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6 NATIONS. OPINION. ''Disons donc que la France a bouzumilié les rosbiffs''
Melvyn Jaminet et les Bleus peuvent exulter.
Cet Angleterre vs France restera comme une date marquante de l'histoire de ce XV de France. Alors inventons un mot, pour que l'on s'en souvienne.

« Tu sais, j’aimerais ne jamais descendre » disait Mermoz. Pas Maxime Mermoz, qui effectivement ne semble pas réussir à descendre de son piédestal. Non, cette citation nous vient de Jean Mermoz, l’aviateur, qui désirait plus que tout demeurer là-haut, dans le ciel, et ne jamais redescendre sur cette simple terre. C’était là mon sentiment après ce match irréel. Ne jamais redescendre. Rester dans les nuages, prisonnier de ce rêve éveillé. Ne pas rentrer chez soi faire la vaisselle ou sortir les poubelles. Rester accroché au comptoir, garder la bouille hilare de Penaud en mémoire, et ne descendre que des pintes de Guinness comme exutoire, avec la certitude que le monde désormais ne sera plus comme avant.

6 NATIONS. Malgré la victoire de l'Irlande, le 15 de France peut-il toujours remporter le Tournoi ?6 NATIONS. Malgré la victoire de l'Irlande, le 15 de France peut-il toujours remporter le Tournoi ?Oui, quelque chose a changé. La rotation de la Terre est freinée, ou son axe légèrement dévié. Je ne sais quelle loi physique est à moduler mais Newton doit refaire son calcul. Je m’en vais de ce pas le déterrer pour le remettre au travail, car l’univers ne tourne plus rond : la France a écrasé l’Angleterre, en Angleterre. Presque 1000 ans après Hasting, d’autres conquérants sont partis de France fesser le roi d’Angleterre sur son sol, ce qui mériterait un autre chapitre, a minima un addenda, sur la tapisserie de Bayeux.
Ecrasement, humiliation, 49.3… Je me sens vraiment limité en vocabulaire pour décrire l’indescriptible. La langue française n’avait jamais eu à créer un mot pour évoquer ce type de fait historique : une victoire de 43 points en Angleterre. Il nous faut un néologisme pour acter ce nouvel événement. Disons donc que la France a bouzumilié les rosbiffs.

Emotions nouvelles


Panne de vocabulaire, mais en revanche excès de nouvelles émotions. Le peu de fois où le XV de France vainc les anglais (merci pour le verbe vaincre à conjuguer), cela suscite en nous la fierté, un peu de haine et d’arrogance, parfois un esprit de revanche. Mais là en deuxième mi-temps nous avons eu du nouveau, de l’inconnu dans mon petit cœur de supporter : l’extase, la jouissance, la plénitude, mais aussi la pitié. La pitié ? Pitié des anglais, est-ce donc possible ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, oui. Oui j’ai eu pitié de Ellis Genge, capitaine de la plus famous defeat of England ever. Bébé Rhino m’a paru tout petit. Pitié de Malins qui n’a toujours pas réussi un plaquage dans ce tournoi des 6 nations. Pitié pour Stewart, le seul valeureux joueur anglais qui au cours du match tentait de teindre discrètement son maillot en bleu pour aller faire la fête dans les vestiaires français. Et même… pitié pour Marcus Smith, écrasé comme un moustique sur le pare-brise de l’avion Rafale Ollivon lancé en piqué dans l’en-but à vitesse MACH 2 ; emporté comme un bébé dans les bras de Dupont jusque dans son en-but en criant « laissez-moi tranquille ! Mais arrêtez de m’embêter ». Sale soirée pour la rose, fanée et presque fanny, dont les fans aphones et affolés fredonneront faiblement « Swing loose, swing charity ».


La différence fut criante entre une Angleterre fébrile, semble-t-il non préparée à se prendre une branlée, et une France clairvoyante, rassérénée, reptilienne, for me formidable. Le clou du spectacle, celui martelé par Penaud sur le cercueil du XV de la rose à la 75ème , résume à lui seul cette dichotomie. Sous la pluie, à la 75ème minute, malgré la fatigue et l’usure, la France déclenche une offensive générale et une combinaison de trois-quarts en première main d’une propreté inoubliable qui envoie Penaud dans l’en-but. Les anglais déboussolés ont couru comme des poulets sans tête, et n’ont même pas pu toucher un attaquant français. Stupéfiant.
Côté supporters, les émotions et les états d’âmes furent donc totalement inverses au fur et à mesure du match, ce qui se mesure sur ces courbes éloquentes issues de ma propre cellule de data-analyste :

N’attendez pas de moi un résumé du match. Inutile. Je préfère les souvenirs sensoriels et immarcescibles que ma mémoire gardera ad vitam eternam.


« Et papy, pourquoi tu t’rappelles pas de mon prénom ?
- 53 à 10… en 2023….53 à 10… Antoine Dupont…
- Laisse donc papy tranquille, il a besoin de se reposer »


Après cette débâcle, ce Waterloo à l’envers – ce qui fait oolretaw mais c’est difficile à prononcer, ne venez pas me parler de la coupe du monde. Je m’en fous ! Je m’en fous ! Cela n’a aucun intérêt. Moi je préfère ne jamais gagner la coupe du monde et taper les anglais comme ça chaque année. Arrêtons les chimères et les déceptions tous les quatre ans, choisissons plutôt le bonheur régulier et la plénitude annuelle avec une victoire contre les anglais. La coupe du monde, c’est du surfait. Les emmerdeurs du foot viennent regarder tous les quatre ans comment marche le rugby, on est donc obligé de passer sur TF1, de leur expliquer les règles qu’on ne connait pas nous-même et de supporter leurs remarques du genre « oh la la un carton jaune, on va finir à 10 ». Cet Angleterre-France me suffit et va me faire l’année. Je peux me retirer religieusement et attendre l’hiver prochain, ne me réveillez pas en Octobre pour le ramdam de la coupe du monde !

VIDEO. 6 Nations. 15 de France. L'émotion de Fabien Galthié après la démonstration de ses joueurs en AngleterreVIDEO. 6 Nations. 15 de France. L'émotion de Fabien Galthié après la démonstration de ses joueurs en Angleterre

A nos héros

Prenons simplement le temps de rendre hommage aux héros du jour :

Baille- Marchand- Aldegheri : Une première ligne de club comme on les aime. Où les types ne se lâchent jamais, s’assoient à côté dans les vestiaires et dans le bus, mangent les mêmes tripoux et paupiettes et dorment dans les mêmes chambres. Ils rigolent des mêmes blagues de piliers et se font des bisous quand ils détruisent la mêlée anglaise. Ces trois-là se connaissent depuis le jour où ils ont passé le quintal ensemble et ont concassé la première ligne anglaise (dé)composée de bébé-rhino, Kyle Saint-Clair-obscur, et Jamie George le bossu.

Flament : Depuis quand en France avons-nous un numéro 4 qui fait des passes après contact, des chistéras, des crochets intérieurs, des sauts en touche et des perforations, et marque un doublé à Twickenham ? Pire encore : quel numéro 4 parle espagnol et anglais et joue de la guitare ? Ça n’existe pas ! Ça n’ex-is-te pas ! Nous en France on a des 4 et des 5 qui ont des gros pieds et des grandes oreilles mais qui ont l’humilité de ne pas inventer des choses pareilles. Je propose donc de changer le numéro de Flament, on lui colle le numéro 642 dans le dos ou bien on le dissèque en laboratoire pour comprendre comment ça marche. Contre les anglais, Flament a été très grand. Je crois qu’entre le Flament et la rose, il y a quelque chose.

Willemse : N’est apparu à l’écran que pour coller un timbre à l’autre hollandais du terrain, le regretté Vanpootvliet (ou un truc du genre). Aldritt, Ollivon, Cros Si demain la France repart en guerre, je m’engagerai volontiers si je peux me cacher derrière ces trois-là. Nous avons la défense nationale devant nous : l’armée de terre avec Aldritt, chargeant plein champ à grand renfort de Char Leclerc. L’armée de l’air avec Ollivon, rapide et aérien, capable de survoler le camp ennemi et de sauter par-dessus les rucks pour marquer. Et les commandos marines avec Cros, camouflé et dans l’ombre, armé d’un simple couteau pour détruire une défense adverse en rampant sur un terrain miné.

Dupont : Lisez la presse anglaise et voyez l’admiration du monde pour ce petit homme éleveur de cochons. S’il y avait la place pour une nouvelle religion sur Terre, je serai le premier disciple Dupontiste. Souvenez-vous d’une chose, d’une seule action de la 2 ème mi-temps, quand Ntamack en repli dans ses 22m adresse une passe pour Dupont. Dupont arrête alors le temps. Il regarde tous les petits hommes sur le terrain, leurs faiblesses, leurs vices, comprend la vie, l’univers, le temps. Et fait un coup de pied par-dessus en laissant sa carte de visite à toute l’Angleterre. La statue de Web Ellis est aujourd’hui déboulonnée dans le village de rugby pour laisser place à un nouveau bronze de Dupont et ses pommettes saillantes. Le rugby changera alors de nom et s’appellera désormais le Lannemezan, avec tout plein de lannemezanistes professionnels.

Ntamack : Le calculateur, le régulateur, le chef d’orchestre, le stoïque. En un mot, le numéro 10 anglais par excellence. Enfin, disons avant l’avènement (temporaire) du feu-follet Marcus Smith, l’antithèse des numéros 10 anglais. Danty, lui, profite de chaque blessure pour transformer un bout de gras en muscle. Désormais son IMC frôle la perfection, il lui reste juste un peu de graisse sur les joues, mais il est dur comme un flanker sud-africain la veille de la coupe du monde, et solide comme la vache Ovalie au Salon de l’agriculture. Il compte maintenant pour deux au milieu du terrain, ce qui empêche tout passage ennemi dans cette zone-là. Fickou est le meilleur joueur du monde (Dupont n’étant pas de ce monde). Et voilà qu’il se met à faire des passes au pied décisives maintenant. On va appeler ça un fickou de pied par-dessus.

Penaud, Dumortier : nos chevaux de courses. Mettez-vous à la place de Steward à la 75ème minute alors que Jaminet est en train de le fixer en défense. Jaminet fait sa passe, Stewart tourne donc les épaules et démarre pour aller chercher son aile… et voit Penaud déjà hilare, la langue pendante, tenant déjà son short pour éviter de se retrouver à poil après sa glissade dans l’en-but.

Ramos : Ntamack, Danty, Fickou sont des régulateurs. Ramos est l’étincelle. Ramos mesure toujours ce petit instant où la prise de risque est possible. Un coup d’œil, une confiance, une maîtrise des gestes dans les grands moments. Il est le risque incarné, mais avec des gros mollets.

Qui veut aller en Irlande ?


Les Anglais vont maintenant devoir trouver quinze volontaires pour aller se faire fusiller en Irlande. Pas simple. Galthié s’est proposé de les aider un petit peu car il a beaucoup de peine pour eux. Il va leur envoyer Shaun Edwards qui va attraper les joueurs par l’oreille pour leur apprendre à plaquer. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on souhaite une victoire anglaise en terres irlandaises. Mais presque. Mais ne nous leurrons pas, c’est aussi peu probable qu’un sourire de Jonathan Sexton. Quant aux français il leur reste un petit dessert, un petit café gourmand : le Pays de Galles, qui a sauvé les apparences en rendant aux italiens la cuiller de bois oubliée l’année dernière à Cardiff. Rien d’alarmant pour nos bleus si ceux-ci continuent à marcher sur les nuages, loin, loin au-dessus de nos petites vies terrestres. Et nous autres, petites gens, retournons au travail avec le sentiment que la vie vaut le coup
d’être vécue depuis qu’Antoine Dupont est descendu sur cette terre.

Merci à Krieg Ker'Driscoll pour cet article ! Vous pouvez vous aussi nous soumettre des textes, pour ce faire, contactez-nous !

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  • Pianto
    54764 points
  • il y a 1 an

mon moment préféré du match, c'est le premier essai de Penaud où il récupère le coup de pied de Fickou, on voit très vite que personne ne le rattrapera et lui, il court et il fait le canard.

j'adore.

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