Une rupture du ligament latéral externe qui impose de la patience
Touché sur la dernière action de Vannes-Toulouse, le 19 septembre à Rennes, Emmanuel Meafou a vu son début de saison s’arrêter brutalement. Le Stade Toulousain a annoncé cinq jours plus tard une rupture du ligament latéral externe du genou gauche et une opération réussie, sans fixer de date précise de retour. Le deuxième ligne de 28 ans (2,03 m pour 145 kg), sera absent plusieurs mois. Pour comprendre ce qui l’attend après la phase médicale, nous avons interrogé Valentin Mathieu, ancien pensionnaire du centre de formation de l’Aviron Bayonnais et désormais préparateur physique.
Opéré du genou, Emmanuel Meafou absent plusieurs mois : quel impact sur son objectif de Coupe du Monde 2027 ?Première précision, « nous, les prépas physiques, on est sur la réathlétisation, pas sur la rééducation », insiste-t-il. Et dans le cas de Meafou, le détail exact de l’intervention n’a pas été communiqué. Impossible donc d’appliquer un protocole précis à distance. Une étude publiée en 2025 sur les reconstructions du compartiment postéro-latéral du genou soulignait justement les fortes différences entre protocoles concernant la remise en charge, l’attelle ou encore le calendrier de retour au sport.
Force, stabilité, appuis : le deuxième chantier commence après les soins
Une fois la cicatrisation suffisamment avancée et le feu vert médical obtenu, le travail change de décor. Il faut remettre de la force, retrouver de la stabilité et réintroduire les contraintes du terrain. Mathieu cite notamment quadriceps, ischio-jambiers et moyen fessier parmi les groupes musculaires importants dans ce processus. Puis arrivent les mesures : force, sauts, CMJ, stabilité, sprint, freinages et changements de direction. Et c’est là que rééducation et retour au rugby se séparent peu à peu. Un joueur peut avoir récupéré médicalement sans être encore capable d’encaisser ce que lui demandera un dimanche soir à Ernest-Wallon.
@lerugbynistere Pourquoi le rugby entraîne-t-il autant de blessures ? 🏉🩹 Valentin Mathieu, préparateur physique et fondateur de Morphy, explique ce qui rend ce sport particulièrement exigeant pour le corps. #Rugby #Blessure #PreparationPhysique ♬ son original - Le Rugbynistère
Comment remettre progressivement 145 kg en mouvement ?
Avec Meafou, l’équation possède une variable assez difficile à ignorer : 145 kg (environ). Cette masse, il faut la remettre en mouvement, puis la freiner, avant de l’exposer de nouveau aux collisions. « Les très gros gabarits, en général, on essaie de les ménager », explique Mathieu. Il envisage davantage de travail sur rameur, vélo, Assault Bike ou SkiErg pour reconstruire les qualités énergétiques sans accumuler trop tôt les kilomètres de course. Celle-ci devra évidemment revenir, progressivement et avec une charge contrôlée. On ne prépare simplement pas le retour d’un deuxième ligne de 145 kg comme celui d’un trois-quarts beaucoup plus léger.
Emmanuel Meafou absent trois mois, quelles conséquences pour Toulouse (déjà à la recherche d'un joker médical) et le XV de France ?Son profil constitue aussi un atout. Meafou possède une masse hors norme, tout en conservant une mobilité et une capacité à produire de la force qui participent directement à son efficacité. « Le fait qu’il soit aussi mobile, aussi athlétique, aussi fort, qu’il puisse générer autant de force, c’est clairement un avantage », estime Mathieu. Pendant certaines phases de sa reprise, le travail du haut du corps gardera également une place importante dans son programme. L’objectif sera de conserver au maximum les qualités qui font de lui ce joueur si particulier, tout en reconstruisant progressivement les capacités de son membre inférieur gauche.
Le vrai test arrivera quand le rugby reviendra
Et le dernier palier sera probablement le plus spécifique. Meafou devra freiner, repartir, changer d’appui, nettoyer un ruck, subir un contact latéral, pousser en mêlée et encaisser les contraintes d’un maul. Mathieu insiste notamment sur les changements de direction et les contacts venus de côté. Avant un véritable retour, il faut voir le joueur retrouver ses références antérieures sur les tests de force et de saut, ses vitesses de sprint, puis passer par les oppositions avec ballon et contact. Les travaux scientifiques sur les blessures du compartiment postéro-latéral vont également vers une progression par étapes avant les tests fonctionnels et le retour au sport, sans calendrier universel applicable à tous les patients.
Cette absence tombe aussi au mauvais moment pour Toulouse et les Bleus. Meafou comptait 18 sélections lors de sa blessure et sera privé des rendez-vous internationaux de novembre. Le Stade doit parallèlement composer avec la longue indisponibilité de Clément Vergé et un secteur de la deuxième ligne susceptible d’être fortement sollicité par les sélections. Mais le calendrier restera secondaire dans sa reprise.
« Il y a aussi la partie psychologique », rappelle Mathieu. Chez un joueur qui devra de nouveau engager 145 kg dans les zones de combat, le retour ne se mesurera pas à son premier footing. Son genou devra répondre aux tests, son corps aux contraintes du rugby, et sa confiance au moment de remettre franchement l’épaule dans le trafic.
Avec un petit régime hypocalorique qui va bien ?
Aïe, ça tombe mal avec les fêtes de fin d'année !