Christian Beaussier, ce jeune racingman qui oeuvre pour le rugby en Islande
Christian Beaussier, ce jeune racingman qui oeuvre pour le rugby en Islande.

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Découvrez l'histoire de Christian Beaussier, jeune joueur au Racing-Métro qui joue en équipe nationale d'Islande et s'y investit pour développer le rugby.
Christian Beaussier a 19 ans, il a commencé le rugby à l’US Metro. Ce troisième ligne aile a ensuite rejoint l’équipe Junior Crabos du Racing Metro 92 en début de saison dernière. Il a été Champion de France cette année même s’il a peu joué à cause d’une grosse concurrence. Il va donc retourner à Antony Metro 92 qui monte en Fédérale 2. Etudiant à Sciences Po Paris, il participe également aux rencontres universitaires. Ayant la double nationalité française et islandaise, il joue pour l’équipe d’Islande, et pour le club des Reykjavik Raiders durant l’été.

Comment t'es-tu retrouvé à jouer pour l'équipe d'Islande?

Je vais en Islande tous les étés pour voir ma famille et depuis que j’ai quinze ans pour travailler (jobs d’été). J’ai découvert par hasard la création de l’équipe de rugby au printemps 2011 par une connaissance, et je suis entré en contact avec eux par Facebook. Je suis venu aux entrainements et j’ai tout de suite été bien accueilli, même si je n’avais que quinze ans, car il n’y avait pas un gros effectif et que je jouais régulièrement au rugby.

Le pays dispose-t-il d’infrastructures de qualité dédiées au rugby?

L’équipe de Reykjavik s’entraine sur un terrain synthétique pas vraiment adapté à la pratique du rugby - les séances de plaquages laissent les genoux bien écorchés - emprunté au plus ancien club de foot de la capitale. En échange, l’équipe de rugby assure la sécurité des matchs de foot du club en question, soit sept personnes pour une dizaine de matchs pendant l’été. Le public est familial, donc faire la sécurité est un job plutôt tranquille qui revient juste à regarder un match de foot debout en croisant les bras avec un gilet jaune. Les expats ont su importer la culture rugby, inconnue en Islande, mais qui s’intègre très bien - surtout les troisièmes mi-temps. Mais il est impossible de construire quelque chose à long terme avec des expatriés : ceux-ci sont souvent assez âgés, avec des jobs prenants et une famille, et ils sont de passage ou du moins souvent hors du pays. Depuis cette année, on commence à n’avoir quasiment que des Islandais aux entrainements, ce qui est positif. En effet, pour que le sport s’implante dans le pays, il ne faut pas qu’il soit vu comme un sport réservé uniquement aux étrangers.
La fédération a acheté un terrain. Mais pour l’instant c’est une forêt islandaise, donc des arbustes d’un mètre de haut. Pour l’instant on dispute les matchs avec des cages de foot comme poteaux ou encore en bricolant des poteaux avec des morceaux de gouttières. Un vrai terrain devrait être dispo d’ici un ou deux ans.


Christian Beaussier, ce jeune racingman qui oeuvre pour le rugby en Islande

Depuis quand existe-t-il du rugby en Islande?

Le rugby est un sport récent mais en plein essor en Islande. Une dizaine de fans de rugby vivant en Islande - des expatriés britanniques et des islandais ayant découvert le rugby lors de leurs études à l’étranger - ont lancé le premier club en 2010 à Reykjavik.
Aujourd’hui on essaye d’attirer différents publics, en premier lieu, les jeunes. C’est pourquoi je me suis occupé de la communication - création et diffusion d’affiches, prise de photos, réalisation de vidéos promotionnelles sous-titrées en anglais et communication sur les réseaux sociaux.
Les Islandais utilisent énormément les réseaux sociaux, et sont très sensibles aux nouveautés. Le bouche-à-oreille va très vite, mais il est d’après moi indispensable de l’amplifier avec des vidéos, des poster et des photos. Cela a pour but d’attirer de nouveaux joueurs et des partenaires, mais aussi de faire connaitre le rugby en Islande. Pour faire simple j’essaie juste de rendre le rugby cool et à la mode en Islande.
On cherche aussi à attirer les handballeurs et basketteurs qui ne pratiquent leur sport que l’hiver, alors que le rugby ne se pratique que d’avril à octobre. En quelques semaines d’entrainements, ils deviennent de très bons joueurs de rugby. Mais ils sont réticents à franchir le pas. En effet ils ont peur de se blesser, car le rugby est trop souvent confondu avec le football américain, ou bien il souffre d’une réputation de sport violent et brutal - si tu tapes « rugby » sur youtube, les premières suggestions seront « bagarres ou fight ».

Que fais-tu à ton niveau pour changer les choses ?

J’essaie donc de casser cette image, en montrant à travers ces vidéos d’autres facettes du rugby. , on vise également les personnes pratiquant des sports exigeants physiquement : le fitness ou le cross-fit sont très populaires en Islande, les salles de sports offrant des tarifs extrêmement bas et des services de qualité. A travers certaines de mes vidéos, j’essaie de montrer la dimension physique du rugby et l’exigence individuelle : entretien du corps, préparation physique, cardio...
J’ai organisé quelques évènements, dont un tournoi de Beach Rugby sur l’unique plage de Reykjavik, qui a été un franc succès. Cela a permis au rugby de s’approprier un espace public, et d’aller à la rencontre de la population. Le Beach Rugby est très utile pour développer le rugby, car il est plus facile d’accès, photogénique et plutôt spectaculaire. On a fait des matchs full-contact et du touch, et même une initiation au rugby pour les plus jeunes, prémisse d’un stage d’été de rugby pour les enfants l’année prochaine, puis d’une véritable école de rugby d’ici quelques années. Tout ce travail de communication a aussi permis d’attirer les médias : on a eu plusieurs sujets dans les JT, et de nombreux articles et photos publiés dans les quotidiens. A court terme, ça ne permet pas de faire venir des dizaines de débutants aux entrainements. Mais cela motive les joueurs impliqués à multiplier leurs efforts. L’année dernière, au milieu du mois de juillet et donc à la pire période de l’année, on n’avait même pas l’effectif pour effectuer des entrainements décents. Aujourd’hui nous sommes toujours une vingtaine, même les soirs de matchs durant la coupe du monde ou bien lorsque le climat est très difficile. Je crois que cela a aussi créé une forme d’émulation. Il y a une rivalité avec le dernier club créé, et une saine concurrence s’est établie. Si au moins quelques Islandais parviennent à associer le mot rugby avec sa bonne définition, ce sera déjà une avancée énorme pour ancrer le sport dans ce pays.



Quelles sont les autres facettes de ton investissement en faveur du rugby en Islande ?

Je joue pour l’équipe nationale et pour le club de Reykjavik. Tout en jouant, j’essaie de donner des conseils à mes coéquipiers avant, pendant et après les matchs. Depuis cet été, je me suis investi davantage sur plusieurs aspects : les entraînements, la communication et l’organisation d’évènements.
Tout d’abord, j’assiste l’entraineur principal de l’équipe de Reykjavik et de l’équipe d’Islande. J’ai participé aux réunions destinées à définir les priorités - défense collective, défense individuelle, technique individuelle, communication et préparation physique - et j’ai proposé des exercices pour pallier ces lacunes. J’ai participé à la rédaction d’un Game Book, avec les touches, les codes et les combinaisons. J’ai tout simplement repris des éléments de ce que les différents entraîneurs ont mis en place dans les équipes où j’ai joué en France. J’organise aussi des entrainements de skills en petits effectifs, focalisés sur les passes et les coups de pieds.

Concernant la préparation physique, j’ai rédigé un échauffement type, je l’ai pris en vidéo pour que les joueurs puissent l’apprendre chez eux, et à chaque entraînement, une personne différente doit le diriger. C’est indispensable pour le rugby à sept : lors des tournois, on a tendance à se relâcher au fur et à mesure de la journée et à bâcler l’échauffement, et c’est à ce moment là que les blessures surviennent. Avoir toujours la même routine permet aussi de mieux rentrer dans le match, à la fois psychologiquement et physiquement. Le cardio est aussi une priorité, en particulier au VII. J’ai proposé de faire du 30/30 ou du 15/15 à la fin de chaque entrainement. Pour la musculation, on a plusieurs joueurs étudiants en médecine et passionnés bien plus compétents que moi, j’apprends beaucoup d’eux. Certains sont juste monstrueux.

Qu’est-ce qui te motive à t’investir autant ?

D’une manière générale, je suis convaincu que le rugby peut devenir un sport majeur en Islande en une dizaine d’année. Rugbystiquement, ce projet là me permet de réutiliser tout ce que j’ai appris depuis tout petit sur le terrain et de l’échanger avec d’autres. Cela me permet aussi de me faire de bons amis en Islande, d’entretenir ma pratique de la langue, et de voyager en Europe avec l’équipe nationale, tout en continuant à m’amuser sur les terrains de rugby. Je ne serais jamais allé - ou du moins pas avant un moment - à Riga, Prague ou Copenhague si je n’avais pas participé à des tournois européens avec l’équipe d’Islande. Il y a l’ambiance du rugby amateur très sympa, et on fait des rencontres assez extraordinaires : comme ces joueurs de l’équipe de Slovaquie, anciens hooligans barbouillés de tatouages ratés. Et puis quelques joueurs de l’équipe d’Islande sont videurs dans les bars de Reykjavik. C’est plutôt pratique vu que l’entrée est interdite aux moins de vingt ans...

Christian Beaussier, ce jeune racingman qui oeuvre pour le rugby en Islande

Où en est le rugby islandais aujourd’hui ?

L’accent est mis sur le VII, le XV a été un peu mis de côté après les deux premières années assez difficiles dues à un manque d’effectif. En effet, le XV demande beaucoup de travail collectif, il faut des années pour former un joueur complet de XV spécialisé à son poste, tandis qu’un sportif débutant le rugby peut être apte à jouer à VII plus que correctement après seulement quelques entrainements. En outre, un bon joueur de rugby à VII fait aussi un bon joueur de XV, l’inverse n’est pas toujours vrai. D’autant plus que le rugby à sept est très proche du handball ou du basket - sports pratiqués par beaucoup d’Islandais - dans les aptitudes et la vision du jeu, et qu’il est plus facile à regarder pour les spectateurs néophytes.
L’Islande est un petit pays, mais très dynamique, et les islandais sont très sportifs - regardez les résultats des équipes masculines et féminines de handball ou de football. Etant donné le gabarit massif de certains d’entre eux et les capacités athlétiques d’autres, le rugby est vraiment fait pour ce pays. D’autant plus qu’il y a un certain « Viking Spirirt » dans le rugby.
Il y a aujourd’hui trois clubs, dont un seul solidement construit. Une cinquantaine de personnes sont investies dans le rugby islandais à différents degrés. Le niveau est très hétérogène. Il y a des monstres physiques et des joueurs très rapides. Mais il y a de grosses lacunes techniques et tactiques.

La fédération est désormais reconnue par l’Association Rugby Europe (anciennement FIRA-AER), et l’équipe nationale a disputé ses premiers tournois officiels de Rugby à VII en 2013, au sein de la Division Nord 2B. On affronte des équipes Européennes comme la Slovaquie, l’Estonie, la Norvège, la République Tchèque, le Luxembourg, le Liechtenstein, la Lettonie, l’Azerbaïdjan, la Bosnie-Herzégovine, la Biélorussie...

Quelles sont les perspectives d’avenir pour le rugby en Islande ?

Etant donné l’insularité du pays, le rugby islandais a besoin d’échanges avec des acteurs extérieurs pour progresser. Premièrement, je souhaiterais faire venir des équipes françaises en Islande afin de disputer des matchs amicaux à XV, à VII et de beach rugby si le temps le permet.
Plusieurs équipes américaines, britanniques et même l’équipe d’un navire français en escale à Reykjavik, nous ont déjà visité pour des événements réussis. Deuxièmement, des voyages en dehors de l’Islande sont organisés pour les clubs Islandais et l’équipe nationale - à Copenhague, à Prague, à Riga, et aux Etats-Unis. Un séjour rugbystique en France pourrait être envisagé d’ici les prochaines années. Si vous êtes membre d’une équipe de rugby et que vous souhaitez découvrir l’Islande avec vos coéquipiers, n’hésitez pas à nous contacter. Le niveau requis oscille entre Honneur et bas de tableau Fédérale 3, comprenant Folklo et Corpo. La fourchette est large étant donnée l’hétérogénéité forte entre les joueurs. Pour vous donner une estimation des coûts, il faut compter entre 350 et 500 euros par personne pour le billet d’avion, l’hébergement et les principales accommodations.

Christian Beaussier, ce jeune racingman qui oeuvre pour le rugby en Islande
Jean Tafernaberry (Le Rugbynistère)
Jean Tafernaberry (Le Rugbynistère)
Cet article est rédigé par Jean Tafernaberry (Le Rugbynistère), un grand merci pour sa contribution ! Vous pouvez proposer des textes de deux manières :
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Très bon article

  • Loyam
    37059 points
  • il y a 7 ans

Super article. Quand le rugby ne se limite pas à quelques frontières.

  • Coq
    9439 points
  • il y a 7 ans

Bien cet article 🙂

L'Islande, avec 300 000 habitants - soit la moitié de l'agglomération toulonnaise - arrive à faire de belles choses.

J'y suis allé à plusieurs reprises pour de voyages photo, j'avoue que je n'aurais pas songé à y regarder du rugby. Très belle initiative en tous cas et bonne continuation !

Si vous souhaitez suivre l'actu du rugby en Islande, ou si vous êtes intéressés par un séjour rugbytique en Islande, voilà le lien vers la page facebook :

facebook.com/rugbyisland

  • ced
    100483 points
  • il y a 7 ans

de plus ce pays est magnifique, si je dois y aller ce sera plutôt pour la chasse et la péche, si on y ajoute le rugby ... ça pourrait être aussi chouette que chez moi

Un bon article sur un passionné qui déborde d'énergie et qui a une bonne vision de ce qu'il faut faire pour le rugby .. il voudrait pas venir faire une pige à la FFR ??

  • sha1966
    62626 points
  • il y a 7 ans

Encore un très bon article !!!

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