Le XV de France réalise un début de Tournoi des 6 Nations 2026 particulièrement solide, avec notamment une victoire éclatante face au pays de Galles (54-12) après un succès maîtrisé contre l’Irlande (36-14). Deux rencontres où les Bleus ont inscrit 13 essais, tout en affichant une vraie constance défensive malgré des scores élevés, dans un rugby moderne de plus en plus porté sur l’attaque.
Dans ce contexte, Shaun Edwards, l’entraîneur de la défense tricolore, s’est confié à RugbyPass. Et le technicien anglais n’a pas caché son admiration pour la dynamique actuelle du groupe France.
Ce que j'ai constaté avec les Français, c'est que lorsqu'ils sont challengés, c'est là que vous voyez le meilleur d'eux-mêmes. Vous avez vu ce qui s'est passé récemment, certains joueurs incroyablement bons, des grands de tous les temps, ont été remplacés par des joueurs de 21 ans ; rien ne vaut cette pression permanente pour conserver sa place.
Un XV de France qui grandit sous pression
Ce que souligne Edwards, c’est d’abord la capacité de cette équipe à élever son niveau quand elle est mise sous tension. Le staff a injecté de la jeunesse, parfois au détriment de cadres installés. Et loin de fragiliser le collectif, cette concurrence interne semble avoir décuplé l’intensité.
Le Gallois insiste d’ailleurs sur l’évolution du jeu moderne : « Les gens doivent réaliser que le nombre de points marqués en rugby est 100% différent de la manière dont ils étaient marqués il y a 15 ans, 10 ans, parce que les règles sont tellement pro-attaque. »
Les chiffres lui donnent raison. Face au pays de Galles, les Bleus ont dominé les collisions (140 plaquages réussis), gagné la bataille des mètres après contact et conservé 51 % de possession malgré un score fleuve. Contre l’Irlande, même logique : 55 % de possession, 149 plaquages réussis, seulement 21 manqués. On est loin d’une équipe qui subit.
A plus de 3 mètres, Aaron Grandidier, le rugbyman qui rivalise avec LeBron James et Cristiano RonaldoDes scores records… à remettre en perspective
Edwards va plus loin dans son analyse : « Se prendre une petite raclée avant, c'était 25-3 ou quelque chose comme ça, mais maintenant c'est 50 et quelques. Vous regardez les résultats en Top 14 ce week-end et il y avait comme 75 points marqués tout le temps, donc vous devez remettre ça dans le contexte, avec ces scores records contre vous et tout ça, parce qu'il n'y a jamais eu autant de points marqués en rugby qu'en ce moment. »
C’est un point essentiel. Le rugby international 2026 n’est plus celui des années 2010. Les règles favorisent la continuité, la vitesse des rucks, les extérieurs. Les défenses montent fort, mais la moindre désorganisation se paie cash. Le différentiel ne se lit plus seulement dans le score brut, mais dans la capacité à contrôler les zones clés : zone de marque, discipline, efficacité au plaquage.
Contre l’Irlande, la France a encaissé 2 essais, mais a limité les pénalités concédées en zone d’attaque adverse. Face au pays de Galles, seulement 12 points encaissés pour 8 essais marqués : la balance reste largement positive dans un contexte offensif généralisé.
L’équilibre, clé du système français
Edwards met également en avant la profondeur du pack : « C'est bien d'avoir de la mobilité et ça aide définitivement la défense d'avoir des joueurs mobiles. Ça aide aussi d'avoir les gros pour arrêter les mauls et en mêlée, etc. On a un bon équilibre maintenant avec Mickaël (Guillard) et Thibaud Flament qui reviennent aussi ; nous sommes assez fournis en deuxième ligne en ce moment, parce que Charles (Ollivon) a rejoint le groupe. »
Derrière cette déclaration, on comprend le chantier défensif permanent : vitesse de replacement, capacité à fermer les extérieurs, mais aussi densité dans l’axe pour stopper les mauls portés et sécuriser la zone des 5 mètres. La France ne mise pas tout sur la mobilité, ni tout sur la puissance. Elle cherche un équilibre structurel.
Discret dans les mots, colossal dans les chiffres : Charles Ollivon, un capitaine sans brassardEnfin, Edwards rappelle un principe presque obsessionnel : « Nous devons juste jouer au meilleur de notre capacité et ne pas trop penser à notre adversaire, j'ai toujours pensé ça. Nous sommes une équipe de assez haut niveau et si vous êtes un athlète de haut niveau ou un boxeur ou autre, la partie principale de votre préparation doit être à environ 70% sur vous-même et 30% sur votre adversaire. »
Une philosophie qui tranche avec certaines approches ultra-analysées. Ici, la priorité reste l’identité française : intensité, pression, discipline.
Entre maîtrise et ambitions
Ce discours n’est pas anodin. Edwards se souvient : « Je me souviens de ma première compétition avec la France, en 2022, nous avons perdu à la différence de points, donc c'est quelque chose dont nous étions très, très conscients, et de garder le nombre de points encaissés bas. On avait prévu 14, on n'en a eu que 12. »
En 2026, la différence de points pourrait encore peser lourd. Avec des scores élevés partout en Europe, chaque essai encaissé ou inscrit compte double. La France ne cherche pas seulement à gagner, mais à maîtriser l’écart.
"Il a toujours mangé du caviar", pourquoi Penaud vit le moment le plus important de sa carrièrePour les jeunes intégrés cet hiver, le message est clair : la concurrence est permanente, la performance non négociable. Pour ceux restés en club, l'heure est au travail. Ils ne peuvent pas se permettre de se tourner les pouces pendant que les autres marquent des points au sens propre comme au figuré.
Pour les adversaires des Bleus, le signal l’est tout autant : ce XV de France ne se contente plus de briller par séquences, il assume un statut et une profondeur d’effectif qui impressionnent même l’un des techniciens les plus exigeants du circuit. L'avis de Shaun Edwards est peut-être un peu biaisé parce qu'il entraîne les Français. Mais il n'est pas le seul à être impressionné par cette équipe de France. Pourvu que ça dure.
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