Interview d'Anthony Le Douarin, un Frenchy étudiant et joueur de rugby en Nouvelle-Zélande

Interview d'Anthony Le Douarin, un Frenchy étudiant et joueur de rugby en Nouvelle-Zélande

Publié le 16-08-2012 à 13h21 - Mis à jour le 16-08-2012 à 14h58 // Par
Interview d'Anthony Le Douarin, un Frenchy étudiant et joueur de rugby en Nouvelle-Zélande

Anthony Le Douarin (merci au photographe)

Anthony Le Douarin, 27 ans, vit en Nouvelle-Zélande depuis quelques mois, où il suit des études en préparation physique. Petite interview sérieuse sur son expérience néo-zélandaise. Si ça vous donne des idées de départ, c'est plutôt une bonne nouvelle...


Le Rugbynistère : Anthony, parle-nous en quelques mots de ton parcours…

Mon parcours est simple. Je viens de la filière haut-niveau du rugby. Je suis passé par Aix-en-Provence (au Parc), le pôle Espoir de Nice (aujourd’hui à Hyères), la Section Paloise, Bourgoin-Jallieu chez les jeunes, puis Colomiers et Blagnac avant une première aventure en Australie, où j’ai passé une première partie de mes diplômes sur tout ce qui est coaching et musculation. J’y ai obtenu un master en personnal training et coaching. Je suis rentré en France, où j’ai travaillé dans l’environnement des salles de gym tout en continuant à jouer au rugby en Fédérale 1. Je suis parti jouer en Guadeloupe, j’ai travaillé à Saint-Barthélémy et joué aux Barracuda pendant une saison. Je voulais continuer par une formation plus qualifiante dans le domaine de la préparation physique et j’ai trouvé un diplôme à Dunedin en Nouvelle-Zélande.

Qu’est ce qui t’as poussé à partir en NZ, faire ce diplôme ? Qu’a-t-il de spécifique ?

Ce que je suis allé chercher, ce sont les méthodes d’optimisation de l’entraînement, tout ce qui fait la différence entre eux et nous aujourd’hui, notamment sur une Coupe du monde. J’ai toujours été intéressé par ce qui se faisait dans l’hémisphère sud, donc c’était vraiment l’occasion unique de pouvoir connaître ce qui se fait ici.

Parle-nous précisément de ce cursus (cours, niveau, organisation, perspectives…)

Nous avons des semaines de cours intensives, du lundi au vendredi, toute la journée. Nous avons plusieurs matières qui vont de la psychologie du sport à la nutrition, en passant par de la théorie (aérobie, travail de musculation…). Dans chaque matière, nous devons exposer plusieurs sujets. En psychologie du sport par exemple, j’ai souhaité traiter l’aspect psychologique de la blessure du sportif. Comme dans tout cursus, il y a des cours à apprendre, mais nous avons également des travaux individuels et spécifiques. Nous devons faire beaucoup de recherches seuls, nous devons lire, nous documenter beaucoup. Les professeurs sont accessibles, les bureaux sont ouverts.

Est-ce que vous avez des applications pratiques à vos cours ?

J’ai réussi à intégrer le centre de haut niveau, l’équivalent de l’INSEP en Nouvelle-Zélande. Il y en a un dans l’île du nord et un dans l’île du sud. Là-bas, j'entraîne les avironneurs de l’île du sud. Je m’occupe des jeunes qui sont sur le point de faire les championnats du monde. Ensuite je suis joueur de rugby à Dunedin où je mets en pratique tout ce que j’ai appris.

Les avironneurs sont champions olympiques…

Oui, les 2 champions olympiques viennent de notre structure de Dunedin. Il y a une grosse culture d’avironneurs ici. Ils sont professionnels.

Tu es également joueur d’Otago, à quel niveau cela correspond en France ? Quel est le niveau de ton championnat ?

On me le demande souvent, c’est assez compliqué à dire. Quand je rentrerai en France, je jouerai en Fédérale 1. Si je devais comparer en termes de vitesse de jeu, c’est beaucoup plus rapide, le jeu est beaucoup plus ouvert, comme on peut le voir dans le Super 15, avec un jeu très aéré, très rapide, avec peu de déchets

Quelles sont les différences fondamentales entre le rugby de France, que tu as connu, et celui de Nouvelle-Zélande ?

Ça va beaucoup plus vite. Les gabarits sont moins imposants qu’en France. C’est beaucoup moins la guerre devant. Moi qui suis deuxième ligne, je dois souvent jouer comme un numéro 6. On ne te demande pas seulement de déblayer, de prendre des ballons en touche ou de pousser en mêlée mais également de faire la différence en attaque, d’être présent en défense, le jeu est très ouvert. Ça nous oblige à être prêts physiquement, à passer moins de temps en salle de musculation et plus sur le terrain pour courir. C’est la grosse différence.

On dit souvent que les défenses sont moins hermétiques dans le Super 15 que dans l’hémisphère nord. Est-ce la même chose dans ton championnat ?

On voit des scores assez élevés tous les week-ends, mais je ne sais pas si les scores sont plus élevés car les défenses sont moins hermétiques ou parce que les attaques sont meilleures. C’est un débat… Les Chiefs en finale contre les Sharks ont une super défense et gagnent le match là-dessus.

Parle-nous un peu du parcours de ton équipe en championnat cette saison.

On a perdu en demi-finale contre le futur champion. Il s’agit d’un championnat avec matchs aller-retour, les quatre premiers sont qualifiés pour les demi-finales et la finale se joue au grand stade où jouent les Highlanders, au stade de Dunedin.

Quel est l’engouement des Néo-Zélandais pour le rugby ? Par rapport à la France ?

C’est le sport numéro 1. On sent que c’est une religion. On se promène, on voit les gamins qui vont à l’école avec un ballon de rugby, avec le maillot des Highlanders… Ici c’est le rugby avant tout. […] Il y a un peu de Rugby League et il y a aussi les avironneurs qui sont bien vus ici. J’ai la chance d’avoir un de mes professeurs qui est le kiné des All Blacks (Pete Gallagher). Ils viennent au mois de Septembre à Dunedin pour jouer contre l’Afrique du Sud, donc c’est presque certain que nous pourrons les voir à l’entraînement. On a un intervenant aussi, Nicolas Gill, le préparateur physique des AB, on a eu pas mal d’échanges avec lui, c’était intéressant. J’ai changé ma vision en venant ici : La musculation a une part importante mais ils sont surtout à la recherche d’une efficacité sur le terrain. Ils ne recherchent pas des piliers de 120 ou 130 kilos – même s’il en existe génétiquement – mais ils vont plutôt chercher à alléger les mecs.

Il y a pas mal à apprendre d’eux. Toulouse l’a fait…

Exactement. En discutant avec le préparateur physique des All Blacks, je lui ai demandé où était le plus gros gouffre entre eux et nous. Il m’a répondu que dans l’hémisphère nord, on passait trop de temps en salle de musculation. Au niveau des gabarits, ils sont moins impressionnants en Nouvelle-Zélande. Mais ce sont de véritables athlètes.

Que retiens-tu principalement de ton expérience au pays du Long Nuage blanc ?

Si je fais cette ITW, c’est pour donner des idées à des jeunes en France. S’ils sont rugbymen c’est encore mieux puisqu’il y a le club à côté, qui permet de découvrir des gens, discuter avec d’autres joueurs. J’ai pu baigner dans la culture néo-zélandaise, et pas seulement avec des étudiants. Ce que je retiens aussi, c’est une ouverture d’esprit dans le cadre de mes études et par rapport à mon futur métier. La Nouvelle-Zélande, c’est une culture, des gens, des rencontres…

Quels conseils voudrais-tu apporter aux Français tentés par ton aventure ?

Je le conseille vivement. En France, il y a des choses que l’on sait très bien faire, et d’autres sur lesquelles on est en retard. Et il est donc important qu’on s’ouvre davantage. On est obligé de s’ouvrir là-bas, d’écouter, de comprendre ce qui fait la différence à haut niveau. En NZ, on est sur de l’optimisation de la performance plus que de l’entraînement. Parfois, il s’agit de choses très simples, comme la récupération. On dit souvent que les Sudistes jouent moins que nous. Mais quand on regarde, ils jouent le Super 15, puis le NPC, le Four Nations et ensuite la tournée d’hiver en Europe. Si on compare avec l’hémisphère nord, il n’y a certes pas de doublons, mais ils jouent beaucoup. Alors on dit soit qu’ils ne jouent pas le même nombre de matchs, soit qu’ils se dopent. Mais en NZ, ils ont des outils très simples pour la récupération, avec des structures de récupération très proches des aires d’entraînement.

Tu comptes rentrer en France ?

Je rentre en France en Septembre. Je vais jouer à Blagnac en Fédérale 1. Ensuite je vais rester a disposition, chercher des clubs pour pouvoir travailler. Je suis également en contact avec quelques fédérations. Je préférerais travailler dans le rugby mais je cherche dans tout. Je suis en contact en ce moment avec des fédérations, comme celles des Fidji, des Samoa ou des Tonga, qui ont reçu des moyens de la part de l’IRB.



Si t'as pas lu ces articles, tu joues pas dimanche
1 Commentaires sur « Interview d'Anthony Le Douarin, un Frenchy étudiant et joueur de rugby en Nouvelle-Zélande »

Club de Rugby inconnuCedricH
11 820 points 65% avis positifs
le 17.08.2012 à 12h43

Waw, super intéressant.
Bravo à lui: on sent qu'il sait ce qu'il fait et qu'il se donne à fond!

Un truc m'a marqué:
"-- Quelles sont les différences fondamentales entre le rugby de France, que tu as connu, et celui de Nouvelle-Zélande ?
-- Ça va beaucoup plus vite. Les gabarits sont moins imposants qu’en France. "
Les gabarits sont moins imposants qu'en France!! Mais comme le rugby a changé! Rappelez-vous en 95, 99: on disait que c'étaient tous des bêtes sur-musclées!
Maintenant, les gros sont les Français, et.... surprise: le jeu de main qui faisait notre identité s'en ressent.

Pour bénéficier de toutes les fonctionnalités des commentaires, connectez-vous ou créez un compte avant de poster.




Vous avez perdu votre pseudo ?
En postant un commentaire, vous acceptez les conditions d'utilisation du site.