Il n’a certes pas la carrière de son ami de longue date, Antoine Dupont. Malgré tout, Paul Pimienta n’est pas non plus le premier gazier du coin. Avec 121 matchs de ProD2 au compteur et un titre de champion de France de Fédérale 1B avec la génération dorée d’Auch, le 3/4 centre/ailier de 31 ans laissera une belle trace dans le microcosme du rugby français.
Qui s’émeut, forcément, de voir un de ses talents être contraint de raccrocher alors que le moteur sait encore tourner plein gaz. L’enfant de Pouyastruc n’a en effet pas repris de licence cette année. Sa santé était en jeu.
"Le neurochirurgien a été clair : rejouer serait trop dangereux. Et ce peu importe le niveau. J’ai donc été déclaré inapte durant l’été et on m’a signé la perte de licence. Je n’ai plus le droit de jouer au rugby, même en amateur", nous explique ce garçon à l’accent prononcé.
Commotions à répétition
Et pour cause, Pimienta (1m82 pour 91kg) n’est probablement pas passé loin de la correctionnelle. Rapatrié à Brive en 2024 par P-H Broncan alors qu’il comptait partir tâter le cuir au Japon, l’homme aux 99 matchs avec Colomiers n’a jamais pu déployer toutes ses qualités de punch et de timing en Corrèze (22 matchs, 10 titularisations et 3 essais). Notamment à cause de commotions à répétition, qui ont jonché ses deux dernières saisons. Jusqu’à un match amical face au Racing 92 en août 2025.
"Je tape un peu plus fort que d’habitude sur Tuisova durant la pré-saison. Derrière, j’ai eu l’impression de devenir fou. J’avais des maux de tête, des troubles de la vision, de l'équilibre, des crises d’angoisse occasionnelles alors que ça ne m’était jamais arrivé de ma vie. Et puis, au scanner, on ne détectait rien de concret, donc ça s’apparentait vraiment à un mal insidieux qui m’empêchait de m’entraîner, même sans contact, comme je le voulais. Ça a duré trois mois."
La suite ? "Bizarrement, les symptômes ont disparu presque d’un coup, alors que j’étais vraiment dans une dynamique noire. Sauf qu’à mon retour, contre Colomiers et à la 84ème minute, le défenseur fait une erreur de placement et on fait un tête contre tête… Rebelote, j’ai repris 3 mois d’arrêt et j’ai compris que la suite serait vraiment compliquée."
Bon an, mal an, l’ancien auscitain serre les dents et rechausse les crampons sur la fin de saison dernière. "Je ne voulais vraiment pas terminer sur ça. J’ai vraiment forcé pour revenir et jouer notamment le barrage contre Aix. Mais je sentais que je tirais sur la corde." Voilà pour ce qui sera (normalement) le dernier match de rugby à plaquer de celui dont les sommets des Pyrénées sont l’autre terrain de jeu.
"C’est une blessure particulière et il faut vraiment la prendre au sérieux. Personnellement, quand je tournais en rond l’an dernier, ça m’a fait du bien de savoir qu’il y avait d’autres joueurs dans mon cas et de pouvoir discuter avec certains pour me dire que je n’étais pas fou. Ça m’a aidé à garder le cap. Alors, si mon témoignage peut sensibiliser…"
"Le neurochirurgien m’a dit que ce serait trop dangereux, même en descendant de niveau. J’ai donc été déclaré inapte durant l’été et on m’a signé la perte de licence. Je n’ai plus le droit de jouer au rugby, même en amateur. J’aurais bien voulu retourner jouer avec mes potes dans les Hautes-Pyrénées ou tenter l’aventure en Suisse, mais ça n’est pas possible."
Graou, Pimienta, Clauzade… que sont devenus les fameux champions de France de Fédérale 1 B 2017 avec Auch ?Un tour du monde avant une reprise d'études ?
Pour la première fois depuis l’adolescence, Paul Pimienta n’a donc pas fait de préparation physique intense ni touché du ballon cet été. Lui qui, aujourd’hui, vit encore les premières minutes du reste de sa vie et d’un retour à la normale après presque 10 saisons au sein du monde professionnel.
Curieux, aventurier, scientifique, généreux et parfois décalé, le Haut-Pyrénéen souhaite ainsi prendre du temps pour lui en faisant un tour du monde avec sa compagne, "kitesurfer en Afrique du Sud, faire de la montagne en Amérique du Sud et de l’humanitaire au Népal." "Je pense que ça me fera du bien pour faire une transition suite à l’arrêt du rugby."
88 de vitesse, 90 de grinta : la carte FUT pour mieux connaître Rodrigo Marta, la comète portugaise qui surprend le Top 14Avant d’entamer certainement une reprise d’études pour devenir ergothérapeute, à son retour à Toulouse. Histoire d’à son tour aider les autres à revenir à la vie normale. Celle dont il aspire à profiter, sans rien regretter de sa carrière qu’il juge modeste, après avoir frôlé le pire l’an dernier.
"J’ai fait presque dix ans de rugby pro. C’est déjà très bien. Je suis sur mes deux jambes. C’est bien de finir comme ça." Et d’avoir encore la chance de pouvoir continuer à grimper avec piolet, crampons et sac à dos…
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