Fédérale - Thierry Murie : ''Ils seront marqués à la culotte et dès qu'ils feront un écart, ce sera la F3'''
Thierry Murie estime que le format actuel de la Fédérale 1 est le bon.
Thierry Murie, vice président de la FFR en charge du monde amateur et plus particulièrement de la Fédérale 1, évoque la saison et les phases finales.

Quels enseignements peut-on tirer de ce retour à l'ancienne version de la Fédérale 1 ? 

Le retour à la vieille version, il est relativement clair. Aujourd'hui, sur les huit qualifiés en Jean-Prat, il n'y en a que quatre qui répondent au cahier des charges de l'accession en Pro D2. Un cahier des charges relativement facile par rapport à l'exigence de la Pro D2. Voilà, il y a quatre clubs en F1 qui sont prétendants à pouvoir présenter au moins des structurations et sportives et financières pour pouvoir monter dans la division supérieure. C'est une vraie évolution et qui va dans le bon sens parce qu'on s'aperçoit que beaucoup de pronostics avaient été faits en début de saison, beaucoup de clubs râlaient en disant qu'on connaissait les 8 qui allaient sortir. Et, oh mauvaises surprises, ou très bonnes surprises, les huit qui sont sortis étaient pour certains très attendus et pour d'autres pas attendus du tout. 

Dans un registre financier, mis à part Rodez, un peu le Stade Nantais, Nice et quelques autres clubs, peu de formations ont finalement été sanctionnées.  

D'abord, on a changé la formule d'aide aux clubs puisque maintenant on leur propose des plans de redressement et à partir de l'année prochaine, également des plans d'accompagnement. Donc effectivement, la formule a changé puisqu'on ne fait plus que sanctionner. Maintenant, on essaie au mieux d'accompagner les clubs et ça passe effectivement par des plans où les clubs vont devoir maintenant strictement respecter le cahier des charges parce qu'ils devront le valider avec la DNACG. Ils seront marqués à la culotte et dès qu'ils feront un écart, ce sera la F3 directement. Ils n'auront plus la possibilité de faire appel et tout. La majorité des clubs a accepté les plans de redressement et tant mieux. Ça veut dire qu'ils ont aussi compris que ça allait dans leur sens. Ça les sauve dans leur division mais par contre, derrière, ils sont suivis sur leur masse salariale et sur les dérives multiples et variées qu'on connaît. Ça tend à réguler le marché. 

En début de saison, beaucoup disaient "mettre des amateurs face à des pros, c'est inconscient, va y avoir des blessés, des paraplégiques voire des morts". Finalement, il n'y a pas eu de graves pépins ? 

Non, touchons du bois, mais effectivement, il y a des équipes mieux préparées athlétiquement mais il ne faut pas se mentir, ça date pas d'aujourd'hui. Il y a des équipes qui s'entraînent tous les jours, des équipes qui s'entraînent trois fois par semaine. Alors, c'est vrai que la densité physique n'est pas la même avec des professionnelles comme Rouen ou Romans où les joueurs ne font que du rugby. Oui, mais aujourd'hui, ce sont quand même des clubs de haut niveau qui se sont fait accrocher par de plus petits clubs. Je pense aussi que ça a apporté un peu de jeunesse au championnat puisque les clubs qui accueillent sont très contents d'accueillir. J'ai déjà reçu, pour ne rien vous cacher des doléances de clubs qui souhaitent jouer contre Bourg-en-Bresse, Massy la saison prochaine. Alors, avec humour, je leur réponds : "Mais je croyais que c'était les chats noirs et qu'il ne fallait surtout pas jouer contre eux ?" Sauf qu'ils veulent tous jouer contre eux quand même

On s'aperçoit que ça donne un petit peu de romantisme à ce championnat comme Nafarroa qui va taper Albi, Trélissac qui arrive à faire chuter l'ogre rouennais. C'est la meilleure publicité pour ce championnat. 

Oui, et puis on sait que c'est le match de l'année pour un club. C'est le rêve de tous joueurs. À un moment donné, taper le gros, ça fait plaisir à tout le monde. Au public, à son équipe, à son coach, à son président. Tout le monde en fait une fête et il faut le prendre comme il est. Après, effectivement, sur la durée, je vous confirme qu'une équipe qui s'entraîne tous les jours, qui est quasiment professionnelle, elle n'a pas les mêmes armes que les petites équipes. Mais tout le monde est engagé dans la même compétition, une compétition à 48 clubs. Ils partent tous sur la même ligne de départ au 1er juillet et effectivement, il y a des plus forts. Mais, je vous le répète encore une fois, ça existe aussi en Top 14 en Pro D2. Vous avez des équipes avec des joueurs, des équipes de très haut niveau avec des budgets très conséquents qui sont 5 ou 6 fois supérieurs au bas de classement. Mais ça existe dans toutes les divisions et surtout dans tous les sports. C'est partout pareil

Et puis derrière, on voit des clubs qui commencent à taper à la porte. On pense au Stade Nantais, à Dijon, à tous ces clubs qui commencent à se structurer pour voir plus haut et peut-être dans l'avenir envisager la Pro D2 ? 

Oui, et puis on les accompagne bien là-dedans. C'est-à-dire qu'aujourd'hui on se rend sur place voir les clubs, on va voir les mairies car, s'ils ont un projet de bassin par exemple, il faut expliquer au maire, au département, à la région, quels moyens, il faut qu'ils mettent pour construire un stade, améliorer leur stade, leurs infrastructures. Parce qu'il ne suffit pas de dire "je veux monter en Pro D2 et peut-être jouer un jour en Top 14". Derrière, il y a des contraintes liées au monde professionnel, y a des contraintes d'enceintes, de sécurité, enfin il y a plein d'éléments qui font que oui, effectivement, je ne peux que confirmer que ça fait évoluer nos clubs. Ça tire nos clubs vers le haut aussi, ça les oblige, quand il y a un projet de bassin, à mettre tout le monde autour de la table et de dire : "bah voilà, pour arriver à ce niveau-là et avoir une représentativité, et bien, il faut en passer par là".

On voit aussi que l'ascenseur n'est pas bloqué. À ceux qui montaient de F2, beaucoup leur avaient promis beaucoup de misères. Pourtant, dans la poule 4, Bédarrides et Beaune se sont maintenus tout comme Fleurance dans la poule 3. On a aussi vu Nafaroa qui a été admirable. C'est encourageant pour les autres clubs

Petite parenthèse, Nafaroa, et je l'ai dit devant tout le monde au séminaire, ouvertement devant tous les clubs, c'est un club qui n'a rien changé à ce qu'il faisait en F2. Il est reparti avec les mêmes gars, il n'a pas brûlé un budget, il ne s'est pas inventé un budget parce qu'il montait en F1, il n'a pas surpayé les joueurs qu'il n'avait pas. Voilà, il a fait avec ses moyens, ce club ne s'est pas mis en danger. Il va redescendre en F2 mais il ne s'est pas mis en danger. Il a vécu une très très belle expérience en F1. Je pense qu'il y a une expérience qui restera gravée dans la mémoire du club et je me souviens qu'au séminaire, j'ai posé la question au président même si ce ne sera pas le cas, car c'est quasiment impossible. Je lui ai dit : "Mais si ton club pouvait être repêché par exemple, est-ce que vous accepteriez d'être repêché ?". Il a passé une saison compliquée, mais il m'a dit oui parce qu'ils ont vécu une aventure extraordinaire. Est ce que c'est pas ça notre rugby non plus ? Les équipes de rugby, ce n'est pas que de l'argent, ce n'est pas que du budget, il y a l'essence du jeu, il y a le plaisir que les joueurs prennent, le plaisir que les gens y prennent.

Et puis il y a l'âme qui se dégage d'un club et les valeurs qui sont transcendées. 

Bien sûr mais bien sûr, c'est évident. Mais tout comme les clubs historiques qui descendent. (Graulhet entre autres). Ceux-là, ils se disent que, ce niveau-là, ils n'ont pas su faire ce qu'il fallait pour y rester, bah voilà, ils vont se régénérer. C'est le principe même d'une compétition. Moi, je veux que les compétitions, telles qu'elles sont faites, ne soient pas fermées. Il y a des montées et des descentes. Et pour moi, tant que la descente est sportive, tout comme la montée est sportive, et bien elle est sportive, point. Alors après, effectivement dès qu'on veut aller dans le monde professionnel, il y a des contraintes liées au monde professionnel qu'un simple club amateur qui ne s'est pas préparé ne peut pas affronter. C'est juste impossible. Ce ne sont pas les droits TV versés par la Ligue qui peuvent faire les infrastructures d'un club aussi bien financières qu'administratives.  

Bourg-en-Bresse qui descend avec 60 points alors qu'il y a 15 ans, enfin 18 ans, en 2000-2001, Montauban était champion avec 60 points, ça en dit long sur l'évolution de ce sport.

Oui, ça veut dire que le niveau s'est relevé, qu'aujourd'hui il y a beaucoup de bonus offensifs, beaucoup de bonus défensifs. Aujourd'hui, il faut gagner quasiment tous ses matchs à domicile, plus quelques-uns à l'extérieur si tu veux pouvoir te maintenir et même en Top 14. Il faut batailler. Des clubs de F3 qui sont montés en F2 et qui devaient se faire croquer, ne l'ont pas été. À un moment, il faut laisser sa chance au sport et sa place au sport et tant mieux.Pro D2 - Un club a-t-il déjà été relégué avec 60 points comme Bourg-en-Bresse ?Pro D2 - Un club a-t-il déjà été relégué avec 60 points comme Bourg-en-Bresse ?Retrouvez l'intégralité de l'entretien accordé au MagSport ici.

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  • cahues
    104237 points
  • il y a 4 mois

Je persiste à penser que le foutoir continuera allègrement et les sanctions envers les fautifs partiront comme de coutume à la corbeille.

Le SCA (Sporting Club Appaméen) joue aujourd'hui les 1/8ème de Fed2 contre Gaillac.
S'ils réussissent l'exploit de battre les Tarnais, est-ce qu'un club d'une petite ville d'un département pauvre aura les moyens de se maintenir?
Si on reste en Fed2, on aura le plaisir de retrouver Nafarroa avec lequel on bataille dans les phases finales depuis la Fed 3!

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