Pourquoi la mêlée argentine a-t-elle perdu de sa superbe ?

Pourquoi la mêlée argentine a-t-elle perdu de sa superbe ?
La mêlée de l'Argentine n'est plus aussi solide que par le passé.
Autrefois réputée sur la planète ovale, la mêlée argentine n'est plus aussi solide. Pour le sélectionneur des Pumas, c'est même devenu un point faible.

La mêlée argentine a longtemps été considérée comme une référence dans le monde rugby. Entre technique et grinta, les Pumas pouvaient faire plier n'importe quel adversaire. Une domination dans cet exercice si particulier qu'ils ont cependant perdu. Lors du dernier Rugby Championship, l'Argentine n'a ainsi remporté que 79 % de ses mêlées, là où les l'Australie et l'Afrique du Sud dépassent les 90 %. Quant à la Nouvelle-Zélande, elle fait honneur à sa place de première nation mondiale avec un 100 %. En septembre dernier via le Sydney Morning Herald, le sélectionneur argentin et ancien pilier Mario Ledesma n'hésitait pas à dire que la mêlée était passée "d’une force talismanique à son talon d’Achille".

Pourcentage de mêlées gagnées par l'Argentine dans le Rugby Championship : 

  • 2018 : 79 %
  • 2017 : 76 %
  • 2016 : 88 %
  • 2015 : 80 %
  • 2014 : 88 %
  • 2013 : 76 %
  • 2012 : 95 %

Comment expliquer ces difficultés ? Une partie de la réponse se trouve dans la qualité des adversaires. L'Argentine affronte chaque année ce qui se fait de mieux sur la planète ovale. Si l'Australie et l'Afrique du Sud ne sont plus aussi dominatrices que par le passé, le niveau est extrêmement relevé. De plus, les autres nations ont appris à s'adapter aux profils des joueurs argentins et à leur technique. Pour rappel, les internationaux argentins évoluent pour la grande majorité en Super Rugby au sein des Jaguares. S'ils gagnent en expérience, leurs adversaires savent aussi comment les affronter. Pour Omar Hasan, ancien pilier international passé par le Stade Toulousain, via La Dépêche, "les choses sont allées trop vite. On oublie que les Argentins ont intégré le Tournoi du Sud il y a huit ans seulement." Il explique aussi que les problèmes liés à la mêlée ne concernent pas que les Pumas.

Sur le point spécifique de la mêlée, il y a un problème de fond en Argentine. Après des accidents graves, la Fédération a demandé de ne plus disputer les mêlées. Il n’y a plus d’impact, ni de poussée en Argentine. 

Ces dernières années, plusieurs jeunes joueurs du championnat national ont été gravement blessés dans un laps de temps très court suite à des mêlées écroulées chez les amateurs. La fédération a décidé de créer une commission de sécurité. Elle a constaté que sur un total de 35 joueurs blessés lors des 51 dernières années, 18 l'ont été suite à une mêlée. Le plus souvent, en première ligne. Autre point inquiétant, l'âge moyen de blessés, 19 ans. Le rugby s'est rapidement développé en Argentine. Le nombre joueurs a augmenté et avec lui celui des blessures. En analysant 25 matchs de son championnat en 2016, l'UAR avait recensé 56 % de mêlée effondrées rapporte le site lanacion.

De nouvelles mesures validées par World Rugby ont donc été mises en place pour renforcer la sécurité des joueurs, limiter au maximum la "tricherie" qui serait responsable d'une grande partie des mêlées écroulées. Ainsi les mauvais placements sont plus durement sanctionnés. Les arbitres assistants sont autorisés à entrer sur le terrain côté opposé. Une tolérance zéro qui vise à promouvoir la stabilité et la rapidité des sortie de balle tout en réduisant le nombre d’effondrements et les mêlées refaites. Le talonnage est désormais obligatoire. Et la poussée est limitée à 1,5m avec une possibilité d'aller jusqu'à 5 mètres en cas de mêlée devant l'en-but. Pour Omar Hasan, ce n'est pas la bonne solution.

Pour moi, ce n’est pas en mettant un règlement différent qu’on réglera le problème des blessures, c’est en éduquant, en formant techniquement les jeunes. Je suis d’accord avec Mario Ledesma quand il fait jouer de jeunes piliers. Pour faire de bons piliers, il faut de la technique, de la détermination et de l’expérience. Elle ne peut être acquise qu’en jouant.