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Rugby à VII, JO 2024 : le rugby mauricien en pleine mutation grâce à Jean-Baptiste Gobelet
Le rugby mauricien est en pleine mutation.

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Aidé par Jean-Baptiste Gobelet, ancien international français de rugby à VII, l'île Maurice donne un tout nouveau sens à sa politique rugbystique.

Bonjour Jean-Baptiste, peux-tu nous présenter le projet rugby à VII que tu mènes à l'Ile Maurice ?

Le projet que l'on tente de développer à l'île Maurice a débuté en septembre 2018. Il faut savoir que Maurice est en plein développement sportif car les Mauriciens vont accueillir les Jeux des Îles. Ce qui équivaut à un grand championnat d'Europe. C'est quelque chose qui est assez conséquent dans la mesure où c'est un peu comme les Jeux olympiques avec la présence de toutes les disciplines. Il y a donc un gros projet qui est mis en place avec le gouvernement mauricien, et qui comprend le rugby à VII. Quand j'ai rencontré les dirigeants de Maurice à l'époque, il y avait une vraie volonté de développer le rugby sur l'île. On essaye donc de développer cette pratique comme on le peut, mais surtout de l'intégrer via la pratique du rugby VII, qui est aujourd'hui la vitrine du rugby mondial, et qui est l'avenir du rugby en général. Ce qui m'a beaucoup plus, ce sont les différents volets de ce projet. On sait très bien que le volet sportif à Maurice, c'est compliqué, dans la mesure où le pays est aujourd'hui la 100ème nation mondiale.

Je suis donc parti hors de sentiers battus, mais ce projet me plaisait, surtout le volet social. Il y a en effet beaucoup de zones qui sont défavorisées et qui n'ont pas accès au rugby. Cela me fait beaucoup penser au travail que j'ai pu effectuer en Afrique du Sud. C'est un pays qui compte environ 1,3 million d'habitants donc l'un des plus denses en Afrique. C'est également un pays qui est multi-ethnique. On y trouve à la fois des Indiens, des Créoles, des Sud-africains, des Français. Il y a donc une grosse qualité en terme de morphotype au niveau des joueurs. Le rugby est donc sous-côté ici par rapport au potentiel présent sur l'île. Ce sont uniquement les blancs qui jouent au rugby, les autres communautés n'ont pas accès à la discipline. Mon travail est donc de développer l'activité rugbystique sur l'île et de mettre en place différentes passerelles sociales et économiques pour que tout le monde puisse jouer à ce sport. À la fois les garçons, comme les filles. Ensuite, il va falloir créer en parallèle un modèle de fédération pour que l'on puisse également faire émerger cette activité sur le plan économique. L'île Maurice est considérée comme le Hong-Kong de l'Afrique, c'est une plateforme économique qui est assez forte. À travers le rugby à VII, cela va permettre d'être une vitrine pour le tourisme, mais aussi pour les investisseurs mauriciens à travers le monde. Ce qui permettra ensuite de faire rayonner Maurice sur le plan international et de mettre en place des projets comme celui que l'on mène sur Paris 2024.

Comment le rugby mauricien s'organisait-il jusque-là ?

Il y a déjà un chemin effectué sur le rugby à XV à l'île Maurice puisqu'elle est intégrée à World Rugby avec quatre équipes présentes sur le territoire. Elles sont composées de joueurs qui suivent beaucoup le rugby à XV, surtout sud-africain. Parallèlement à ça, le rugby à VII commence à toucher beaucoup de population notamment à travers le scolaire. Il faut savoir que tous les programmes de développement dans le monde se font à travers l'école. Cela permet de toucher des personnes qui ne sont pas forcément dans la culture rugby dès le départ et de les amener progressivement à ce genre de discipline. Pour l'instant, le rugby à Maurice compte entre 500 et 600 licenciés, filles et garçons. Ce sont des joueurs et joueuses qui font d'autres activités à côté comme le kitesurf, la chasse ou le football. Mais ce qui reste le plus important, c'est la partie études. Tous les joueurs et joueuses avec qui on travaille mènent un double-cursus. On en a donc beaucoup qui partent faire leurs études en Europe, en Angleterre, en Australie ou en Afrique du Sud. Ils font souvent des études de droit ou de médecine.

Le projet olympique en ligne de mire

L'affiche du projet olympique mauricien.

Comment fait-on alors pour réunir ces Mauriciens expatriés et les faire adhérer au projet ?

Le projet que je mène depuis septembre est un projet dans un premier temps à court terme, puisque les Jeux des îles arrivent dès juillet 2019. Le but étant d'assurer une médaille d'or face à des équipes comme Madagascar ou la Réunion. Ce qui nous ferait passer de numéro 4, à numéro 1 îlien. Ensuite, le projet à long terme, c'est Paris 2024. Pour celui-ci, nous formons sur l'île les jeunes dès les -12 ans pour les amener à aller sur une qualification pour ces Jeux olympiques. On mène donc un projet sur six ans qui permet de voir toutes les générations et de préparer une équipe compétitive. Actuellement, nous avons envoyé une équipe à Alger pour les Jeux Africains de la Jeunesse et en seulement six mois de travail, on a réussi à amener une équipe sur le podium. Ce qui était inespéré au départ. On part donc de très loin, mais on voit qu'il y a du potentiel et u'il est exponentiel.

Je ne pense pas que la place de Maurice soit au 100eme rang mondial. On est actuellement dans le Top 10 sur le rugby à VII africain, et on voit que sur chaque tournoi de jeunes, Maurice parvient à faire de bons résultats. Si tu veux former une génération olympique, ça prend entre sept et huit ans. Pour cela, il faut les confronter très rapidement à ce qui se fait de mieux pour ne pas qu'il y ait de complexe au niveau mental. C'est ce que l'on a fait avec les -12 ans en les emmenant au tournoi de Monaco au mois de mars. On finit alors dans le Top 6 mondial, ce qui est très favorable, car il permet à la fois d'envoyer un message aux autres nations, mais aussi aux institutions mauriciennes, ainsi qu'aux enfants et aux parents. Cela a montré que ces jeunes n'ont rien à envier par rapport aux autres pays. Ensuite, il y a un cap à passer vers les 16-18 ans, car il y a moins de préparation. Les jeunes ne sont pas là pour être professionnels de rugby. Le but est donc d'être un élément moteur sur l'Océan Indien. Pour entraîner aussi la Réunion dans ce projet de rugby à VII, et amener les jeunes joueurs réunionnais à performer sur Maurice. La chance que possède Maurice est d'avoir un accès direct avec le rugby sud-africain, référence dans le monde du rugby et surtout dans le rugby à VII. Nous avons beaucoup d'échanges avec eux.

Si la qualité est présente, la quantité de joueurs pose-t-elle défaut de son côté ?

Bien sûr, le réservoir est limité. À partir de 16-17 ans, la plupart des jeunes joueurs assez riches partent en Europe et les autres plus défavorisés arrêtent le rugby pour pouvoir travailler pour la famille. La génération « senior » est donc assez faible en termes de réservoir. Autant le championnat doit avoir un bon niveau de Fédérale 3 / Fédérale 2 avec des effectifs très hétérogènes, mais le problème est que le manque d'opposition fait régresser les meilleurs joueurs. De ce fait, ces joueurs arrêtent en général très tôt leur carrière vers 23-24 ans. C'est une problématique qui est liée à toutes les îles, car les fédérations possèdent très peu de licenciés. On veut donc essayer aujourd'hui de rassembler tous ces joueurs partis à l'étranger, mais aussi ceux ayant des parents ou grands-parents mauriciens. Depuis que l'on a lancé le programme vers Paris 2024, j'ai énormément de parents et de joueurs qui m'ont appelé des Etats-Unis, de l'Angleterre, de l'Afrique du Sud ou encore de l'Australie. Pour eux, représenter Maurice à travers le rêve olympique est quelque chose d'unique. Le but sera également de faire sortir les meilleurs joueurs mauriciens de leur zone de confort en les confrontant à la concurrence pour élever leur niveau.

Ça, c'est la partie élite, mais il y a surtout un gros travail qui est fait à Maurice sur les jeunes. Car ce sont eux qui composeront le programme pour Paris 2024. On met donc en place des relations, des formations qui viennent des différentes expériences que j'ai vécu à travers le monde. Le but étant de faire un mix de tout cela pour amener ces joueurs à être les meilleurs de leur génération. Par exemple, on fait jouer les -12 ans sur grand terrain, on met en place des catégories de poids dès l'année prochaine. La chance de Maurice est qu'elle est une fédération à part entière. Nous ne sommes pas sous l'égide de la FFR ou de la Fédération anglaise. On a donc une liberté dans notre construction qu'il n'y a nulle part ailleurs. C'est pour ça que ce projet me plaît, car il y a la possibilité de créer un modèle sportif unique. Par exemple, nous avons une saison de rugby à VII qui dure 6 mois chez les jeunes. Ce qui est incomparable dans d'autres pays. Mais on ne fait pas que du VII et du XV, on joue aussi beaucoup au touch rugby, au beach rugby et au flag. L'idée est d'expliquer aux jeunes que pour être un bon joueur de rugby, il faut être bon dans toutes ses formes. À la fois chez les jeunes et chez les filles on veut instaurer dans le calendrier différentes formes de rugby comme le rugby à 10. Mais tout n'est pas fait n'importe comment, chaque discipline est structurée pour amener le joueur à maximiser son potentiel. Le marqueur est que chaque équipe, en fonction de l'âge, a un tournoi international par an. Les -12 ans vont à Monaco, les -14 en Afrique du Sud, les -16 ans en Asie, les -18 ans à Dubaï. Cela permet de comparer avec ce qui se passe autour. Ces joueurs-là savent donc se repérer par rapport aux autres joueurs. Cela est ultra important dans la formation du joueur, car en matchant à ce niveau-là, les complexes qui peuvent exister au départ s'effacent.

Au niveau financier, quelles aides recevez-vous ?

On travaille beaucoup avec le gouvernement mauricien qui finance notamment les Jeux des Îles. Donc, pour l'instant, il aide au développement de ce projet, mais on ne sait pas s'il continuera après ces Jeux. Il faut donc trouver des alternatives. On compte beaucoup sur le Comité Olympique pour nous aider également et le fait d'avoir gagné une médaille à Alger au JAJ va nous faciliter les choses et nous permettre d'accéder à ce monde-là qui n'était pas forcément ouvert pour le rugby à Maurice. Il ne faut pas oublier que le rugby est un sport neuf au niveau olympique (retour en 2009). Ensuite, avec World Rugby, on peut avoir des financements autres que ce que l'on a actuellement. On a des programmes sociaux qui sont déjà très développés. On va également créer de nouveaux clubs sur l'île comme à Rodrigues ou dans le Sud. On crée ses clubs surtout chez les jeunes et dans les quartiers défavorisés, en tentant ainsi de redéfinir la carte rugbystique de Maurice. Le fait de créer ces différents clubs attire aussi la France, qui connaît bien Maurice. Mais comme chaque investisseur, ces personnes-là viendront seulement s'il y a du résultat. On a donc mis en place un projet qui est une sorte de « business club ». C'est un projet économique qui va de pair avec le projet sportif, sur lequel tous les acteurs et investisseurs se retrouvent et partagent des activités communes. Il y a à la fois des investisseurs de Hong Kong, de Dubaï et d'Europe qui vont venir être membre de ce club. Ces investisseurs ont même parfois des liens familiaux avec Maurice. On doit donc s'aider comme on peut, car le budget de la fédération est très faible (40 000 à 50 000 euros cumulés environ). Si on compare avec la France, certains clubs de Fédérale 2 ont déjà un budget beaucoup plus élevé.

Maurice a fonctionné pendant beaucoup d'années avec le mécénat, des gens qui avaient de l'argent et qui sponsorisaient les équipes de façon directe, sans véritable projet. Notre volonté est aujourd'hui de structurer cela en créant un vrai système. Le fait de lancer un programme olympique va permettre notamment de rassurer les investisseurs sur le long terme avec un vrai projet de rugby à Maurice. La chance que nous avons également à sur cette île est de pouvoir développer ce projet sans contrainte politique, ce qui est un problème récurrent dans les pays africains. À Maurice, il existe une totale séparation entre le monde politique et le monde sportif. De plus, la politique et l'économie sont stables dans ce pays. Tous les voyants sont donc au vert pour amener Maurice vers autre chose que ce qu'elle a connu auparavant. Je suis sûr que beaucoup de joueurs seront saisis par le projet et qu'ils seront surpris par le niveau du rugby à Maurice. Nous avons des jeunes joueurs bourrés de talents, mais qui n'ont jamais eu l'habitude d'avoir une rigueur d'entraînement élevée.

Quelles sont les échéances à venir pour préparer Paris 2024 ?

Nous allons dans un premier temps avoir la Coupe d'Afrique en octobre. Ça sera un premier test qui permettra de tester pas mal de joueurs et de voir quels sont ceux qui pourront postuler pour les Jeux des Îles. Nous allons également participer au Dubai Sevens en décembre, en espérant pouvoir faire partie du tournoi B. Mais nous avons aussi le tournoi de Monaco avec les U12, et Stellenbosch avec les plus grands. Nous avons également organisé du beach rugby l'année dernière, ce qui avait été un grand succès. Puis nous allons avoir un tournoi féminin. C'est un volet très important du projet, surtout quand on voit la place qu'il occupe actuellement. Et Maurice a évidemment un rôle à jouer dans le rugby féminin, notamment car il y a une plus grande chance de remporter des médailles. Mais la clé de chaque programme de développement, c'est la formation des éducateurs. Il faut donc les amener sur les tournois internationaux et les former avec World Rugby. Cela reste mon plus gros problème ici, la formation. Actuellement, je suis obligé d'attendre six mois pour avoir des formations à la fois sur l'arbitrage et sur le coaching. Dès que j'aurai des personnes sur place capable d'assurer la formation, cela permettra de développer le projet beaucoup plus vite. Donc, forcément, le moyen humain est important, mais cela va venir au fur et à mesure. Pour l'instant, nous menons le projet en formant les différentes équipes, mais on
sait que les acteurs présents sur l'Île voient que le projet monte et il est évident que certains voudront rejoindre le train.

Le beach rugby de l'année dernière a été une très belle réussite pour les acteurs du rugby à Maurice.

Antoine Poussin
Antoine Poussin
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  • Anhuro
    160 points
  • il y a 2 ans

L'ami Gobelet à certainement abusé de rhum arrangé ou est trop resté au soleil ???? pour dire que les 4 équipes "auraient"!!! le niveau fédérale 2 ou 3 ????, personnellement un niveau promotion honneur ! maximum honneur est juste ,car avec les "branlées" devant les Malgaches qui eux aussi sont persuadés d'être niveau F 2/3 et qui depuis 20 ans stagnent sans changer de niveau en Afrique, monsieur Gobelet évitez de faire croire aux Mauriciens qu'ils pourraient un.......jour prochain faire partie du Gotha Afric ain!!!????le chemin est encore très long surtout connaissant bien la mentalité et surtout le manque de pratique sportive en général sur l'île , peut être après 1 an supplémentaire vous reviendrez de votre "rêve".Bon courage

Le projet est ambitieux et le témoignage intéressant.

Deux bémols cependant :

1) Dire que "Ce sont uniquement les blancs qui jouent au rugby, les autres communautés n'ont pas accès à la discipline" n'est qu'à moitié exact. Certes le communautarisme continue de gangréner la société mauricienne, mais rien n'empêche les autres communautés de pratiquer le rugby si ça leur chante. C'est simplement qu'elles ne s'y intéressent pas et qu'elles n'ont pas de lien culturel avec le rugby comme c'est le cas pour les franco-mauriciens qui ont des repères en France et en Afrique du Sud notamment. Curieusement, énormément de mauriciens sont complètement accros au foot et en particulier à la Premier League.

2) "La politique est stable dans ce pays" : Clairement ce bon Jean-Ba est nouveau dans le coin 🙂

@Pikeyboy

Je ne pense pas qu'il parle "d'accès" dans le sens d'un apartheid où des catégories de la population sont interdites d'une pratique, mais juste de passerelles qui n'existent pas. L'accès à un sport passe aussi par sa "promotion" , on ne peut pas attendre que des gens qui n'aient jamais entendu parler de rugby viennent spontanément s'inscrire dans un club. Beaucoup arrivent au rugby parce qu'un membre de la famille est déjà dans le milieu du rugby (que ce soit comme joueur ou juste un mordu de rugby) ou parce qu'un pote/collègue l'a ramené à un entrainement. Quand personne dans tes proches ne connait le monde du rugby, il n'y a pas de passerelle. C'est justement le boulot des fédérations et des clubs de développer ces passerelles, en développant des liens avec les écoles/collèges/lycées, avec des associations de quartier, avec d'autres clubs.
Par exemple en France on a exactement le même cas avec les banlieues de région parisienne, les jeunes qui y vivent ne viennent pas par hasard au rugby mais parce que des clubs comme Massy ou Bobigny font un travail de dingue en amont. Et je pense que c'est ce travail que Gobelet voudrait mettre en place, pour créer ces passerelles pour que des tranches de la population qui n'ont peut-être jamais entendu parler de rugby y aient accès.

  • AKA
    50457 points
  • il y a 2 ans

Ils vont lui payer une Jeep Wrangler avec un surf (pour faire joli) comme à Biarritz? 😉

Intéressant.
Mais je suis étonné, les grands amoureux du rugby que sont Toucommerce, Bougedelà, Logrenyéti et autres mécènes oh combien généreux ne se sont pas encore occupés du rugby mauricien ?

@lelinzhou

bernie il a été en mongolie mais c'est moins sympa que chez maurice !!!

@moulino64

Bernie Krapul ferait-il partie des mécènes généreux ? J'ai quelques doutes...

@lelinzhou

Si. Mais juste pendant les vacances.

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