Quand l'ancien pro redevient amateur, le superbe témoignage de Laurent Baluc-Rittener
Le témoignage de Laurent Baluc-Rittener. Crédit photo : Laurent Baluc-Rittener.

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Découvrez la belle histoire de Laurent Baluc-Rittener, qui témoigne de son passage du monde pro au monde amateur.

Il fait partie des joueurs dont le nom et le visage vous sont forcément familiers. Pas international. Pas parmi les plus médiatiques. Son départ du monde professionnel n'a pas fait la Une du Midol. Et pourtant, Laurent Baluc-Rittener fait partie de ces rugbymen qu'on n'oublie pas. Parce que Baluc-Rittener, ça sent bon le Top 16, et Narbonne en 1ère division. Ca nous rappelle le CSBJ en Coupe d'Europe, où la belle histoire du SC Albi d'Eric Béchu. Aujourd'hui au FCTT, en Fédérale 3, il publie un superbe témoignage relatant son arrivée dans le monde amateur.

Dopage, élections, sélections… On parle beaucoup rugby en ce moment. Un certain rugby. Mais aujourd’hui, j’aimerais vous parler du mien. Simplement. Celui que je retrouve, avec ses vestiaires frisquets, ses entraînements du soir et ses terrains pelés qui me rappellent mes années juniors.


En fait, le rugby que je redécouvre aujourd’hui en Fédérale 3 n’a pas changé. Il ressemble beaucoup à celui qui m’a construit, fait grandir, et accompagné dans mon début de vie d’adulte. Bref, la boucle est bouclée, et pour avoir vécu du rugby pendant 15ans, il me paraît normal de lui renvoyer l’ascenseur et de passer le flambeau – tant que la carcasse tient… – en rendant un peu de ce qu’il m’a donné dans le cadre d’un « petit club ».
Donnant-donnant, échange de bons procédés, c’est bonus pour tout le monde. Le club amateur est ravi d’avoir dans ses rangs un ancien pro, lequel trouve aussi beaucoup de bons côtés, à commencer par une fin de vie sportive plus proche de la réalité, et la possibilité de commencer à bosser pour ne pas tout arrêter du jour au lendemain. 

Car pour le joueur en fin de carrière, il faut de la volonté pour préparer sa reconversion, le danger de se suffire de la manne financière offerte par un club Pro et de ne se concentrer que sur sa carrière sportive est réelle. Pourtant, il s’agit-là d’une période souvent déterminante et délicate pour laquelle l’accompagnement d’un club amateur s’avère une aide précieuse.

D’abord parce que grâce au rugby et ses qualités de partage et de solidarité, il n’est pas rare de rencontrer un partenaire ou une opportunité autour d’un repas convivial, tandis que retrouver ses potes deux-trois fois par semaine pour aller tâter du ballon, ça a vraiment du bon…
Et puis au-delà de ça, je découvre aussi des mecs équilibrés, dont la plupart, bien sûr, ne connaitront pas l’euphorie des soirs de victoire dans des stades pleins, ni le charme évident de vivre de sa passion. (Une passion rendue parfois dévorante puisque devenue professionnelle et qui engendre l’excès, voire le déséquilibre).
En revanche, ces joueurs amateurs, souvent pétris de qualités, ont pu finir leur études, voire leur cursus universitaire avec des boulots intéressants à la clé et des perspectives d’avenir sur un plus long terme. Ce qui, il faut le dire, est bien plaisant pour l’esprit

Entendons-nous bien, les joueurs pros ne sont jamais que des amateurs qui ont franchi le Rubicon …et certains font plein de projets en parallèle à leur carrière (et je les en félicite). Mais cela reste malheureusement rare, la bulle dans laquelle ils vivent étant difficilement pénétrable.
D’ailleurs le problème est bien là, dans cette imperméabilité du monde pro qui a tendance à couper le joueur de la réalité sociale. D’où l’intérêt d’un retour à la case départ où l’on bénéficiera d’un véritable bain de jouvence, doublé d’une aide précieuse en termes de réinsertion. Car fort heureusement, le rugby amateur offre encore quelques réflexes d’ascenseur social.

Bref, loin de cracher dans la soupe de ce qui a été et de ce que j’ai vécu, je me rends compte aujourd’hui que le socle amateur de ce sport est encore ce qui le rend attrayant, attachant et continue à lui donner vie.

La suite p. 2

J’avais prévu une suite…

Mais qu’il est difficile d’enchaîner après tant de commentaires au risque de me répéter et devenir « relou » !

Tant pis, je vais la jouer côté ouvert, après ce magnifique regroupement qui confirme ce que nous ressentons tous : ce sport contient encore tous les ingrédients de l’école de la vie !
Car "le rugby reste le rugby" : un formidable outil d'intégration et de développement personnel qui donne à ses pratiquants de nombreuses armes pour se préparer aux difficultés de la vie (des copains, des valeurs, du courage...).

Et puis, il faut bien avouer que payer 5 € le repas du jeudi soir, concocté avec amour, pour une brave soupe maison et une tranche de gigot à partager avec ses potes … ça n’a pas de prix ! Surtout quand le festin a pour cadre le bon vieux club house, construit par des bénévoles attentionnés, au milieu des photos jaunies des illustres anciens.
Belle expérience également que de partir jouer à l’extérieur avec la B dès 6h du mat, le bus gavé à ras-bord ! Un truc qui forge le caractère… Fini le luxe : collation d’avant-match aléatoire, unique paire de chaussette lavée par nos soins, bataille pour les derniers précieux rouleaux de straps… Justes retours à la valeur des choses… On a aussi payé le polo d’avant match, et quand on explose ses crampons, il faut aller a Décathlon le lundi

Ces lundis justement, à la reprise du boulot, ça catalogue, ça chambre, ça égratigne… surtout quand le match a été rugueux et qu’on a la tronche « marquée ».

On me demande souvent ce qui me pousse à continuer, alors que je n’ai plus grand chose à prouver… Comment expliquer que je me régale au contact de ces clubs et de toutes ces richesses. Comment expliquer que, finalement, le rugby c’est tout ça ! Que malgré le clinquant bling-bling de sa vitrine parfois surfaite, sa base, sa substance et ses valeurs n’ont pas vraiment bougées.

Car s’il y a bien un millier de joueurs (pros) qui vivent « par » le rugby, il y a aussi 460 000 autres licenciés qui vivent « pour » le rugby. Et aujourd’hui, je suis tout simplement fier d’en faire partie !

PS : Mais l’actualité fait froid dans le dos : les reportages sur le dopage – même chez les amateurs – les révélations des uns et les petites phrases des autres montrent bien que notre sport est fragilisé. L’occasion d’en reparler encore… toujours.

Trois questions à... Laurent Baluc-Rittener :

Qu'est-ce que tu deviens rugbystiquement depuis ton départ de Colomiers ?

J'ai d'abord passé une saison extra à Castanet, en Fédérale 1. Un groupe génial et un club très attachant qui - avec très peu - réussit de grandes choses tous les ans ! Ils sont encore premiers de leur poule... avec pas mal de jeunes étudiants entourés de quelques "papas". Et cette année, je joue au FCTT en fédérale 3, ça se passe super bien aussi. Nous avons gagné 5 de nos 6 premiers matchs. Ca joue bien et les déplacements sont moins loins qu'en Fed 1...

Tu fais quoi depuis l'arrêt de ta carrière pro ?

J'étais pluri-actif lors de ma dernière saison avec Colombiers, et ça fait donc la 3ème année que je travaille pour un promoteur immobilier, c'était d'ailleurs un dirigeant de Colomiers qui m'avait à l'époque mit le pied à l'étrier. En parallèle, j'ai suivi deux ans et demi de formation en préparation mentale, dont une avec Denis Troch, qui accompagne Clermont. Et j'ai donc lancé ma boite depuis 6 mois. Je propose des accompagnements individuels et collectifs, dans le monde du sport et de l'entreprise. Je suis actuellement des sportifs pro, j'organise des "team building" pour des sociétés et je fais des interventions diverses pour des CREPS ou l'ITEPS, un centre de rééducation a Muret. Mon temps et donc réparti entre immobilier, accompagnement et rugby.

Si tu devais ne retenir qu'un seul souvenir de ta carrière, ce serait quoi ?

Le match de la montée avec Albi face à Oyonnax,  à Montpellier ! La liesse de tout un peuple, lors de ces phases finales mais aussi tout au long de la saison. Une ambiance folle au stadium, la file de bus pour aller jusqu'à Montpellier et le monde qui nous attendait place du Vigan... La force mentale de ce groupe de revanchard, les discours d'Eric Béchu. Bref, la volonté qui émanait de tout un groupe pour réaliser cette saison. La montée en fut l'aboutissement.

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  • tipunch
    11443 points
  • il y a 5 ans

Super témoignage.
Suis je le seul a remarque mais il me semble qu'il ne se sentait pas amateur a Castanet (F1) .
Par contre la reconversion des Pro est un sujet tres interessant car tous ne pourrons pas devenir entraineur ou educateur. Et que coupet d'un seul coup avec le rugby PRO semble tres difficile.

@tipunch

Le championnat de Fédérale 1 est amateur, mais c'est sur le papier. Au sein de la F1, on retrouve des clubs pros , des clubs amateurs dont l'effectif est constitué en grande partie de joueurs sous contrat professionnel, des clubs amateurs avec quelques contrats pros et des clubs amateurs uniquement constitués de joueurs amateurs. Et pour l'ambiance générale, c'est plutôt une ambiance de course à l'armement avec des clubs qui rêvent d'accéder au véritable monde pro en accédant à la ProD2. Ce qui n'est pas un mal en soi, mais le problème est que ces clubs avec une mentalité qui se rapproche des pros ("gros" budgets, attirer les meilleurs joueurs avec des gros contrats, faire venir des étrangers, etc.) côtoient des clubs qui ont encore la mentalité du club amateur. Il y a longtemps c'était en deuxième division qu'existait cette cohabitation entre les clubs à mentalité "pro" et le rugby de clocher, aujourd'hui on peut la retrouver même en Fédérale 2 voir 3. Donc pas surpris que Baluc-Rittener n'ait pas retrouvé ce parfum de rugby amateur en Fédérale 1.

Très très très beau témoignage ♡♡♡♡

A un moment donné, j'ai même cru que c'était Ben Arfa qui l'avait concocté !

Beau témoignage, mais qui me donne l'impression qu'on est justement en train de rater quelque chose. Le monde pro et le monde amateur sont deux mondes qui n'ont plus grand chose à voir, mais comme le dit Crazyrugby les dérives du monde pro sont en train d'envahir le monde amateur. On parle beaucoup des étrangers dans le Top14, mais il faut aller voir leur nombre dans les 3 étages de Fédérale, c'est hallucinant. On parle des moyens démesurés entre équipes du Top14, mais le même déséquilibre existe dans les divisions inférieures. Certains clubs pratiquent une course à l'armement folle en caressant le rêve de rattraper en marche le train du rugby pro, qui malheureusement finit souvent en drame (Lille, St Nazaire pour les plus connus).

Oui le monde amateur existe toujours mais le rugby pro le gangrène et à ce rythme-là pour retrouver le "rugby d'antan" il faudra aller chercher encore ailleurs comme en folklo par exemple, jusqu'à ce que les dérives rattrapent ce monde-là aussi. C'est pour cela que j'aimais bien la proposition de Doucet de réfléchir à la séparation réelle du monde pro et du monde amateur via division de transition. Actuellement gagner une finale d'accession te fait passer à l'échelon pro mais n'y prépare pas le club.

@Team Viscères

Tout à fait d'accord sur le fait qu'il existe un énorme écart entre entre le rugby amateur et celui des pros. Alain Doucet dans son programme en tient compte et surtout met en garde les clubs qui veulent affronter le rugby pro par la seule volonté d'un président mécène providentiel au risque de redescendre très bas une fois parti.
Laurent Baluc-Rittener vit son sport avec passion, quel que soit le niveau où il l'a pratiqué
Il y a de la lucidité dans ses propos et son témoignage est superbe

Ouais c'est beau.
Mais bon, encore une fois c'est un témoignage du cœur d'un mec qui a finit sa carrière pro et qui se fait plaisir dans un petit club de fédéral a côté de la maison, non sans contrepartie financière...
C'est sur lui il ne voit pas les soucis que l'amateur qui a toujours tout donné à son club de toujours et qui galère à avoir sa place dans un groupe ou des étrangers (et oui même en Fed3) des anciens pro viennent se l'accaparer contre un peu de monnaie...
Voila l'envers du décore qui n'est pas assez souvent dépeint. Le côté mafieux du rugby amateur, fais de petits arrangements et qui dessert de plus en plus ce côté familial et bon enfant qu'il décrit justement des divisions amateurs, qui suit le modèle du grand top14 incontesté. Il FAUT à tout prix des "stars" et de joueurs "exotique" pour monter à l'échelon supérieur, c'est la course aux résultats, la course au buzz dans le canton de quel petit club réussira le plus beau coup (et on nous convaincra en plus qu'il vient pour le sandwich à la saucisse du dimanche soir...).
Je dis pas que L. Balluc Rittener fais partie de ces gars là je n'en sait rien, je ne le connais pas. Mais voila aussi une réalité qu'on oublie de dire quand on parle du rugby amateur.
Bonne saison au FCTT que nous aurons l'honneur de croiser dans notre poule de federal3.

@crazyrugby

Crazy, je penses que l'ancien pro qui renvoie ascenseur à son club d'origine, n'est pas tant le pblm que celui qui n'y est pas parvenu, qui court encore après cette chimère et court le cacheton en Fédérale....

@MARCFANXV

Attention je ne dis pas que c'est son cas, je n'en ai aucune idée. Mais par exemple quand Lisiate Fa'aoso qui signe à Fumel (autre club de notre poule) avec son pote d'enfance de village, je crois pas que ce soit pour rendre la pareil à leur club formateur. Et c'est Comme Ça la majorité du temps.

@crazyrugby

Il n'en parle pas, de la contrepartie financière. Ça égratigne le discours, comme tu l'expliques si bien.
Malgré tout, c'est un beau plaidoyer pour ce rugby qui connaît plus les straps que les strass.

Ce genre de témoignage montre vraiment qu'il y a de l'espoir et que le rugby cloché existe encore, que tout n'est pas qu'argent et que l'esprit rugby est encore présent. Bref, ça fait plaisir.

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