6 Nations : Que retenir de l’édition 2019 du XV de France ?

6 Nations : Que retenir de l’édition 2019 du XV de France ?
6 Nations : Que retenir de l’édition 2019 du XV de France ?
Retour sur le Tournoi des 6 Nations 2019 du XV de France, avec quelques petits sauts dans le futur en vue du Mondial.

Le temps passe, et passe, et passe, et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s'imaginer que le temps se serait si vite écoulé. Et maintenant ? On fait le bilan, calmement en s'remémorant chaque instant. J’ai piqué ces phrases à Jacky et Ben’j des Neg’ Marrons. Groupe d’hip hop à succès dans les années 2000 avant de revenir sur les devants de la scène en 2016. Comme un certain Bernard Laporte. Comme par hasard.

Le VI Nations s’est terminé par un match de folie entre Ecossais et Anglais, nous prouvant qu’on peut vraiment rivaliser avec le haut niveau tout en finissant avant-dernier. Quatrième. C’est à cette place qu’ont terminé les hommes de Serge Simon et de Jacques Brunel. Les plus optimistes diront qu’on échoue au pied du podium pendant que les plus réalistes auront bien vu qu’on a fait de l’huile pendant tout le tournoi. Bon et avec tout ça on en est où ?

I) Points statistiques

Bien. Avant de se lancer dans le bilan des Bleus, j’ai recueilli quelques statistiques. Comme ça, c’est cadeau.

  • 12 : Le nombre d’essais marqués par les Tricolores en 5 rencontres. Dont 4 pour Yoann Huget. Attention, le toulousain marque 1 essai sur 3 pour les Français. C’est un plan de jeu non ?
  • 2094 : mètres gagnés. Qui a dit qu’on n’avançait pas un radis ?
  • 18 : Défenseurs battus. Pour Yoann Huget (encore lui), meilleur Français devant Dupont qui lui franchit plus (8 fois). Bamba est 3e avec 14 défenseurs battus. Solide.
  • 51 : pénalités concédées. Discipline, discipline braillait un ancien sélectionneur à l’époque.
  • 55 : % de réussite au pied. Dans l’exercice du but, nous n’étions pas non plus en veine. Les vainqueurs de ce tournoi carburent à 83%, eux.
  • 7 : ballons récupérés par Mathieu Bastareaud juste devant Antoine Dupont (6).
  • 1 : drop marqué par Romain Ntamack contre l’Italie le propulsant en tête du classement devant ses adversaires qui pointent à 0. Le grandisse.
  • 1 aussi : victoire à l’extérieur sous l’ère Brunel et en Italie, dans un véritable Brunelico, faisant grimper son nombre de victoires à la tête de l’équipe fanion à 5. Sur 16. La roue devrait bientôt tourner.
  • 70 : plaquages effectués par le seconde ligne Félix Lambey dans le tournoi. Un abattage qui fait du bien à cette équipe de France.

Des chiffres qui montrent « qu’on a rivalisé avec le haut niveau, on a montré du caractère » pour parafer le discours du sélectionneur. Mais si on regarde de plus près, 12 essais et 93 points marqués, contre 15 essais et 108 points encaissés. En 5 matchs. Soit une moyenne de 19-22 sur l’ensemble du tournoi. Ça ne veut rien dire comme stat mais c’est rigolo parce que c’est un score où on rivalise vraiment contre l’équipe d’en face. Bon après ça reste une défaite. Après de tout ça, faites-en ce que vous voulez.

II) Une jeunesse au pouvoir

Voilà l’image qu’il faut retenir de cette édition 2019. Une confiance envers des jeunes qui ont apporté toute leur fraîcheur et en tenant leur rang qui plus est.

Ils sont 7. Bamba, Lambey, Alldritt, Dupont, Ntamack, Penaud et Ramos. Le plus jeune a 19 ans (Ntamack) et le plus vieux a 25 ans (Lambey). Quasiment un par ligne. Alors bien sûr, ils n’ont pas pu tenir à eux seuls leur équipe à bout de bras, mais aucun d’entre eux n’a réellement défailli dans les joutes internationales. Demba Bamba a été solide pour un joueur venant de Pro D2. Lambey s’est démené en défense et a proposé des choses intéressantes balle en main. Alldritt a apporté de la mobilité en troisième ligne centre derrière un Picamoles qui semble essoufflé. Dupont a tenu son rôle de dynamiteur. Ntamack a essayé de montrer la voie par son alternance. Penaud a été très explosif et a fait jouer les siens dans son sillage. Ramos a prouvé son insouciance à un poste pas évident qu’est le numéro 15. Ce n’est qu’un ressenti du point de vue d’un supporter, mais c’est ce que ces gars ont dégagé sur le pré.

6 Nations 2019 - Félix Lambey se glisse dans l'équipe type malgré la déroute en IrlandeSi je devais choisir un bonhomme parmi tous ? Félix Lambey sans hésiter. Archi présent sur la pelouse, véritable guerrier, bandeau vissé sur les yeux, mais aussi adroit avec ses mains. Il a su prouver rencontre après rencontre que jouer seconde ligne au niveau international, ce n’est pas mesurer 2m10 et pointer 130 plombes sur la balance, avec des biceps pouvant soulever des Twingos. Il faut aussi avoir une tête, si si on peut. Et de la lucidité aussi. Et ça il n’en manque pas le Lyonnais, en témoignent ses analyses d’après match emplie de réalisme venant nuancer les paroles aseptisées de ses pairs. « Ça ne sert à rien de se mentir, aujourd’hui, on est à notre place dans le deuxième wagon européen. » J’aime décidément beaucoup ce joueur.

III) Aucune certitude réelle

D’accord, ces jeunes-là ont fait le taff pour ce Tournoi. Mais pas complètement, compte tenu des résultats. « Vous me l’accorderez », comme dirait l’autre. Toutefois, ils ne sont là que depuis peu. Ces 5 rencontres avaient pour objectif de se mesurer à ce qui se fait de mieux en Europe. Même si tout est relatif, la Géorgie pousse fort derrière. Et de construire les bases d’un groupe qui s’envolera pour le Japon à la fin de l’été. A l’heure actuelle, qui a validé son ticket ? Pas grand monde. Qui est en danger ? A peu près tous, staff y compris. On ne pourrait pas ajouter 2, 3 matchs histoire de se tester un peu plus ? Il y a bien des jours fériés à utiliser, on se servira des clubs comme sparring partner et tous les bénéfices iront au rugby amateur. Allez.

Dans le camp de ceux qui feront la Coupe du Monde, on peut mettre Yoann Huget. Contestable au vue de son match à Twickenham et toutes ses prestations défensives mais force est d’avouer (moi-même je l’ai beaucoup critiqué) que quand ça score, il flaire le bon coup. Opportunisme ou réel talent ? A vous de voir. Mais c’est notre meilleur marqueur pour le moment. Avec lui, Arthur Iturria. Il aurait pu figurer parmi la jeunesse montante, mais il a tout d’un cadre de cette équipe de France du haut de ses presque 25 ans. Espérons que son franc parler ne lui fera pas défaut d’ici le mois de septembre. Autre joueur ayant marqué des points auprès de son sélectionneur, Baptiste Serin. Curieux pour un joueur ayant majoritairement pris sa place sur le banc. Oui mais il ne fait pas de vagues, mieux encore, il ne se troue pas lorsqu’il fait son entrée. Enfin, pas trop.

Dans le camp de ceux qui peuvent serrer les fesses parce qu’ils sont plus sûrs de voir Serge Simon démissionner que d’être assurés d’affronter l’Argentine dans quelques mois, ils sont pléthores. Guilhem Guirado, capitaine dont la légitimité est remise en question. Vahaamahina, pourtant cadre de cette équipe, n’était pas dans le groupe à Rome pour des raisons plutôt inévidentes. Bon, il y a quand même de fortes chances qu’ils y soient, à moins d’appeler Jacques Brunel à 2h du mat’ pour lui dire qu’à chaque fois qu’ils venaient en Italie ils lui mettaient la fessée. Peu crédible.

Au centre de l’attaque l’interrogation est majeure. Wesley Fofana risque de se blesser 34 fois entre temps. Gaël Fickou pourrait être encore meilleur au Stade Français, le rendant encore plus plausible à l’aile. Geoffrey Doumayrou pourrait commencer à battre des défenseurs. Camille Lopez et Morgan Parra, à la charnière, gagneraient à écrire un poème en l’honneur de l’équipe dirigeante pour s’excuser d’avoir été méchants. Du coup, ça nous fait 12 certitudes dans un groupe de 31 joueurs pour la coupe du monde.

XV de France : Sofiane Guitoune doit-il jouer la Coupe du monde 2019 ? Plus que 23 autres à trouver, on est larges. Allez je vous aide : Priso, Bourgarit, Chat, Gomes Sa, Atonio, Jedrasiak, Palu, Macalou, Cros, Babillot, S. Tolofua Iribaren, Retière, Carbonel, Guitoune, Chavancy, Vakatawa, Barassi, Thomas, Grosso, Nakaitaci, Hamdaoui et Caminati pour que le groupe vive bien. Je balance ça comme ça, pêle mêle, servez-vous.

IV) Derrière ça pousse

Eh non, je n’ai pas posé des noms comme ça sans éclairer un peu plus votre lanterne. Qui aurait le plus de chance de prétendre à une convocation prochaine ? Je ne suis pas dans la tête du sélectionneur, mais certaines performances crèvent les yeux.

  • Paul Jedrasiak : Blessé en fin de saison dernière, il a retrouvé le chemin des terrains en novembre dernier. Depuis, il a disputé environ 13 rencontres avec les jaunards de l’ASM pour 5 essais marqués. Alors qu’il joue seconde ligne. Mais il n’est pas que mobile, il sait aussi remuer de la viande dans la pure tradition. Il pourrait être une belle alternative au duo Vaha/Lambey.
  • Selevasio Tolofua : Dans la lignée de la cure de jouvence du Stade Toulousain, il est en train de s’imposer comme un vrai patron au cul de la mêlée rouge et noire. Un talent brut évoluant sous l’aile de l’expérimenté Jerome Kaino. Les entraineurs aussi jouent bien le coup en ne le grillant pas trop vite et en nous permettant par la même occasion de revoir les slips de Gilian Galan sur les terrains de France.
  • Sofiane Guitoune : Elle est là la pépite qu’attend le XV de France. Toujours sélectionné à l’aile, c’est avec le numéro 13 qu’il se fait remarquer. Sofiane au Stade Toulousain c’est 24 matchs, 23 comme titulaire, 1766 minutes jouées et 12 essais. Star. Pendant que la France galérait en Italie, lui enquillait un triplé contre le LOU, en 40 minutes, tranquille.
  • Virimi Vakatawa : Les experts n’ont pas souligné le manque de créativité de l’attaque bleue ? Des difficultés pour franchir et marquer des essais en première main ? Comme son homologue, selectionné à l’aile c’est au centre qu’il crève l’écran aux côtés de Henry Chavancy. 122 mètres gagnés, 3 franchissements et 8 défenseurs battus ce week-end. « Ouin, ouin, Basta et Doumayrou eux ils plaquent. »
  • Teddy Thomas : Le seul Racingman qui a les faveurs du sélectionneur n’est pas celui qui aime le plus le jeu de baballe. Son copain des Hauts de Seine lui, il aime ça. Des lacunes en défense d’accord, mais on s’est tous déjà défilé quand un gros arrivait en face. Teddy a.k.a double T comme le dit sa célébration. Et il a marqué 9 essais en 11 matchs. Presque 1/match, Jean Baptiste Elissalde se prend le pouls devant ces chiffres.

Je pourrais parier une petite pièce sur Grosso ou Nakaitaci pour la surprise du chef.

Je ne vaux pas mieux que quiconque en matière d’analyse rugbystique, mais l’état du rugby français, à l’aube d’une échéance importante dans quelques mois, saute aux yeux. Des incertitudes en pagaille, une équipe qui avance dans le brouillard, des dirigeants qui voient le navire couler mais se bouchent les oreilles en criant « LA LA LA LA LA LA LA » quand on tente de leur faire remarquer. L’horizon est bouché, mais comme le dit Carl Fearns, numéro 8 lyonnais (et anglais !), le poste de sélectionneur français est le plus attractif du rugby mondial. En apportant quelques petits changements vous passerez pour un génie.

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