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Champions Cup en trompe-l’œil : le (gros) danger est ailleurs pour l’UBB

L’UBB brille en Europe mais peine en championnat. À l’approche du Tournoi, la gestion de l’effectif devient capitale.

Thibault Perrin 31/01/2026 à 16h00
Bordeaux entre dans le tunnel hivernal. Et comme souvent, tout se jouera sur la gestion de l’effectif. Crédit image : Screenshot beIN SPORTS
Bordeaux entre dans le tunnel hivernal. Et comme souvent, tout se jouera sur la gestion de l’effectif. Crédit image : Screenshot beIN SPORTS

Une UBB qui souffle le chaud et le froid

À l’orée du coup d’envoi du Tournoi des 6 Nations 2026 et de la période toujours délicate des doublons, l’Union Bordeaux-Bègles pointe à la 6e place du Top 14. Un classement correct, mais qui contraste avec la dynamique européenne : quatre matchs, quatre victoires, 20 points pris et un parcours parfait en Champions Cup.

Pourtant, la période qui s’ouvre est capitale. Historiquement, Bordeaux a déjà payé cher des hivers mal négociés. Personne n'a oublié la finale de TOP 14 perdue 59 à 3. Cette fois encore, la gestion de l’effectif sera au cœur de l’équation. D'autant que beaucoup de joueurs vont manquer à l'appel.

Et non des moindres : Jalibert, Bielle-Biarrey, Moefana, Depoortere... c'est toute la ligne d'attaque girondine ou presque qui est avec le XV de France. Et quand on voit son rendement cette saison, Bordeaux peut nourrir quelques inquiétudes.

53 essais : les chiffres de l'attaque bordelaise donnent le vertige, mais attention au risque de chutes cet hiver

Laussucq pose le décor : un problème connu

Invité de l’émission 100 % UBB sur les ondes d’ICI Gironde, l’entraîneur de la défense Christophe Laussucq a mis des mots sur un 'problème' bien identifié. “Quand on voit les cadences de nos joueurs par rapport à un Irlandais, un Néo-zélandais, nos concurrents au niveau mondial, il y a des cadences qui sont supérieures, c’est une évidence.” Un constat lucide, partagé par beaucoup de staffs du Top 14.

La saison passée, la rotation avait globalement porté ses fruits avec un titre en Champions Cup et une nouvelle finale de TOP 14 lors de laquelle les Bordelais avaient poussé les Toulousains dans leurs retranchements. Cette année, les blessures et les absences compliquent sérieusement la donne.

La gestion, nerf de la guerre moderne

Ce discours n’a rien d’anodin. Le rugby de clubs français reste pris en étau entre densité du calendrier et exigences de performance. Laussucq le reconnaît sans détour via rugby-scapulaire : “Il y a toujours des choix à faire, des discussions dans le staff.Reposer un cadre, c’est parfois perdre en efficacité immédiate. Le faire jouer, c’est risquer de le perdre plus tard.

L'an passé, l'ailier tricolore Louis Bielle-Biarrey avait terminé la saison fatigué et rincé. Son rendement n'avait pas été le même. Notamment en finale. Cette saison encore, LBB accumule les essais... mais aussi les minutes. Le staff avance donc à vue, sans certitude absolue. “Honnêtement, on n’a pas la vérité.” Cette phrase résume parfaitement le dilemme permanent des équipes ambitieuses du Top 14.

A titre informatif, Louis Bielle-Biarrey compte déjà 1263 minutes de jeu toutes compétitions confondues. Quand James Lowe, ailier de l'Irlande et du Leinster, est seulement à 720 minutes.

L’exemple irlandais qui fait réfléchir

La comparaison avec l’Irlande revient comme un leitmotiv. “Si vous regardez les temps de jeu des Irlandais, ils finissent les saisons à 1600, 1800 minutes pour les joueurs internationaux.” En France, ces chiffres explosent. Entre championnat long, phases finales, coupes d’Europe et sélection, certains cadres flirtent avec la zone rouge dès le printemps. Bordeaux n’échappe pas à la règle. Et quand les rotations deviennent impossibles faute de profondeur ou de joueurs disponibles, la fraîcheur s’évapore vite.

Loin de Toulouse et de Pau, l’UBB n’arrive pas à enchaîner en Top 14

Un hiver qui pèsera lourd au printemps

C’est là que tout se joue. Les points pris ou perdus pendant le Tournoi comptent double au moment de faire les comptes. Laussucq le sait : “On sait qu’il y a des joueurs qui ne pourront pas enchaîner les 26 matchs de Top 14 plus les 4 de plus de phases finales.La question n’est donc pas de savoir s’il faut gérer, mais comment. Mieux vaut-il sécuriser une qualification quitte à arriver émoussé, ou accepter quelques accrocs pour viser plus haut en mai ? Le tout, en cherchant à décrocher cette qualification directe pour les demi-finales si importante pour tenter d'aller chercher un premier titre.

Pour l’UBB, l’enjeu est clair. Une mauvaise gestion maintenant pourrait coûter une place directe en phases finales, voire une dynamique européenne. Si Bordeaux s'est assuré de recevoir tous ses matchs couperets, il n'empêche qu'il faudra les jouer et enchaîner 8e, quart, demie voire finale. Autant de minutes en plus qui pèseront à la fin de l'exercice.

Du côté des joueurs, c’est aussi une question de longévité et de performance individuelle, notamment pour ceux qui visent les Bleus. Le cas Penaud, non retenu pour préparer le match contre l'Irlande montre clairement que le statut n'assure pas une place à Marcoussis. On peut être le meilleur marqueur d'essais de l'histoire des Bleus et rester à la maison.

Plus largement, ce débat illustre encore une fois le décalage structurel entre le modèle français et celui des nations concurrentes. Tant que le calendrier restera aussi dense, les clubs devront jongler avec le risque. Bordeaux avance sur un fil, entre ambition et prudence. L’hiver est là, les doublons aussi. Et comme souvent en Top 14, ce ne sont pas seulement les plus forts qui survivront, mais les mieux gérés.

Avec un nouveau 20/20, l’UBB bat un record historique en Champions Cup !

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