[AMATEUR] Le dimanche décodé Ep.2 : l'attente interminable du match

[AMATEUR] Le dimanche décodé Ep.2 : l'attente interminable du match
Le lieu de tous les possibles : la table dans le club house.
Découvrez notre deuxième épisode sur le dimanche décodé. Au programme ? L'attente interminable avant le match.

Dans le monde du rugby amateur, les dimanches se suivent et se ressemblent. Après notre premier épisode du dimanche décodé et la torture du réveil musculaire, nous voici dans l'étape suivante et la plus importante dans la préparation d'un joueur amateur : l'attente interminable avant le match. Du repas à l'entrée des vestiaires, plongez dans votre vie.

Le dimanche décodé : la torture du réveil musculaireLe repas d'avant-match est indispensable pour un joueur de rugby. Pas pour la qualité des aliments ingurgités, qui sera sujette à une âpre bataille des latrines plus tard dans la journée, mais pour la cohésion du groupe et même du club. Revenons sur les différentes facettes de l'avant-match en commençant par le repas.

L'heure

L'heure du repas est incompréhensible car généralement, tu manges entre 11h et 11h30 : à cette heure-ci le dimanche, il n'y a que des rugbymen et les maisons de retraite qui mangent. Tous les autres weeks-ends de repos, tu te lèves à cette heure pour Auto-Moto et la dernière Citroën qu'on te vend comme une révolution (désolé pour ceux qui ont des Citroën et surtout pour ceux qui regardent vraiment Auto-Moto). À la fin du réveil musculaire, il y a ceux qui se dirigent vers la table, ceux qui se douchent alors qu'ils n'ont qu'une course de 17m dans les jambes et le râleur qui ne comprenait déjà pas le réveil musculaire, alors manger à 11h... Pompom sur la Garonne.

Trouver sa place 

Moment important car comme dans la vie, il faut trouver sa place. Le but est d'aller le plus vite pour t'installer avec tes meilleurs potes et si tu es le premier du groupe, tu devras garder la place à tous les autres. Et t'es comme un enfant que des parents laissent sur le parking d'Auchan pour garder la place qu'ils ont vu dans l'aller d'à côté... "Non, ils arrivent désolé."

Généralement, les places se font naturellement et comme un petit village où une télé-réalité, des groupes apparaissent : 

  • Les chambreurs : c'est LE groupe à éviter si tu n'en fais pas partie. Merdeux, "caïds" ou mecs cools, chacun les définit comme il l'entend. Dans tous les cas, si tu fais un pas de travers tu en as pour 6 mois. Et si tu ne fais rien, tu en as aussi pour 6 mois en fait. Ce groupe proche des hyènes du Roi Lion ont des cibles fétiches, mais les vrais chambreurs ne s'attaquent pas aux faibles. Ils sont là pour faire tomber les têtes fortes et pensantes de l'équipe, une sorte de Robin des bois sauce Jean Roucasse #Roucasserie.
  • Les anciens : entre la Cène et le film Scarface, ce coin de table est vénéré. Les chambreurs ne s'y attaquent généralement pas en groupe et si l'un d'entre eux ose une pique, tous les autres retourneront leurs vestes aussi vite qu'un politique au second tour. Les anciens établissent le plan de jeu et un bilan actuel de l'équipe, comme des Grecs (pas le sandwich à base de viandes, salade, tomates, oignons, pain pita, sans frites). De nature calmes et patients, ils n'ont pas souvent à se lever pour aller chercher de l'eau, là où toi tu fais encore un shi-fu-mi avec ton groupe pous savoir qui se lève.
  • Kevin, le nouveau à l'aise : Kevin est un nouveau à l'aise, même un peu trop. Il vient s'assoir à table en plein milieu de ton groupe et gâche les conversations habituelles. Mais ça fait du bien des fois, de se taire. Quand un moment d'euphorie arrivera avec tes amis, il viendra intervenir en détruisant ce moment. Comme un seconde-ligne qui vient prendre la balle entre le 9 et le 10 dans un temps de jeu stratosphérique à 5m de la ligne.
  • Ludovic, le nouveau pas à l'aise : Ludo, lui, n'est pas du tout à l'aise et tout le monde se l'arrache pour l'avoir à sa table et discuter, contrairement à Kevin. Et ça, c'est la définition du rugby. Attention, Ludovic peut très vite devenir un Kevin si vous n'y faites pas attention.
  • Le Cubain : allez savoir pourquoi, là où les gros clubs ont des Fidjiens, en amateur nous avons des Cubains, Mexicains, Norvégiens, etc. À peu près tous les pays du monde où on confond encore le rugby avec le football américain. Il n'a jamais joué au rugby mais il adore l'ambiance et apprendre un nouveau sport, d'ailleurs, il ne rate aucun entraînement contrairement à toi. À table, tout le monde le sollicite pour organiser le voyage de fin d'année à Cuba avec un budget de 57€80, comme si c'était Voyages Pirates où qu'il connaissait tous les pilotes d'avions qui bossent à La Havane.
  • Les entraîneurs : ils mangent ensemble, sauf l'entraîneur de la B qui a son petit groupe fétiche de joueurs. Ils sont pas très intéressants, mais pour les repérer, cherche Fabien l'ailier remplaçant de la B.

Le menu

La pièce centrale du repas d'avant-match. Rien d'exceptionnel mais tu as tellement faim que tu mangerais même un poulet-pâtes ! D'ailleurs c'est ce que tu manges. À la première bouchée tu perds le goût, à la deuxième l'odorat, à la troisième tu as mal au dos et la quatrième tu trouves qu'Antoine Dupont est nul. En entrée c'est jambon et peu de joueurs le laissent de côté même si dans chaque groupe un n'en mange pas, mais rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme comme disait Jacques Brunel à propos de sa composition d'équipe. En principe, les pâtes sont trop cuite ou cuite 2 fois, ce qui donne une bouillie que les chiens de chasse se battent le matin à 5h. Tu assaisonnes et recouvres de fromage râpé (s'il n'a pas évolué comme un Pokemon en roquefort). En dessert, tu as droit aux yaourts aux fruits ou des compotes, avec des dates inscrites qui te rappellent les épreuves d'histoire-géo du brevet des collèges. Mais tes dirigeants ont fait ce repas, comme chaque dimanche, avec amour : tu engloutis, tu souris, et tu les remercies.

Le kawa

Tout le mode se jette sur le café, même ce qui n'en ont jamais bu ! Pourtant, il chauffe depuis 9h45 du matin. Il en ressort un mélange de tanins de cerises tombées de l'arbre, de pneu neige, une texture proche du pudding et aussi chaud que ton pilier après un sprint de 12m : prend ça Starbucks !

Un long dimanche de rugby

Pour résumer, tu as mangé à 11h, bu ton café à 11h23 et ton match commence à 15h30. Conclusion ? Tes entraîneurs pensent que la Suisse ne fait que des petits yaourts. Il faut donc occuper ce temps-là et pour cela, toutes les techniques sont autorisées : une sorte d'octogone sans règles de l'occupation. Attention, mieux vaut avoir le BAFA :

  • Le dormeur : ok, pas besoin de BAFA pour dormir, mais tu as besoin de dormir pendant le BAFA. Bref. Il y a deux types de dormeurs : celui qui est bien évidemment sortit la veille et qui avait calculé cette sieste au bout du 3e verre en boîte, et celui qui est jeune papa et qui avait aussi calculé cette sieste au bout du 3e biberon la veille. La malchance de se dernier est que tout le monde croit que c'est lui qui est sorti la veille.
  • Les joueurs de cartes : c'est le groupe que les dormeurs détestent. Cris, coup sur la table, gesticulations, insultes. Leurs but n'est pas de jouer mais sûrement de se faire remarquer du plus grand nombre. Si seulement ils pouvaient jouer au poker sur leur portable plutôt qu'à la Belote en plein milieu de la table où toi tu manges. Vous l'aurez compris, je haïs cette activité. 
  • Les chambreurs encore : ils sont encore là, toujours en bande. Ce moment de latence est du pain béni pour eux ! Ils se séparent ou marchent par deux pour aller de groupe en groupe et rétablir leur idée de l'ordre mondiale. 
  • Les joueurs de la B : tous les joueurs de la Une envient les joueurs de la B pour une seule chose : l'heure du match. Ils n'ont pas à attendre, et finissent plus tôt. Le fond de jeu ? N'en parlons pas aujourd'hui.
  • Les millénials : "t'as vu cette vidéo ?","elle tu la connais ?,"regarde sur quoi je viens de te marquer". Les millénials passent leurs temps sur leurs smartphones à échanger avec le copain qui est aussi sur son smartphone, mais à côté. Les anciens ne les comprennent pas et leurs feront bien sûr des rélfexions. Jusqu'à ce petit junior, confiant, qui lâchera un "mais t'es trop vieux aussi c'est normal". Il râtera bizarrement l'entraînement du mecredi.
  • Les mecs qui ne touchent pas assez de ballons apparemment : ces joueurs attendent le match avec un ballon de rugby. La scène est assez violente parce qu'ici tout est tenté par le talon de la B, l'ailier de la une, et le remplaçant 3e ligne aile. Mais ils ne touchent pas assez de ballons après tout, et on sait maintenant pourquoi.