Une entame de Tournoi “référence” (même sous la flotte)
Le XV de France a frappé très fort en ouverture du 6 Nations 2026 en dominant l’Irlande au Stade de France, avec une victoire retentissante et un bonus offensif à la clé. Dans des conditions météo pénibles, les Bleus ont étouffé la 4e nation mondiale, en posant 50 minutes de rugby ultra-maîtrisées, avant un passage plus délicat en seconde période. Fabien Galthié n'a pas hésité à parler d'entame référence comme en 2020 et 2021, saluant “l’énergie et l’engagement” malgré la pluie, et une performance offensive “des plus justes depuis très longtemps”. Antoine Dupont, lui, a résumé l’essentiel : “on a acquis de la confiance ce soir”.
Si vous deviez garder une image de cette soirée, c’est celle d’une équipe qui s’autorise à jouer… sans s’exposer bêtement. Dupont insiste sur l’équilibre : “on a su bien alterner entre nos avants et le jeu derrière, malgré les conditions difficiles”, avec “une défense très performante” et “une conquête très propre”.
Même tonalité côté vestiaire : Thomas Ramos lâche un “quand tu mets 35 points aux Irlandais… forcément tu prends du plaisir”, tandis que Bielle-Biarrey rappelle que “36 points à l’Irlande, c’est jamais anodin”. L’action symbolique, c’est ce jeu au pied parfaitement senti, le rebond capricieux dompté, et la connexion instantanée dans le dos de la ligne : “dans ma tête, je me dis que Louis, dans tous les cas, il sera là”, raconte Ramos.
''La rivalité franco-irlandaise est terminée'', la presse étrangère sonnée par la démonstration françaiseEnseignement n°1 : la discipline n’est pas un “plus”, c’est le socle de tout
C’est LE point qui saute aux yeux, et c’est là que cette victoire devient une leçon pour la suite du Tournoi : la France a gagné le droit de jouer parce qu’elle a d’abord arrêté de se saborder. Ollivon le dit sans détour : “c’était le focus toute la semaine… la discipline”, avec cette image dingue d’une mi-temps “avec zéro pénalité”.
Ramos remet une pièce : “si on donnait des pénalités trop faciles… on allait vite se retrouver dans nos 22”, et le match l’a prouvé : quand les Bleus sont “disciplinés et sérieux, on n’est pas inquiété”. Galthié, lui, parle d’un chantier qui “demandait parfois de changer des habitudes” et avoue avoir été “bluffé” : sur le plan défensif, les Bleus n’ont “laissé aucun doute, aucune opportunité”… et surtout, ils ont pu se “régénérer” quand l’Irlande “s’est épuisée”.
Traduction : moins de fautes = moins d’entrées gratuites en zone rouge pour l’adversaire = moins de séquences à subir = plus d’énergie pour attaquer juste.
Pourquoi l’Irlande ne pouvait rien faire sur l'essai d’Attissogbe [décryptage]Enseignement n°2 : l’alternance pied-main (et la “charnière à trois”) comme arme
Ce qui rend ce succès précieux, c’est qu’il ne repose pas sur un unique scénario. Galthié insiste : “l’alternance pied-main était remarquable”, et il glisse un détail qui compte énormément dans la lecture tactique : “on a une charnière à trois”. Ça raconte quoi ? Que l’animation n’est pas seulement le 9-10, mais un triangle décisionnel avec Ramos qui pilote l’occupation, les sorties de camp, et la façon d’attaquer les extérieurs au bon moment.
Dupont confirme la sensation terrain : “on a su bien alterner entre nos avants et le jeu derrière”, et même sous la pluie, “on a réussi à être juste techniquement”. Bielle-Biarrey ajoute le sous-texte du projet : “on essaie d’aérer un peu plus ce jeu et ça nous réussit plutôt bien”.
En clair : la France n’a pas gagné “malgré” la météo, elle a gagné parce qu’elle a su choisir quand jouer, où jouer, et à quelle vitesse, sans confondre ambition et précipitation.
Enseignement n°3 : ballons hauts + premier soutien, le combo qui change tout
On sait tous ce que l’Irlande adore : vous enfermer, vous user, vous forcer à craquer sur une pénalité ou un soutien en retard. Or, sur cette ouverture, les Bleus ont répondu sur deux secteurs historiquement piégeux.
D’abord le jeu aérien : Dupont note qu’il y en a eu “beaucoup ce soir” et que la France a été “plutôt très bons” au ratio. Galthié valide : “sur une première partie du match, c’était parfait”, avec “beaucoup de joueurs présents dans la zone”, ce qui permet de “reposséder les ballons” et de relancer une pression derrière.
Ensuite, le sol : “le premier soutien a toujours répondu présent”, souligne le sélectionneur, en rappelant que c’est “une de leurs spécialités”. Quand le premier soutien arrive à l’heure, le porteur vit plus longtemps, le ruck est plus propre, et l’attaque peut enchaîner sans offrir de munitions aux gratteurs irlandais. C’est basique, mais c’est exactement ce qui fait gagner les matchs de très haut niveau.
100% dans les airs et 1 essai : les locks d’Attissogbe ont charmé tout le stade de FranceEnseignement n°4 et n°5 : gérer le “trou d’air” et l’effet banc… sans perdre la tête
Parce que non, tout n’a pas été parfait, et c’est presque rassurant. Dupont l’admet : “on a eu un petit trou d’air”, et Galthié recadre : “il faut être humble… on s’est trompé par moments”. Le point intéressant, c’est la cause : “en face vous avez une équipe qui est excellente… lorsque vous lui donnez un peu de place, alors elle le prend”. L’entrée du banc et la perte de certaines possessions “au niveau des cinquante mètres” ont inversé la dynamique, avec un passage à vide qui aurait pu relancer l’Irlande pour de bon.
Or, l’enseignement majeur, c’est la capacité à revenir au plan : Bielle-Biarrey dit clairement qu’ils se sont “un peu reposés sur ce score”, mais se félicite d’avoir “fait preuve de caractère” pour “remarquer un dernier essai et arrêter leur domination”. Pour la suite du Tournoi, c’est une donnée capitale : tu peux avoir un temps faible, même à domicile, même après 50 minutes parfaites ; ce qui compte, c’est la lucidité pour reprendre l’occupation, sécuriser les sorties de camp, et remettre de la discipline dans le moteur.
122 kg et 1,98 m : ce colosse du XV de France qui rêvait d’être Vincent ClercLa flamme est revenue… maintenant, il faut l’entretenir
Sur le plan comptable, la France lance son Tournoi de la meilleure des manières avec un bonus offensif et un message envoyé à tous : les Bleus peuvent battre un cador en jouant juste, pas seulement en survivant. Dans la tête, c’est un booster énorme : Dupont parle de “confiance”, Ramos de “banane”, Ollivon de “certitudes”… mais tous ajoutent le même frein à main : “pas d’enflammade”.
Et c’est là que ça compte vraiment, parce que la suite arrive vite : “on va avoir un déplacement à Cardiff… un match spécial”, prévient Dupont, rappelant que la France y a “toujours eu des matchs compliqués”. Pour Galthié, cette victoire valide une “trame” construite en dix jours, “hybride”, adaptable, mais encore perfectible sur “nos lancements de jeu”. Autrement dit : référence oui, aboutissement non.
Cette victoire, c’est un rappel simple : quand le XV de France tient sa discipline, gagne ses duels aériens, protège ses rucks et alterne intelligemment, il peut rendre l’Irlande méconnaissable. Le plus dur commence presque maintenant : reproduire ça, loin de Saint-Denis, avec les compteurs remis à zéro.
"En clair : la France n’a pas gagné “malgré” la météo, elle a gagné parce qu’elle a su choisir quand jouer, où jouer, et à quelle vitesse, sans confondre ambition et précipitation."
SI ce n'est pas "malgré", c'est remarquable qu'elle l'ait fait de cette manière "en dépit de", je trouve.