Les nouveaux Lions de la Teranga
Steeve Sargos, capitaine des Lions de la Teranga et joueur de Fédérale 1

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Les Lions, c'est aussi le surnom du XV sénégalais. Lles rugbymen ont disputé un tournoi à domicile, devant 5000 spectateurs et les caméras de télévision.
Cet article nous a été soumis par Sylvain Moreau (étudiant à l'ESJ Lille), sur place pendant la CAN, merci à toi Sylvain !

Des Lions de la Teranga, le public français garde le souvenir douloureux d'un match de football disputé en Corée du Sud. Mais les Lions, c'est aussi le surnom du XV sénégalais. Au cœur du mois de juin, les rugbymen ont disputé un tournoi à domicile, devant 5000 spectateurs et les caméras de télévision. Une première dans ce pays qui ne compte que 750 licenciés.

DAKAR, 11 JUIN 2013 – Depuis plusieurs jours, de petites affiches avaient fleuri en nombre sur les murs décrépis de Dakar : « Coupe d'Afrique des Nations de Rugby. Sénégal-Namibie, 14h30. Botswana-Tunisie, 16h30. Entrée gratuite. » Rendez-vous était donc pris au stade Iba Mar Diop, enceinte située dans les faubourgs de la capitale sénégalaise, enserrée entre l'ancien siège de la BCEAO et la Grande mosquée de la ville.
Sur le terrain, les poteaux rouillés semblent avoir été rabotés, comme coupés à mi-hauteur. L'herbe sèche, clairsemée par endroit, est complétée par des tapis de gymnastique dans les en-but, là où l'aire de jeu empiète sur la piste d’athlétisme. Pour l'occasion, les poteaux de corner ont même été installés dans d'énormes bouteilles d'eau de dix litres remplies de sable.

À quelques minutes du coup d'envoi, tout semble fin prêt pour accueillir le premier match de la Coupe d'Afrique des Nations, groupe B. La fanfare militaire en charge des hymnes est installée face à l'unique tribune du stade, encore peu garnie. Musique d'entrée des joueurs. À peine les premières notes ont-elles été jouées qu'une surprise de taille attend les spectateurs : ce n'est pas la sélection sénégalaise qui apparaît sur la pelouse, mais les équipes de Tunisie et du Botswana, dont la rencontre était programmée deux heures plus tard.
Renseignements pris, le mystère sera rapidement éclairci. « Les Sénégalais ont l'habitude d'être très en retard. Du coup, pour être sûr qu'ils soient présents pour le match des Lions, on a préféré annoncer l'ordre des matches en sens inversé », confie un bénévole. Une initiative pour le moins originale à l'occasion d'une rencontre internationale.

Mais il ne faut pas se tromper : ce tournoi à quatre équipes n'est pas dépourvu d'enjeu, loin de là. Dans une première division africaine scindée en trois groupes, le Sénégal, la Namibie, la Tunisie ou le Botswana, qui s'affrontent à Dakar, peuvent encore rêver de décrocher leur ticket pour la Coupe du monde 2015. « Les quatorze équipes de l'élite du rugby africain sont classées en trois groupes A, B et C, avec un système de montées et de descentes entre les groupes, explique Jérôme Gérard, secrétaire général de la Fédération Sénégalaise de Rugby (FSR). Le vainqueur du groupe B, que l'on connaîtra en fin de semaine, sera dans le groupe A l'an prochain. La particularité, c'est que ce groupe A, en 2014, sera qualificatif pour le Mondial en Angleterre l'année suivante : le vainqueur rejoindra directement l'Afrique du Sud pour représenter le continent, tandis que le finaliste jouera lui un match de barrage contre une équipe européenne. »
Deux places potentielles donc, mais un seul billet pour le groupe A cette année. L'un des deux finalistes de l'édition 2010 – la Namibie et la Tunisie –, au moins, restera à la maison en 2015.



Grande première pour la télévision sénégalaise

Botswana-Tunisie sera donc le match d'ouverture de la compétition. Le maigre public se lève pour les hymnes. Au milieu des gradins, on repère quelques notables du rugby sénégalais. Une large colonie de Toubabs – les Blancs européens – amateurs de ballon ovale est installée à leurs côtés, bientôt rejoints par la fanfare militaire.
Au coup d'envoi, une première classe d'école primaire, t-shirt blanc sur le dos, fait son entrée dans le stade, donnant enfin un peu de vie à la tribune.

Le jeu est plaisant, les impacts sont francs. Et déjà la Tunisie, qui a connu « un coup de moins bien » après les troubles politiques récents, semble prendre le dessus. La première pénalité obtenue par les Rouges et Blancs à la cinquième minute de jeu donne le ton : aux 22 mètres, excentrée à droite, les Tunisiens choisissent de botter en touche. Le jeu, toujours le jeu.

Les joueurs d'Afrique du Nord se heurtent à une défense généreuse et compacte. Avant de se faire sanctionner en contre par le Botswana, après une belle percée de son trois-quarts centre James Harris. Le jeune public, qui découvre le rugby avec les commentaires assurés au pied levé par un bénévole, se lève pour le premier essai de la rencontre. Changement de score sur le panneau d'affichage en bois.

Côté terrain, la Tunisie ne s'affole pas et renverse facilement la situation. Elle a depuis longtemps fait son retard (28-7) quand l'IRB improvise une sirène à coups de vuvuzela dans le micro. La tribune commence à se remplir et les percussions rythment les dix minutes de pause. Au retour des vestiaires, le rouleau-compresseur tunisien se remet en route. Les Aigles de Carthage aplatissent leur septième essai à peine l'heure de jeu passée.
Enfin, à la 80e minute de jeu, c'est la délivrance. Des cris, des applaudissements : les Lions de la Teranga font leur entrée sur la piste d'athlétisme pour l'échauffement. Tous les regards se braquent sur ces héros que personne ne connaît. Même l'homme de terrain de la télévision nationale sénégalaise, la RTS, semble avoir oublié le match voisin et on s'amuse, au coup de sifflet final, de le voir désespérément chercher le sélectionneur tunisien. « Vous ne l'auriez pas vu ? Vous savez à quoi il ressemble ? ». A défaut d'entraîneur, il trouvera le capitaine ; heureux (43-12). Un moindre mal.

Il faut dire que le journaliste à une excuse valable : les deux matchs du jours sont les deux premiers jamais enregistrés par les caméras de la RTS. « La direction de la chaîne nous a averti au dernier moment. Ils n'ont jamais filmé de match de rugby, seulement quelques essais à l'entraînement d'hier, glisse Guédel Ndiaye, le président de la fédé nationale. On espère que Botswana-Tunisie leur a servi de rodage pour la rencontre du Sénégal : on attend beaucoup de cette retransmission ! »



Renouveler la performance de l'an dernier

Il est 16 h 30 quand Sénégalais et Namibiens font leur entrée devant les 5000 spectateurs d'un stade Iba Mar Diop bondé. Maillot rouge, marqué d'un lion jaune et d'un baobab, les quinze Lions s'alignent épaule contre épaule.
Leur attente est immense. Mais, comme eux, leur sélectionneur français Jean-Marc Foucras sait pertinemment que les deux formations « ne jouent pas dans la même cour ».
« On n'est pas dans la même logique. Les Namibiens, présents lors des quatre dernières jouent une carte importante dans la perspective de la qualification pour la Coupe du monde 2015. Ils ont le couteau sous la gorge et se sont donnés les moyens de se préparer en effectuant un stage de huit jours en Afrique du Sud alors que, de notre côté, nous avons fait trois jours à Montalier, près de Bordeaux, avec seulement un tiers de l'effectif, explique l'ancien technicien du Castres Olympique (1995-96). On est dans l'amateurisme quand eux sont dans une logique professionnelle. »

Il le sait pourtant : depuis son arrivée à la tête des Lions de la Teranga, en 2005, le Sénégal est passé de la dix-huitième à la septième sur l'échiquier africain. Une progression exponentielle qui a permis, l'an dernier, d'entrevoir l'exploit contre cette même équipe de Namibie. La défaite – de deux petits points (18-20) –, bien que douloureuse, a été porteuse d'espoirs.
Version 2013, malgré une température qui dépasse allègrement la barre des 30 degrés à l'ombre, l'affiche tient à nouveau ses promesses. Vent dans le dos, la Namibie fait la course en tête face à un Sénégal qui peine à concrétiser, la faute à quelques ballons relâchés et à un jeu au pied parfois défaillant. Heureusement pour les Lions, Aldric Folliot, centre de Castanet-Tolosan (Fédérale 1) ne tremble pas et permet aux siens de rester à distance respectable de l'adversaire du jour. À la pause, le Sénégal est mené de six points (6-13).
Ravi du spectacle, les jeunes spectateurs font énormément de bruit. Autant que pour un match de football, c'est dire. Rien n'est encore perdu pour leurs favoris, qui le leur rendront dès le retour des vestiaires. Mettant la Namibie à la faute, les locaux réduisent le score une première fois (9-13, 43e). Puis une deuxième (12-16, 55e).
Mais à l'heure de jeu, tout bascule. Réduits à quatorze par deux fois, les Sénégalais plient sous les coups de boutoir du XV namibien. Trois essais en quinze minutes donnent au score une ampleur inattendue (12-35). Imméritée même, au vu de la prestation des Lions, usés physiquement.

« Développer le rugby dans les régions »

Sur les écrans de télévision aux images usées, les joueurs sénégalais restent hagards. Comme sonnés de ne pas avoir réussi un exploit pourtant quasi-inimaginable. Après avoir été confronté à une foule de caméras et de micros, du jamais-vu pour un match des Lions, Jean-Marc Foucras reste mesuré : « À partir de la 60e minute de jeu, on a explosé. On était trop affaiblis sur le secteur de la mêlée pour pouvoir rivaliser. Et comme physiquement on subissait, on a raté énormément de plaquages. À partir de là, malgré tout le courage qui a été celui des joueurs, impossible de battre la Namibie. Même s'il y a de la déception aujourd'hui, la logique est implacable. »
Surtout, le sélectionneur et son adjoint Léon Loppy (entraîneur des cadets du Pays d'Aix RC) veulent prendre le temps de bâtir un socle de travail solide. « On est dans une logique de progression, souligne le Castrais. Il y a deux ans, on était dans le groupe C, donc rester dans les huit premiers est déjà un point positif. »

Le réservoir de joueurs sénégalais est aujourd'hui limité. Avec un vivier de seulement « 650 à 750 licenciés », répartis dans une douzaine de clubs sur Dakar, Jean-Marc Foucras s'appuie énormément sur les Sénefs, les Sénégalais de France. Au total, ils représentent 21 des 23 sélectionnés et quatorze des quinze titulaires contre la Namibie. « Les Sénefs évoluent dans le championnat de France, ils ont des compétences techniques et tactiques supérieures. Quand je suis arrivé ici, les joueurs commençaient le rugby à vingt ans. Maintenant, ce serait intéressant de commencer à avoir des jeunes issus de la formation locale, parce que je suis convaincu qu'ils seraient capables de faire au moins aussi bien dans l'investissement et dans le travail physique. Ça, ça ne fait aucun doute. Il ne reste qu'à parfaire leur culture rugbystique ! ».

Un travail de développement du rugby auquel s'attelle justement Guédel Ndiaye, le président de la FSR. « La situation du rugby au Sénégal progresse d'année en année. On développe de plus en plus le rugby dans les régions, grâce aux partenariats qu'on noue avec les sponsors locaux, mais aussi avec beaucoup de villes et d'associations françaises. » Une Maison du rugby a ainsi été mise en place à Dakar avec le soutien de la principauté de Monaco. Un centre de formation qui devrait être reproduit dans d'autres régions, avec l'aide financière et administrative – entre autres – des Apprentis d'Auteuil ou des Enfants de l'Ovale, l'association de l'ex-international Philippe Sella.
Des actions nécessaires au développement du rugby, mais qui semblent bien dérisoires face aux hégémonies du football et de la lutte dans la culture sportive nationale. Pourtant, les cultures peuvent évoluer très rapidement dans un pays qui s'ouvre sur le monde.

La présence des caméras de télévision y fera certainement beaucoup. La disponibilité et la notoriété naissante des joueurs, devenus héros du pays le temps d'une journée, sera elle indispensable. À l'image du capitaine Steeve Sargos, toujours pas rentré aux vestiaires près d'une heure après le coup de sifflet final, le XV sénégalais s'est découvert un nouveau public. L'arrière de Saint-Jean-d'Angély (Fédérale 1), qui voulait faire « un joli cadeau à tous ceux qui nous ont soutenu », aura tenu parole quatre jours plus tard. Le Sénégal pulvérisera le Botswana, 41 à 5. Les Lions de la Teranga ont désormais un nouveau visage.



Sylvain Moreau
Sylvain Moreau
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