Le salary cap démasqué
Le salary cap est-il un système viable ?

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Le rugby professionnel français s'apprête aujourd'hui à prendre un virage clef qui fera basculer notre sport dans une direction...On analyse les enjeux de cette situation.
Qu’est-ce que le salary cap ? Comment Toulon arrive-t-il à recruter autant de stars année après année ? Quelle est la position de la LNR ? Les gros budgets font-ils à eux seuls les grosses équipes ? Quelles sont les dérives de ce système ? Le rugby professionnel prend-t-il la direction du football ? C’est à toutes ces questions que notre dossier spécial va tenter de répondre…

René Bouscatel / Mourad Boudjellal : le clash qui a mis le feu aux poudres…

Cette semaine c’est parmi nos Flops que figuraient ces deux présidents. Respectivement patrons du Stade Toulousain et du Rugby Club Toulonnais , ces deux grandes figures du rugby français se sont échangés des amabilités avec en arrière-plan suspicions et polémiques. Des enfantillages sur la forme mais un échange terriblement symptomatique du malaise qui gangrène le rugby hexagonal dans le fond. Au cœur du problème, le salary cap et la financiarisation du rugby professionnel français dans sa globalité. Quand l’un reproche à l’autre de posséder des comptes offshores et de contourner les règles de la Ligue en blanchissant de l’argent, l’autre affirme que le modèle économique du rugby français depuis tant d’année est basé sur des magouilles et des non-dits. Ambiance… Si c’est l’inévitable Mourad Boudjellal qui s’est chargé de mettre le feu aux poudres par ses bons mots et son ton boudjellalien, la réponse du président toulousain a été cinglante et reflète les tensions qui existent entre les grosses écuries de notre Top 14. Bien au-delà du terrain et de l’aspect purement sportif, c’est en coulisses que se jouent les contours de notre championnat.

La DNACG, gendarme du rugby français

Comprenez Direction Nationale d’Aide et de Contrôle de Gestion. Cet acronyme revient régulièrement sur le devant de la scène et joue même un rôle majeur dans le destin de certaines clubs (parlez-en à Bourgoin ou Montauban qui nagent désormais en Fédérale 1…). Cet organe co-géré par la LNR et la FFR a en fait pour mission d’assurer le contrôle de gestion administrative, juridique et financière des clubs affiliés à la FFR. En somme c’est un peu le garde-fou qui empêche les clubs de s’endetter et qui permet au rugby professionnel français de vivre en bonne santé, bien loin du fair-play financier inapplicable en football.

Le salary cap : vertus et limites du système

Comme l’explique Midi-Olympique dans son édition de lundi, le salary cap est un modèle inspiré du fonctionnement des ligues américaines (NFL, NHL, NBA,…) qui plafonne la masse salariale des clubs ou franchises afin de préserver l’équité sportive. Instauré lors de la saison 2010-2011 en France, le salary cap est passé en deux ans de 8.1 millions d’euros à 9.5 cette saison de masse salariale autorisée. L’inflation étant limitée à 10% par rapport à l’année précédente. Si ce système permet dans l’idéal d’empêcher les magnats d’investir à outrance dans un club, dérive qui pourrait tuer tout enjeu sportif, la règle est contournable. En effet ce salary cap ne comprend pas tout ce qui touche de près ou de loin aux entraîneurs et surtout ferme les yeux sur les sommes versées par les sponsors et les partenaires du club, tout comme les primes à la signature ou les prolongations de contrat. C’est en outre ces leviers qui sont utilisés pour faire venir des stars mondialement connues, à la notoriété incontestable. Lors de la signature du joueur, certains sponsors vont offrir des compléments de rémunération via les droits à l’image du joueur. C’est un fonctionnement tout à fait légal qui permet à un joueur de revoir à la baisse certaines prétentions salariales mais de s’y retrouver largement financièrement.

L’exemple Daniel Carter

Lorsque la star néo-zélandaise débarque à perpignan en 2008 pour une pige de 6 mois, la planète ovale a alors les yeux rivés sur l’USAP et la France du rugby guette avec impatience les premières apparitions de l’ouvreur mythique des Blacks. 5 petits tours et puis s’en va puisqu’une blessure va le priver de la quasi-intégralité de la saison. Las, les Sang et or sont sacrés champions cette année-là, une première depuis 55 ans, et d’aucun loue l’investissement décisif du demi d’ouverture en marge du terrain. En parallèle c’est un coup financier sans précédent qui est réalisé par Paul Goze, alors président de l’USAP. Pour un salaire de 700 000€ / semestre, Carter devient alors le joueur le mieux payé du rugby à XV devant un certain Matt Giteau. Seulement ce salaire ne paraît pas non plus mirobolant quand on s’offre le meilleur joueur du Monde. En réalité Goze a été l’un des premiers à utiliser ces droits à l’image, profitant de la venue des sponsors pour financer un tel transfert. « Son contrat ne nous reviendra pas plus cher qu'un très bon joueur français. Il ne faut pas oublier, enfin, les retombées en termes d'image et de notoriété. Perpignan est désormais célèbre en Nouvelle-Zélande et à travers le petit monde de l'ovalie. La venue de Carter apporte un éclairage positif sur le club et sur la ville », appréciait à l’époque le président de l'USAP. Ce fonctionnement est d’une logique implacable : le joueur attire les sponsors et les sponsors permettent au joueur de venir. Le grand gagnant étant souvent le club. Depuis tous les ogres de notre championnat fonctionnent de la sorte pour faire de leur effectif une constellation de stars.

Quels sont les risques d’un tel système ?

Les risques sont principalement d’ordre sportif paradoxalement. Le nombre de joueurs capables d’attirer les sponsors et les partenaires est en effet réduit et ces joueurs se partagent entre 4 ou 5 clubs en France. La fracture sportive n’est alors plus très loin… Seules les grosses écuries peuvent actuellement se permettre un tel fonctionnement. Les budgets ne deviennent bien souvent que des spectres qui camouflent bien d’autres pratiques, légales à priori.

Le 9 Janvier prochain une réunion technique sera organisée au sein de la LNR pour permettre « d’y voir plus clair », selon les mots de Patrick Wolff qui présentera également un bilan de la mise en place de ce salary cap le 21 Janvier au comité directeur de la Ligue. Selon lui, cette démarche est dangereuse : « La stratégie d’un club comme Toulon, par exemple, pousse à l’inflation des rémunérations, ce qui provoque des tensions sur l’ensemble de la chaîne. Je le dis sincèrement, ce système nous mène tout droit dans le mur puisque l’an passé l’ensemble des clubs présentait un bilan déficitaire de 27 millions d’euros ». Résorbé par les augmentations de capital ou les abandons de créances, ce déficit montre bien que le rugby dérive inexorablement vers un modèle économique instable si cette course à l’armement est poursuivie. Alors enjeux sportifs supérieurs aux enjeux financiers ? C’est un virage qu’a choisi le football. C’est au tour du rugby de prendre sa décision.

C'est un débat qui a également été traité lors du Moscato show sur RMC :

Arthur Bourdeau
Arthur Bourdeau
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