Très observé sur le plan défensif, Matthieu Jalibert n’a pas esquivé le rendez-vous face à l’Irlande. Au contraire. Dans un match où chaque lancement irlandais était attendu, l’ouvreur du XV de France a livré une prestation solide dans l’exercice du plaquage, bien loin des critiques parfois entendues ces derniers mois. Peu mis en difficulté sur l’homme, propre dans ses interventions et surtout très juste dans son placement, le Bordelais a validé les choix du staff tricolore dans un secteur où rien ne lui aurait été pardonné.
Ce France – Irlande n’était pas un test anodin. Face à l’une des attaques les mieux huilées historiquement, Jalibert devait rassurer, autant le staff que les supporters. Mission accomplie, avec une copie défensive bien plus consistante que lors de certaines sorties passées.
Un “faux 13” pensé en amont
La clé de cette réussite se trouve dans un choix tactique bien précis : le positionnement en “faux 13” ou dans la zone du 13. Contrairement à un schéma classique où l’ouvreur défend en première ligne sur les lancements adverses, Jalibert a cette fois été 'protégé' ou déplacé. Devant lui, ses partenaires de club Yoram Moefana et Nicolas Depoortère, voire Bielle-Biarrey ou encore Jelonch, ont assuré la première ligne défensive, laissant à Jalibert un rôle plus en retrait, mais loin d’être passif.
Ce placement lui a permis de lire le jeu, de coulisser intelligemment avec des plaquages "en chasse" et d’intervenir là où il est plus à l’aise. Résultat : des plaquages efficaces, rarement subis, et une défense collective bien plus hermétique.
"C'est Fabien Galthié qui nous a proposé de nous organiser comme en club. On a pas mal de repères collectifs avec Yoram et Nico dans cette configuration-là et ça a plutôt bien fonctionné." (Jalibert via le Midi Olympique)
Jalibert n’est pas Ntamack… et alors ?
La comparaison revient souvent. Défensivement, Jalibert n’a jamais prétendu rivaliser sur l’impact pur avec Romain Ntamack, réputé pour sa solidité sur l’homme en premier défenseur. Mais le rugby ne se résume pas à une addition de duels gagnés. Placement, lecture, coordination avec le reste de la ligne : dans ces domaines, Jalibert a montré face à l’Irlande qu’il avait largement progressé.
En jouant en faux 13, il limite ses expositions les plus risquées tout en restant un maillon actif du rideau défensif. Ce n’est pas une cache-misère, mais une adaptation intelligente à son profil. Et surtout, une preuve que le staff cherche à tirer le meilleur de chacun plutôt que d’imposer un modèle unique.
L'avoir dans cette zone, c'est aussi avoir la possibilité de tirer parti de sa vitesse et de sa vista. En cas de ballon récupéré sur une passe mal ajustée, un offload raté, ou bien une interception, Jalibert peut immédiatement mettre les cannes ou ajuster un coup de pied pour aller chercher une zone vide ou un 50/22.
Une prestation qui valide le travail de fond
Ce match face à l’Irlande ne sort pas de nulle part. Jalibert travaille depuis longtemps sur cet aspect de son jeu, conscient que le très haut niveau international ne pardonne rien. Sa défense, parfois jugée fragile, a gagné en rigueur, en timing et en confiance. Les images parlent d’elles-mêmes : peu de courses subies de plein fouet, des choix justes, et une vraie connexion avec ses partenaires extérieurs.
"Je sais comment défend Mathieu, alors j'essaie de m'adapter à lui. En tant qu'ailier, on dépend pas mal de son 13, donc moi de Matthieu dans ce cas précis. Ça aide forcément d'avoir l'habitude de défendre avec lui en club", explique LBB via le Midol. Dans un match aussi exigeant physiquement, ce genre de prestation compte double. Elle rassure le staff, crédibilise les choix tactiques et envoie un message clair à la concurrence.
Mais une solution déjà sous surveillance
Reste une question, soulevée notamment par le Midi Olympique : combien de temps cette organisation restera-t-elle efficace ? Le rugby international est un jeu d’adaptation permanente. Les adversaires à venir auront le temps d’analyser ce système, de cibler les zones moins protégées et de chercher à forcer Jalibert à défendre plus près de la ligne.
L’Écosse, l’Italie, puis surtout l’Angleterre auront des semaines entières pour disséquer cette option défensive. À ce niveau, ce qui fonctionne un soir peut devenir une faiblesse exploitée le suivant. Notez cependant que Jalibert n'a pas tout le temps défendu dans la zone 13.
Avec la sortie de Mauvaka à la 49e et l'entrée du jeune Gourgues, on l'a vu reprendre une position plus classique. Avant de glisser à nouveau dans la zone 13. Preuve qu'il s'agit aussi d'adaptation à l'endroit du terrain et à l'adversaire.
Une réponse sur le terrain
À court terme, cette prestation renforce la position de Jalibert dans la hiérarchie. Elle montre qu’il peut être le titulaire en 10 sans déséquilibrer la défense collective. Pour le staff, c’est une option de plus dans la boîte à outils tactique. Pour les adversaires, un nouveau casse-tête à résoudre.
À moyen terme, la question sera celle de la pérennité. Faudra-t-il ajuster encore, varier les systèmes, ou accepter que certaines équipes trouveront la parade ? Dans cette configuration avec trois demis (Dupont, Jalibert et Ramos), il n'est pas impossible qu'on assiste encore à des changements de positions en cours de match durant ce Tournoi.
Une chose est sûre : le débat sur la défense de Jalibert a changé de ton. Face à l’Irlande, Matthieu Jalibert a plaqué, coulissé, rassuré. Et parfois, dans le rugby comme ailleurs, c’est encore la meilleure des réponses.
“Pitoyable” : la presse britannique abasourdie avant France–Galles (et ce n’est pas un compliment)
il me semble qu'il n'y a pas beaucoup de 10 qu idéfendent au ras des regroupements, c'est assez courant de le placer un peu plus loin. Je me souviens de gens qui disaient que son positionnement "protégé" en défense désorganisait toute la ligne..
Au final, il défend avec ses coéquipiers de clubs qui défendent toute l'année comme ça.
Que ça dure !
PS : à la 49ème c'est Moefana que @ThibaultPerrin voulait écrire et pas Mauvaka