlande récupère des ballons, elle n’en fait presque rien. À l’inverse, la France transforme ses turnovers en occasions franches. Pourquoi ? Parce qu’elle est structurée pour ça. Trois troisième-lignes mobiles et gratteurs (Jelonch, Jegou, Cros) pour provoquer les ballons de récupération, puis une ligne arrière électrique pour punir immédiatement. Le turnover est l’or du rugby moderne. La France l’a compris. Elle l’exploite.

Ce que ça change pour l'avenir

Cette victoire ne vaut pas seulement 4 points. Elle valide une trajectoire. Pour les Bleus, c’est la confirmation que le travail post-Mondial paie : conditionnement physique adapté à un temps "ball in play" plus long, progression massive dans le secteur aérien, maturité tactique retrouvée. La France n’est plus une équipe uniquement instinctive. Elle est stratégique.

Pour l’Irlande, en revanche, la question est plus large. Le modèle basé sur la possession longue et structurée semble moins rentable dans le contexte réglementaire actuel, notamment avec la menace constante des gratteurs. Trouver le bon équilibre devient urgent.

Dans une compétition le Six Nations, les dynamiques comptent presque autant que les classements. Et aujourd’hui, la flèche bleue pointe vers le haut quand celle du Trèfle semble hésiter. Les chiffres ne racontent pas toute l’histoire. Mais sur ces trois années, ils dessinent deux trajectoires opposées. Une France qui a appris, ajusté, grandi. Une Irlande qui cherche encore la bonne formule. Et dans le Tournoi des 6 Nations, ces détails-là font souvent toute la différence.

Pianto
Pianto

en 2024, de mémoire, on n'avait pas le ballon, les irlandais avaient développé leur jeu face à des français traumatisés de LEUR coupe du monde. Aucune réaction, on avait subi tout le match et joué dans notre camp.
Comparer les stats de ce match et de celui de la semaine dernière qu'on domine de la tête et des épaules, forcément, ça pique.


Parce que je ne me rappelle pas des mêmes matchs que vous :
"les Bleus ont trouvé un équilibre. Fini le surjeu dans leur camp, fini les relances kamikazes à 40 mètres de leur ligne."


Sérieux ?
Qu'est-ce que vous fumez au Nistère ?
Est-ce qu'il vous en reste ?