Un absent de marque malgré un statut historique
C’est une absence qui n'est pas passé pas inaperçue. Pour ce Tournoi des 6 Nations 2026, le staff du XV de France a choisi de se passer de Damian Penaud, pourtant meilleur marqueur de l’histoire des Bleus. Une décision forte concernant l’ailier de l’Union Bordeaux-Bègles, cadre de la génération actuelle et référence mondiale à son poste.
Touché mentalement par cette mise à l’écart, Penaud traverse une période charnière de sa carrière, comme l’a confirmé son coéquipier Maxime Lucu sur RMC après la victoire contre l'Irlande : « On savait que ce match allait faire mal aux têtes parce que t'as envie d'être sur le terrain et de porter le maillot et de vivre ces moments-là. Damian, on sait très bien tout ce qui s'est dit et tout ce qui s'est passé depuis qu'il n'a pas été pris. Il a été touché mentalement. » Une absence qui intervient dans un contexte de concurrence féroce et d’évolution profonde du jeu international.
''Un récital en préparation'' : ce que redoute vraiment la presse anglo-saxonneDerrière le talent, des exigences nouvelles au très haut niveau
Depuis ses débuts, Damian Penaud a toujours été un joueur à part. Yannick Bru le résumait parfaitement dans Midi Olympique en janvier 2025 : « C'est un génie, mais c'est aussi un escroc. Donc c'est un escroc génial ! » Un joueur capable de débloquer n’importe quelle situation, d’anticiper avant tout le monde, mais aussi de vivre sur un fil. Christophe Laussucq, entraîneur de la défense de l’UBB, l’explique sans détour sur RMC cette semaine : « Il a toujours mangé du caviar. Depuis qu'il est tout jeune, il a toujours été mis sur un piédestal. Quelquefois, dans une carrière, c'est bien de passer par des moments un peu de doute pour se remettre en question. » Et d’ajouter : « C'est la première fois, depuis que je le connais, qu'il est pointé du doigt, un peu en échec. »
Cette situation n’est pas forcément liée à une baisse de forme. Elle s’inscrit en partie dans une transformation du rugby international. Aujourd’hui, les ailiers ne sont plus uniquement des finisseurs. Ils sont des défenseurs majeurs, des joueurs impliqués dans le jeu aérien, la couverture du fond de terrain et l’organisation défensive. Or, Penaud lui-même l’admettait dans L’Équipe en septembre dernier : « J'ai toujours mes lacunes en défense... C'est important la défense. On me reproche souvent ma défense, mais à juste titre. Je n'ai rien à dire. Je peux faire mieux, beaucoup mieux. J'y travaille. Mais c'est compliqué. Je n'aime pas ça, donc c'est uniquement lié au mental. Parfois, tu as envie et parfois non. »
Cette lucidité est à saluer, mais elle souligne le défi. À ce niveau, le talent offensif ne suffit plus. La régularité et l’investissement dans tous les secteurs sont devenus non négociables.
Un joueur en reconstruction au cœur de l’UBB
À Bordeaux, ce nouveau statut oblige Penaud à évoluer. Maxime Lucu, lui aussi absent du groupe france après une blessure, décrit un joueur en pleine transformation : « Il sait ce qu'il a à travailler. De se retrouver proche de certains mecs ici à Bordeaux qu'il côtoyait moins en voyant qu'en haut il y a l'équipe de France qui se prépare, ce sont des choses que tu dois appréhender différemment. » Et surtout, un changement de posture : « On lui demande aussi d'être beaucoup plus leader. Il a eu beaucoup plus de responsabilités sur les entraînements, sur les vidéos, sur les semaines à vivre. On sent qu'il prend aussi du plaisir. Il apprend à vivre différemment et ça va forcément lui servir. »
Car Penaud a longtemps évolué dans un environnement où son génie suffisait. Comme le reconnaît Lucu avec franchise : « Ça lui demande un travail différent de ce qu'il pouvait faire d'habitude. Quand il y a Matthieu (Jalibert), Yoram (Moefana), Nico (Depoortère), ce sont eux qui font tout le boulot. » À Bordeaux, il doit désormais assumer davantage, être moteur, structurant, influent hors ballon.
Penaud, Lucu et Buros titulaires dans la solide composition de l'UBB face à Castres en TOP 14Le paradoxe Penaud : imprévisible, brillant… et parfois frustrant
Damian Penaud reste un joueur unique. Maxime Lamothe le résumait dans Midi Olympique en début d'année : « Il fait peur à tout le monde Damian. Il est tellement imprévisible. C’est aussi sa grande qualité. C’est un joueur de classe mondiale mais on sait aussi que parfois, il a le cerveau qui se débranche mais on fait avec. » Ce mélange de génie et d’irrégularité fait partie de son ADN. Yannick Bru le souligne également : « Beaucoup de nos mouvements offensifs sont déclenchés par Damian Penaud. Il est difficile de lui dire qu'il a mal fini un mouvement qui n'aurait pas débuté s'il n'avait pas été là au départ. Quand on fait le bilan, il y a beaucoup plus de plus que de moins, donc merci Damian. »
Mais au niveau international, l’exigence est différente. Les espaces sont plus rares, les systèmes défensifs mieux organisés, et la moindre erreur se paie immédiatement. Le rugby moderne demande des joueurs complets, constants, capables d’enchaîner les efforts invisibles. Ce sont ces détails qui font la différence dans les matchs couperets, notamment en Coupe du monde.
Quand tu n'es pas bon, tu ne joues pas. Ça ne fait pas de mal. Ça m'a fait chier car je reste un compétiteur. Mais quand tu fais de la merde, tu vas au frigo. (Penaud via L'Equipe)
Un passage obligé pour devenir un leader complet
Cette nouvelle mise à l’écart, après celle de l'an passé lors du Tournoi 2025, est un signal fort envoyé par le staff tricolore. Elle confirme que personne n’est intouchable, pas même le meilleur marqueur de l’histoire des Bleus. Elle ouvre aussi la porte à une concurrence accrue, avec des profils plus complets défensivement et plus constants dans l’investissement global.
Pour Penaud, c’est un tournant. Une occasion de progresser, d’élargir sa palette, et de devenir un joueur encore plus complet. Ce passage peut être déterminant en vue de la Coupe du monde 2027 en Australie. Les grandes carrières sont souvent marquées par ces moments de rupture. Des phases où le talent doit être soutenu par le travail, la remise en question et l’adaptation.
Pas de Dupont, pas de Ramos : pas de problème, Toulouse fait confiance à sa formationLa suite dépend de lui
À bientôt 30 ans (il les aura en septembre), Damian Penaud arrive à maturité. Cette période actuelle peut être celle de sa transformation. Celle qui fera de lui non seulement un finisseur exceptionnel, mais aussi un leader, un défenseur fiable, un joueur total. Comme le rappelle Laussucq, ces moments sont parfois nécessaires : « Quelquefois, dans une carrière, c'est bien de passer par des moments un peu de doute pour se remettre en question. »
Les plus grands joueurs ont connu ces phases. Ceux qui en ressortent grandis deviennent des références absolues.
Damian Penaud n’a jamais été un joueur comme les autres. Génial, instinctif, imprévisible. Mais pour entrer définitivement dans la légende, il doit désormais ajouter une nouvelle dimension à son jeu. Ce 6 Nations 2026 pourrait bien être le moment charnière qui transformera un génie offensif… en joueur complet capable de mener la France vers le sommet mondial.
Pour moi, c’est un très bon joueur d’attaque, capable de débloquer pas mal de situations. Mais le rugby moderne a évolué, et dans le secteur des ballons hauts ainsi qu’en défense, ce n’est clairement pas son point fort.
Il a été mis de côté et, d’après les témoignages de ses coéquipiers, cela ne lui plaît pas. Il est donc vexé et touché. Mais le "caviar" comme le dit l’article (crème de ciboulette, œufs hachés et petite cuillère en nacre) c’est terminé car les ballons hauts nous ont coûté trop cher, et ce depuis longtemps.
À 29 ans, bientôt 30, je pense qu’il ne reviendra pas pour les matchs qui comptent vraiment (par exemple une demi-finale contre l’Équipe d'Afrique du Sud).
Dans ce secteur, ce n’est pas si simple à corriger, et il a pris trop de retard. À mon sens, ça ne se rattrape pas comme ça. Désolé, mais à ce poste, il ne suffit plus de courir et de marquer.
Pour jouer demain contre le Équipe du pays de Galles, d’accord. Mais au plus haut niveau, c’est autre chose.
Pour l’instant, Attissogbé donne satisfaction. On verra la suite. Et sinon, il y a encore du monde, des spécialistes dans ce secteur (notamment les autres Palois) qui sont au-dessus de lui dans ce domaine.
Ok, il ne veut pas faire les allers-retours, mais Thomas Ramos ne les a-t-il pas faits, lui aussi ? Et pendant longtemps !
À m'emdonné, si tu veux jouer tu bosses et tu te complètes (Jalibert👍), la balle est dans son camps et s'il me fait me tromper t'en mieux car les petits princes, on les trouve facilement au rayon biscuits. Et pour moi, c’est chocolat noir. 🍫.
Voila Villière revient.
PS : Le record d’essais ? Oui, bof, de toute façon tu mets Blanco à notre époque et il le bat facilement.
Je te trouve un peu trop catégorique.
Tu es juste sur le constat mais au niveau des perspectives pour le futur :
1- il peut progresser
2- il y a des domaines sur lesquels il a encore de l'avance sur la concurrence.
Relis bien mon post, Pianto, et tu me redis😉.
Ah bon ? Dans quel domaine ? Les plaquages, les ballons hauts, défensifs et offensifs, le nombre de mètres parcourus en travers ? Vas-y, dis-moi.
Sinon, il n’y a aucun cadeau à faire: c’est une sélection, pas un club, c'est ça aussi la concurrence !
La première fois que je l'ai vu jouer c'était dans un stade (rare chez moi, grand rugbyman de canapé devant l'éternel) c'était avec les U20, en 13.
Ce qui m'avait frappé c'était à quel point il était au-dessus des autres. Tranchant, avec des angles de courses différents de ce que proposaient partenaires et adversaires. Il était, à l'instinct, beaucoup plus efficace et dangereux que n'importe qui sur le terrain (et il y avait Dupont dans l'équipe). Puissant, rapide, incisif, insaisissable.
Mais il n'a jalais quitté ce profil de joueur "instinctif". Il est passé à l'aile pour limiter les problèmes défensifs que ses placements aléatoires et ses gènes de labrador causaient.
Et aujourd'hui, je pense à tous ces ailiers all blacks qui éclatent tout une saison, en marquant 9 essais en 6 sélections et puis qu'on ne revoit plus.
Parce qu'il y a concurrence et qu'il y a exigence.
C'est la croisée des chemins pour lui.
La concurrence est là, l'exigence aussi. Le talent est toujours bien présent et Penaud fait des actions sur un terrain de rugby que personne ou presque ne peut réaliser.
A lui de se secouer et d'ajouter une dose minimale de sérieux à sa panoplie.
il y a beaucoup à dire sur damian penaud. vraiment beaucoup...
mais comment interpréter "pour entrer définitivement dans la légende"?
penaud est déjà une légende.
il vient de faire tomber un record vieux de plus de 30 piges.
la même année il bat le record d'essais en une édition de champions cup, en un match de champions cup et est élu joueur de l'année pour la même compétition. il marque également son 100e essai en club (combien d'ailier en sont arrivé là?) tout ça pour arriver à un total de 27 essais sur l'année.
c'est une légende. c'est juste qu'il a pas fini encore de l'écrire.
maintenant, en effet, le jeu aérien a pris une autre dimension depuis la fin des escorts et sa défense est perfectible.
il se doit d'évoluer sur ces secteurs, pour redevenir incontournable.
même si la défense des ballons hauts a évolué et qu'on sait pas ce que ça aurait donné avec lui.
néanmoins, galthié en faisant ça, le pique plus qu'autre chose,je pense.
même s'il n'évoluait pas tant, penaud resterait incontournable, il me semble.
on peut jouer avec attissogbe, dréan ou un autre, c'est pas le problème. mais tant que ces mecs là n'ont pas joué contre l'afrique du sud difficile de se prononcer sur une réelle pluvalue.