News

''On ne veut pas en faire un Sud-Africain'', Galthié persiste et signe au-delà des critiques

Avant l’Irlande, Galthié assume ses choix : faire évoluer le XV de France sans trahir l’identité du joueur français.

Thibault Perrin 03/02/2026 à 13h30
Le jeu français évolue, mais garde son ADN. Galthié détaille les ajustements sans renoncer à l’identité tricolore. Crédit image : Screenshot France Rugby
Le jeu français évolue, mais garde son ADN. Galthié détaille les ajustements sans renoncer à l’identité tricolore. Crédit image : Screenshot France Rugby

Galthié assume, explique et prévient

En marge de l’annonce de la composition du XV de France pour l’ouverture du Tournoi des 6 Nations 2026 face à l’Irlande au Stade de France, Fabien Galthié a longuement pris la parole. Le sélectionneur est revenu sans détour sur les manques observés en novembre, notamment l’indiscipline sur les lignes de hors-jeu et l’équilibre attaque-défense.

Sans langue de bois, il a reconnu les failles, détaillé le travail engagé depuis dix jours, mais surtout martelé un message fort : il n’est pas question de copier les modèles étrangers. « On n’essaie pas de le faire devenir un Sud-Africain », a-t-il insisté, revendiquant une identité française construite depuis 2020.

‘‘On est la plus mauvaise équipe au monde’’, Galthié déballe sur les failles du XV de France

Novembre dans le viseur : des chiffres qui piquent

Galthié ne s’est pas caché. Les Bleus ont payé cher leur indiscipline à l’automne, notamment sur la ligne de hors-jeu. « C’est vrai qu’on a constaté de manière très simple […] qu’on était l’équipe la plus indisciplinée ou la plus sanctionnée sur la ligne de hors-jeu », a-t-il reconnu. Un constat chiffré, froid, implacable. Derrière, ce sont des pénalités concédées, des séquences défensives interminables et une pression constante dans les 22 mètres. Le staff a donc fait de ce point un axe de travail transversal, mêlant rugby pur, performance physique et préparation mentale. Un chantier lourd, car toucher aux réflexes défensifs, c’est toucher au cœur du jeu.

Comprendre le hors-jeu, au-delà du simple placement

Ce que Galthié décrit va bien plus loin qu’un simple rappel à l’ordre disciplinaire. Travailler la ligne de hors-jeu, c’est modifier la façon d’entrer dans le contact, la hauteur du plaquage, la vitesse de replacement après le plaquage et même la lecture collective des temps de jeu adverses. Quand le sélectionneur explique que « ça modifie aussi des éléments techniques sur le plaquage, la manière dont on aborde le contact », il met le doigt sur un point clé souvent mal compris. Une défense agressive mais mal synchronisée recule plus qu’elle n’avance.

L’objectif affiché est clair : maintenir les Irlandais loin des 22 mètres, non pas par excès de pression individuelle, mais par une structure collective plus propre. La réponse, Galthié le sait, ne pourra être que progressive.

« Pas le même métier » : Dupont met des mots forts sur la réalité brute des avants

L’équilibre, ce mot-clé qui résume tout

L’autre axe fort de son discours concerne l’équilibre du jeu. Les Bleus sortaient de novembre avec un paradoxe frappant : « meilleure attaque au monde, cinquième défense ». Sur le papier, cela flatte. Dans la réalité, ce n'est pas suffisant pour autant. Pour Galthié, le rugby ne se résume pas à la possession. « 50 % du temps, on a le ballon, 50 % du temps, on ne l’a pas », rappelle-t-il, presque pédagogiquement. Défendre, subir, gérer le jeu au pied adverse, c’est aussi du jeu. Un rappel presque culturel, tant le rugby français aime se raconter à travers le ballon vivant et les fulgurances offensives.

Ne pas copier, continuer à inventer

C’est sans doute le cœur idéologique de cette prise de parole. Galthié assume une ligne directrice suivie depuis sept ans : ne pas copier. « On n'a pas copié les modèles anglo-saxons. On a inventé notre propre modèle », martèle-t-il. Dans un rugby mondial souvent tenté par l’imitation des équipes qui gagnent, le staff tricolore revendique une construction interne, nourrie par le Top 14 et les académies françaises.

Dans un sport assez conservateur, comme le rugby, où on a toujours peur, entre guillemets, de modifier, de changer les lignes. Nous, depuis 7 ans, on n'a pas cherché à copier ce qui se faisait.

L’idée n’est pas de nier la réussite sud-africaine ou anglo-saxonne, mais de refuser de formater le joueur français pour qu’il ressemble à un autre. "On continue à travailler avec notre propre lecture, qui est liée, en fait, à l'identité du joueur français. Comment le joueur français se construit." Une philosophie qui demande du temps et des choix forts.

Une identité en construction, pas en reniement

À court terme, ce discours pose le cadre du match face à l’Irlande. Les Bleus ne seront ni totalement transformés, ni totalement corrigés. « Tout ne sera pas parfait », prévient Galthié. Mais l’intention est là : mieux défendre sans renier l’attaque, mieux respecter l’arbitrage sans perdre l’agressivité.

À moyen terme, cette continuité protège aussi les joueurs. Elle évite les virages brutaux et les messages contradictoires. C’est un signal fort : la France ne renonce pas à son ADN, même sous pression.

Composition France. Un XV très offensif qui en dit long sur les intentions face à l'lrlande

Jeudi soir, le Stade de France jugera sur pièces. Mais une chose est sûre : ce XV de France n’avance pas à tâtons. Il évolue, il ajuste, mais il ne se renie pas. Et dans un rugby de plus en plus normé, cette fidélité à l’identité du joueur français pourrait bien rester l’arme la plus précieuse des Bleus.

RNP
RNP

"On continue à travailler avec notre propre lecture, qui est liée, en fait, à l'identité du joueur français. Comment le joueur français se construit."


Ca y est après le "momentum" et la "flêche du temps", "le temps de circulation du ballon en l'air", "l'intensité combattue versus l'intensité courue". On a le nouveau gimick/joujou de l'année 2026 pour les journalistes : "l'identité du joueur français".


Ca va encore être lunaire. Espérons que les joueurs fassent redescendre tout le monde sur terre avec des choses simples et fassent du "petit bois" avec les irlandais et consorts.