RUGBY AMATEUR : le Stade Langonnais résiste encore et toujours en Fédérale 1

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RUGBY AMATEUR : le Stade Langonnais résiste encore et toujours en Fédérale 1
Les Sud-Girondins fous de joie le 4 mars dernier, après avoir gagné à la toute dernière seconde contre le Bassin d'Arcachon. Crédit photo: Stade Langonnais

Cet article est rédigé par Jean-Baptiste Lathoumetie, Merci à lui ! Vous pouvez proposer des textes de deux manières :

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Le Stade Langonnais vit sa 11ème saison consécutive en Fédérale 1. Mais après plusieurs années à jouer le haut du tableau, les Sud-Girondins luttent désormais pour leur maintien.

À l'instar du village d'Asterix le Gaulois, qui résiste encore et toujours à l'envahisseur, le Stade Langonnais, irréductible club amateur de par ses moyens structurels, organisationnels et financiers, résiste encore et toujours dans une Fédérale 1 à l'apparence de plus en plus professionnelle. Certes, la métaphore est un peu poussée à l'extrême, mais elle reste assez conforme à la réalité, on va y revenir. À Langon, la passion pour le rugby a toujours existé. Ce club demeure le phare, la fierté de cette petite ville de 7000 habitants, sous-préfecture de la Gironde. Fondé en 1904, le Stade Langonnais a une Histoire, un vécu qui se transmet de génération en génération. Parmi les plus grandes pages, on pourrait citer les titres de champion de France de Deuxième Division en 63 et 82, ou plus récemment, en 2009, celui de champion de France de l'équipe réserve (Nationale B).

Aujourd'hui, Langon vit sa onzième saison consécutive en Fédérale 1, une longévité qui ne rapporte pas de trophée dans la vitrine de l'équipe première, mais qui a bien la saveur d'une victoire dans les rangs stadistes. Car depuis leur montée en 2007, ce championnat a bien changé. Valeurs de famille et de convivialité sont chères aux rouge et blanc, qui veulent véhiculer et garder cette identité qui les caractérisent. Mais avec cet esprit amateur, comment parvenir à lutter face à la montée du professionnalisme dans le rugby, même en Fédérale 1 ?

L'ailier Benjamin Guiraud (qui file à l'essai sur la photo) et les Langonnais ont leur destin en main pour se sauver. Ils recevront Anglet le 25 mars pour une victoire impérative à aller chercher. Crédit photo: Stade Langonnais

De l'objectif des phases finales à celui du maintien

L'objectif de se pérenniser « au plus haut niveau amateur » est de plus en plus difficile à accomplir, face au nombre croissant de clubs qui rêvent d'accéder à la Pro D2, et qui se donnent ainsi les moyens d'accéder à l'échelon supérieur. À l'image - par exemple - de Vannes ou Soyaux-Angoulême, que les Langonnais affrontaient il y a encore peu de temps de cela, et qui en sont maintenant à leur deuxième saison à l'échelon supérieur. Ce nombre important d'équipes visant plus haut a même engendré cette saison la création d'une poule Elite, réservée aux gros clubs qui se battent pour la montée, tandis que trois autres poules de Fédérale 1 se battent pour un titre honorifique... ou pour sauver leur peau. Dans ce qui est le troisième échelon national, les Langonnais ont longtemps joué le haut du tableau, réalisant de beaux parcours. Depuis son arrivée en Fédérale 1, Langon a en effet atteint les 8èmes de finales à plusieurs reprises, affrontant des cadors comme Béziers (2010), Massy (2012), Lille (2014), Aubenas (2015) ou encore Oloron (2016), sans être toutefois parvenus à passer ces tours.

Pas forcément attendu mais toujours présent année après année, Langon avait, dans une moindre mesure, quelque chose du Bourgoin-Jallieu des années 90-2000, ou côté foot de l'AJ Auxerre de Guy Roux, une sorte de trouble-fêtes. Ce passé proche semble pourtant lointain : la saison dernière, alors que le club girondin restait sur trois qualifications consécutives en phases finales, il termina dernier de la poule 2, mais fut miraculeusement sauvé par la réforme fédérale de Bernard Laporte, qui annulait toutes les descentes aux niveaux fédéraux.

Le 10 février dernier, Langon a remporté une belle et précieuse victoire pour le maintien contre Tyrosse (33-27). Crédit vidéo: TV Landes

Cette saison, l'équipe girondine est entrainée par l'ancien trois-quart centre Sylvain Mirande (Agen, Montpellier, Dax, Mont-de-Marsan) et le Langonnais de coeur, Philippe Etchegaray. Elle va mieux, mais se bat encore pour son maintien. Ces changements de résultats par rapport aux années précédentes s'expliquent t-il par l'élevation du niveau de la Fédérale 1, ou tout simplement par le niveau de l'équipe qui s'affaibli ? Y a t-il un lien de cause à effet ? Philippe Etchegaray, pilier/talonneur de Langon de 2007 à 2015, et désormais entraîneur de l'équipe première depuis janvier après avoir pris en charge les jeunes, a pu observer l'évolution du championnat. Il donne son opinion : « le niveau a évolué, à cause ou grâce à des clubs avec de gros moyens financiers. Quand j'ai commencé avec Langon, je me rappelle qu'il y avait des équipes au-dessus, mais il n'y avait pas de grosses cylindrées comme on a maintenant ».

Le coach des avants langonnais, passé par Pau et le Racing, poursuit : 

les premières années en Fédérale 1, Langon était entrain de se structurer, c'était un peu compliqué mais tu n'avais pas de vraies grosses équipes au-dessus. Puis on a commencé à bien recruter, à mettre de bons joueurs à des postes clés, ça fait qu'on jouait tout le temps la partie haute du tableau. Ensuite ce fut un peu plus dur de se qualifier, parce que dans chaque poule tu avais une ou deux grosses équipes, par exemple Carcassonne, Montauban, Colomiers, c'était les épouvantails de la poule. Mais après, ça restait quand même assez homogène, on pouvait toujours se qualifier. Aujourd'hui, il y a toujours de grosses équipes même s'il y en a un peu moins avec la poule Elite. Mais le problème de Langon, c'est qu'il y a beaucoup de générations qui ont arrêté, et ensuite le recrutement a été plus compliqué. C'est surtout plus compliqué du fait que l'argent est maintenant omniprésent au niveau de la Fédérale 1. Plutôt que de venir à Langon comme avant parce qu'il y avait des résultats, que c'est un club attrayant au niveau de la convivialité, certains joueurs préfèrent maintenant partir où il y a de la thune, on ne va pas se mentir. Comme on n'a pas 2 millions de budget, ça devient compliqué. Dans un championnat qui est censé être amateur, l'argent fausse tout.

Crédit photo: Stade Langonnais

L'accent sur la formation des jeunes

Face à des clubs qui possèdent des moyens plus importants qu'eux, les Rouge et Blanc, avec bon nombre de partenaires locaux et de bénévoles sur qui compter, misent beaucoup sur la formation, un choix au centre de la politique sportive du club. Un travail de formation qui porte ses fruits, et a notamment fait éclore en 2005 Benjamin Fall, l'ailier/arrière international de Montpellier. Vice-président en charge du volet sportif, Sylvain Goujard assure l'importance de la formation au sein du club : « il ne faut pas que l'on regarde les 5 ou 6 clubs qui font la course à l'armement avec des budgets de 2 millions, leur place n'est pas ici. La Fédérale 1, c'est pour les petites métropoles qui arrivent à avoir une formation cohérente et performante, c'est là où tu peux t'installer et te pérenniser en Fédérale 1. Le mec qui ne fait pas ça, il sera obligé tous les ans de chercher des joueurs, et ça c'est la course à l'armement. Alors certains le font, mais certains se sont trompés surtout, et beaucoup reviennent sur un projet de formation. Mettre en place une réelle formation, avoir des gamins dont tu vas accorder un maximum d'importance et inculquer un certain niveau, c'est important pour nous. Mieux tu formes tes jeunes, plus tu as de chances de t'en sortir pour ton équipe première. Au-delà de Langon, avoir une formation adaptée, cohérente et performante, ça peut aussi rendre service aux clubs des alentours. Il faut que Langon retrouve de l'attractivité sur sa formation pour que les meilleurs jeunes puissent sortir pour Langon, mais ceux qui n'auront pas les qualités requises pour la Fédérale 1 pourront toujours renforcer les clubs voisins ».

Alexandre Lacaze (ballon en main) et Simon Mancebo, deux joueurs formés au Stade Langonnais. Crédit photo: Stade Langonnais

Concernant les équipes de jeunes, la FFR a justement créé cette saison la catégorie des Espoirs fédéraux en remplacement des équipes réserves, pour les clubs de Fédérale 1. Pour le Stade Langonnais, quel impact ce changement a t-il eu ? Est-ce bénéfique pour le club ? Sylvain Goujard répond : « bénéfique, absolument pas, parce que ça créé une scission entre les effectifs espoirs et séniors. Le coût financier est énorme, parce que tous les week-ends tu fais deux bus au lieu d'en faire qu'un. On entend dire que tout le monde se plaignait de l'équipe réserve, nous on s'en plaignait pas du tout personnellement. L'avantage de déplacer 60 mecs au même endroit, ça faisait prendre qu'un bus par week-end. Ca permettait aussi de faire une passerelle entre la réserve et les séniors. Cette ancienne équipe B rajeunie par l'âge c'est très bien, mais même pour les entrainements, comme c'est deux collectifs qui ne se suivent pas, c'est compliqué partout. Financièrement, certes, d'attractivité le week-end aussi, parce que t'as qu'un match le dimanche donc les gens viennent moins au stade, donc ce n'est pas du tout bénéfique ».

"On va s'accrocher pour maintenir le club"

Au Stade Langonnais, plusieurs jeunes des Espoirs fédéraux ont d'ailleurs été dernièrement utilisés en équipe première, et se montrent à la hauteur. Mais pour bien figurer en Fédérale 1, la formation des jeunes ne suffit pas pour autant. Les dirigeants de clubs comme Langon ont aussi besoin de fournir l'effectif en « piochant » autre part : en règle générale, il s'agit de jeunes joueurs non-conservés par des clubs professionnels (UBB, Agen, ProD2), ou des joueurs venant de Fédérale 1, 2 et 3. Bien que les Espoirs langonnais apportent satisfaction lorsqu'on fait appel à eux en Fédérale 1, le coach Philippe Etchegaray reconnaît la difficuté de la situation actuelle : 

on a un groupe qui tient la route, mais le problème est que quantitativement, on n'est pas assez. On joue toujours avec les mêmes mecs qui se fatiguent, tu peux pas mettre de grosse concurrence aux postes, tu as moins de doublures. Il y a quelques années, il me semble que Langon avait un effectif plus quantitatif et plus qualitatif qu'aujourd'hui. On est sur des années charnières, beaucoup de joueurs de même génération ont arrêté sur 2, 3 ans, c'est plus dur de renouveler l'effectif du fait qu'on est un club moins attractif financièrement que d'autres. Après, on peut lancer des jeunes comme on l'a fait avec certains, c'est bien de les mettre mais à côté il faut qu'ils soient épaulés. Tu te retrouves à lancer des jeunes qui doivent de suite prendre des responsabilités, c'est forcément pas évident. En gardant les jeunes qu'on a, il faut aussi aller chercher des joueurs à des postes clés, et essayer de rebondir. Le problème, c'est : est-ce que ça va suffire, est-ce que Langon va pouvoir tenir en Fédérale 1 ? Ca fait deux ans que ça s'essouffle, l'année dernière tu te maintiens sur tapis vert, cette année tu galères, mais on va s'accrocher pour maintenir le club.

 

Essai de pénalité ! Crédit photo: Stade Langonnais

Cette saison, Langon est actuellement 9ème d'une poule 2 de 11 équipes, où le dernier descend directement (Hendaye est d'ores est déjà sûr de descendre) et l'avant-dernier sera dans une poule de barrage pour se sauver (avec les trois autres avant-derniers, plus le dernier de la poule d'accession), où le dernier sera alors rétrogradé. A 4 matchs de la fin, les joueurs du président Julien Perrot ont 27 points, soit 3 d'avance sur l'avant-dernier, Saint-Médard en Jalles. Rien n'est donc fait, les Langonnais vont devoir cravacher jusqu'au bout. Lors de la prochaine journée, le dimanche 25 mars, les Langonnais auront une rencontre capitale dans leur stade fétiche de Comberlin, avec la réception d'Anglet. Si Langon a son destin entre ses mains pour cette fin de saison, il reste à savoir si à long terme, un club familial d'une petite commune telle que Langon pourra continuer de tracer son chemin au sein d'une Fédérale 1 de plus en plus exigeante, longtemps statuée de « plus haut niveau amateur », mais qui tend vers la professionnalisation, et qui nécessitera peut-être un jour une réorganisation des divisions fédérales. En tout cas, aujourd'hui le Stade Langonnais résiste, encore et toujours.

En 2014, l'émission hebdomadaire Rencontres à XV (France 2) avait réalisé un reportage sur le Stade Langonnais, alors 2ème de sa poule derrière Montauban, juste avant les 8èmes de finale contre Lille.


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