Faut-il sanctionner plus durement les demis de mêlée sur le point 15.17 du règlement World Rugby ?

Faut-il sanctionner plus durement les demis de mêlée sur le point 15.17 du règlement World Rugby ?
Morgan prend son temps pour jouer par-dessus.
Trop de temps perdu sur les coups de pied par-dessus du n°9 ? Les arbitres pourraient être amenés à respecter plus drastiquement le règlement de World Rugby.

Le saviez-vous ? Le point 15.17 du règlement de World Rugby est clair : “quand le ballon a été clairement gagné par une équipe dans un ruck, et est disponible pour être joué, l’arbitre ordonnera « jouez-le », après quoi le ballon doit être joué et quitter le ruck dans les cinq secondes qui suivent cette instruction.Cinq secondes, c’est donc le temps dont dispose le relayeur - généralement, le demi de mêlée - pour extraire la balle du ruck et l’envoyer vers son demi d’ouverture, ou jouer au pied.

S’il dépasse ces cinq secondes, le règlement est formel : l’équipe est sanctionnée, et perd le ballon, l’adversaire récupérant un mêlée.

Un point de règlement pas vraiment respecté par les arbitres : combien de fois ces cinq secondes sont-elles dépassées sans qu’une mêlée ne soit ordonnée ? C’est le sens de l’excellente enquête menée par le Telegraph, prenant comme point de départ la surprise du n°9 Andy Uren lors du dernier La Rochelle - Bristol (Challenge Cup), sanctionné pour ne pas avoir sorti le ballon à temps malgré la prévention de l’homme au sifflet. Le journal anglais s’est notamment intéressé de près au box kick, ou coup de pied par-dessus.

Le but d’un tel coup de pied ? Dégager son camp, mettre la pression… et permettre de récupérer le ballon en remportant le duel dans les airs. Or, l’organisation autour du demi de mêlée prend un certain temps. Un temps généralement supérieur à cinq secondes, à partir du moment où le cuir se rend disponible dans le ruck. Lors du ¼ de Champions Cup entre le Munster et Edimbourg, le Telegraph a ainsi noté que sur les 28 coups de pied par-dessus, 14 avaient été réalisés au-delà du temps imparti. Sans que M. Gauzère n’ordonne une mêlée.

On a voulu voir ce que donnait la même analyse, en Top 14, avec le choc de la 21ème journée opposant l’ASM Clermont Auvergne au Racing 91. Une rencontre terminée sur un match nul, 31-31.

Parra - Machenaud, cas d’école

Dans ce match, seulement trois par-dessus à recenser, dont deux ayant dépassé la limite des 5 secondes.

  • Morgan Parra (10’50) : 1 seconde pour taper après que le ballon se soit rendu disponible
  • Maxime Machenaud (20’29) : 12 secondes pour taper
  • Morgan Parra (44’33) : 15 secondes pour taper

Concurrents chez les Bleus, Parra comme Machenaud sont vus comme des demis de mêlée gestionnaires. “Lents” dans leur animation, peut-on souvent lire à leurs propos. Une chose est sûre : bons joueurs de pied, le box kick est une de leurs armes.

Analysons, image par image, le cas litigieux de Machenaud.

C'est à 20'29 que le ballon se rend disponible après un bon déblayage des Franciliens. Henry Chavancy vient se positionner dans l'axe du ruck, pour éviter une contre-poussée auvergnate, et permettre à Machenaud de se dégager sereinement. M. Charabas attend deux secondes (20'31) pour ordonner au n°9 de jouer.

Mais Machenaud prend son temps, et demande à deux de ses avants (ici, Tameifuna et Joseph) de se positionner à la queue-leu-leu, dans l'axe, en se liant à Chavancy. Le but ? Offrir plus de confort (et de temps) à Machenaud pour se dégager, la ligne de hors-jeu étant représentée par les derniers pieds (ici, Joseph). Pendant ce temps-là, le chrono défile.

Notez le positionnement du Clermontois Paul Jedrasiak, prêt à monter pour le contre.

Le chronomètre affiche 20'41 quand Machenaud dégage enfin. Soit 12 secondes après que le ballon se soit rendu disponible. Mais ici, ce qui compte, c'est l'indication "jouez-le" de M. Charabas, intervenue à 20'31. Alors, sanction ou pas ? Si le règlement est strictement respecté, l'arbitre aurait dû ordonner une mêlée pour Clermont, Machenaud ayant dépassé les 5 secondes accordées.

Paradoxalement, les précautions des Racingmen n'auront servi à rien, Jedrasiak contrant le coup de pied.

Analysons, image par image, le cas litigieux de Parra.

Le ballon semble se rendre disponible à 44'33. La défense du Racing (Tameifuna à gauche du ruck ; Palu à droite) se positionne déjà sur la ligne, prête à monter.

Mais comme Machenaud précédemment, Parra souhaite faire venir deux de ses avants dans la zone pour se prémunir d'un contre. Timani et Slimani arrivent à la rescousse, la ligne de hors-jeu étant placée sur la ligne de pied du pilier internationale tricolore. 

M. Charabas, lui, n'a toujours pas demandé à Parra de jouer.

C'est à 44'45 qu'il lui demande (enfin) de jouer. Parra s'éxécute, trois secondes plus tard. Dans les règles. Mais quinze secondes après que le ballon se soit réellement rendu disponible.

Conclusion

Peut-on blâmer les arbitres pour ne pas respecter à la lettre le point 15.17 du règlement ? Les puristes répondront par l'affirmative. Mais les officiels s'adaptent aussi à un jeu que les instances veulent de plus en plus spectaculaire. Où le temps de jeu effectif se doit d'être de plus en plus élevé. Que penserait ces mêmes puristes si chaque ballon joué après la limite des 5 secondes débouchait sur une mêlée ? Pour reprendre l'exemple du dernier Munster - Edimbourg, 14 mêlées supplémentaires auraient été jouées.

Mais faire respecter cette règle pourrait aussi être une solution d'avenir pour World Rugby, quelques semaines après le symposium sur la santé organisé à Marcoussis. Obliger une équipe à jouer vite, c'est la forcer "à s'organiser plus rapidement", comme le rappelle le Telegraph. Voire la faire réfléchir à d'autres alternatives que le jeu au pied. Pour plus de jeu à la main, et plus d'espace sur le terrain ?


Retrouvez le dossier original du Telegraph ici.

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