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De joker Coupe du monde à meilleur joueur de Pro D2 : comment Seta Bituniyata est devenu un monstre complet ?

À 31 ans, Setareki Bituniyata joue le meilleur rugby de sa carrière. Un profil abouti qui est passé par une évolution marquée au fil de sa carrière qui l'a emmené des Fidji à 7 à Toulouse, en passant par la ProD2. Ceux qui l'ont côtoyé racontent.

Theo Fondacci 06/10/2026 à 18h45
 Screenshot : Provence Rugby
Screenshot : Provence Rugby

On a beau avoir croisé quelques athlètes depuis que l'on sillonne les bords des terrains hexagonaux, des comme ça se comptent sur les doigts de la main, de mémoire d'observateur.

1m94 pour 112 kg, un corps taillé dans la roche et des bras façon @Niko Sangohan, qu'il passe dès que l'envie lui prend, pour un phénomène capable de flirter avec les 35 km/h. Imaginez le champion intérimaire des poids-lourds de l'UFC, Ciryl Gane, lancé au centre d’un terrain de Pro D2, avec l’instinct d’un trois-quarts fidjien...

L’image est à peine exagérée. Pourtant, lorsque Bituniyata débarque en France à l’automne 2017, à 22 ans, il le fait dans l'anonymat le plus total. Neuf ans plus tard, celui qui accepté d'être simple joker Coupe du monde à son arrivée au Stade Toulousain en 2023 vient d’être élu meilleur joueur de Pro D2 lors de la Nuit du Rugby. Entre les deux, le Fidjien a surtout appris à devenir bien davantage qu’un phénomène physique.

De Massy à Brive, la découverte d’un phénomène brut

Après avoir performé au rugby à 7 avec les Fidji, Bituniyata découvre ainsi le rugby français dans les méandres de la Pro D2, à Massy. C’est là que Jean-Baptiste Péjoine le repère. "On va jouer à Massy en fin d’année 2018 et il y a cet ailier fidjien colossal, qui nous roule dessus dans les couloirs. Dès ce match, j’ai su qu’il était le joueur qu’il nous fallait pour la saison suivante", se souvient l’ancien entraîneur des trois-quarts de Brive.

Péjoine demande même à Didier Faugeron, alors manager massicois et ancien Briviste, de l’aligner au retour pour pouvoir l’observer une seconde fois. Même constat : Bituniyata est encore "énorme". "Quelques semaines plus tard, il signait chez nous."

VIDEO. Bituniyata souhaite la bienvenue au jeune Lafon en Top 14 avec un tampon de l'espace !

Mais le colosse n’est pas encore le joueur que l’on connaît aujourd’hui. Brive vient de remonter en Top 14 et le saut est immense. "Il venait du 7 de base et arrivait du bas de classement de la Pro D2. Le niveau d’exigence physique, tactique et technique avait considérablement augmenté et on n’a pas voulu le griller", raconte la légende du CAB, aujourd'hui à Périgueux.

Sa première saison corrézienne se limite ainsi à deux matchs, avant que le Covid ne vienne interrompre l’exercice. Le SuperSevens lui offre ensuite un terrain plus familier pour rappeler ses qualités. Puis le temps fait son œuvre. Devenu père, plus à l’aise dans son nouvel environnement, le Fidjien gagne en repères et s’installe dans la rotation briviste.

"Le joueur le plus impressionnant que j’ai vu dans ma jeune carrière"

À cette époque, son rugby reste encore très frontal. "Il avait un jeu physico-physique et nous l’utilisions beaucoup pour casser la ligne adverse", résume Péjoine. Bituniyata n'est donc pas en mesure de jouer 26 matchs par an, ni de planter 15 essais par saison façon Jiuta Wainiqolo. Son influence se mesure autrement : dans les collisions gagnées, les défenses resserrées autour de lui et les mètres arrachés lorsque Brive souffre.

Tanguy Lacoste, son ancien partenaire au CAB, fut marqué : "C’est le joueur le plus impressionnant que j’ai vu dans ma jeune carrière. Un mec tout gentil, très agréable, mais qui pouvait te filer des carreaux terribles même à l’entraînement, parfois sans vraiment faire exprès, tellement il est costaud." Et lorsque Brive traversait des après-midi difficiles à l’extérieur en Top 14, "lui, c’était toujours le seul à surnager".

Toulouse, le laboratoire idéal pour élargir sa palette

Puis vient 2023 et la redescente du CAB en Pro D2. Grâce à une clause dans son contrat, une belle opportunité s'offre à Bituniyata. Toulouse lui propose d’abord un simple statut de joker Coupe du monde. Un pari pour un joueur qui aurait pu rechercher davantage de sécurité ailleurs. Mais probablement le contexte idéal pour lui.

"Toulouse, c’était le rêve pour que Seta puisse pratiquer un rugby fait pour ses qualités", estime Péjoine.

Dans un système où l’initiative est encouragée et le jeu de mouvement prôné en permanence, Bituniyata élargit sa palette. Le Stade le conserve finalement deux saisons et accélère la transformation de l'ancien monolithe massicois.

Qui se blesse néanmoins gravement au genou un soir de décembre, dans sa dernière année de contrat, alors qu'il cabossait du Lyonnais. Il ne rejouera plus avec Toulouse mais cela n'empêche pas l'ambitieux Provence Rugby de lui proposer un joli contrat pour l'aider à atteindre son rêve de Top 14.

À Provence, l'apogée de "Bitu"

Depuis, Bituniyata a encore changé de dimension. Repositionné en numéro 13 depuis un an, il n’est plus seulement celui à qui l’on donne le ballon pour gagner la ligne d’avantage. Le Fidjien a appris à gérer son agressivité, faire jouer après et autour de lui, jusqu'à devenir la véritable plaque tournante offensive des hommes en noir.

La saison passée, ses 15 essais en 28 matchs ont d'ailleurs accompagné Provence jusqu’à l’Access Match. "C'est un joueur qui ne passe que très peu par le sol aujourd'hui. On retrouve vraiment son sang fidjien."

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Son quotidien explique aussi une partie de cette transformation. "C’est le premier à arriver au club le matin, c’est vraiment un exemple dans son professionnalisme", assure son coéquipier provençal Guillaume Piazzoli. "C’est une bête en musculation qui travaille dur pour être le joueur qu’il est."

Cette saison encore, ses 11 plaquages cassés, 4 franchissements et 425 mètres parcourus ballon en main racontent la même histoire : la Pro D2 n’a pas vraiment trouvé comment contenir Bituniyata.

Et maintenant, les Fidji ?

Reste alors une anomalie dans cette trajectoire. Comment ce joueur dont le nom n'a jamais semblé aussi difficile à ignorer n'a-t-il jamais été appelé par les Fidji à XV ? Pour un conflit passé avec la Fédération fidjienne au moment de sa venue en France, nous a-t-on soufflé ici et là.

Mais au regard du joueur qu'est Seta aujourd'hui, on voit mal comment la délégation du Pacifique ne pourrait pas l'embarquer avec elle en Australie pour le Mondial 2027. Vous imaginez Bituniyata associé à Josua Tuisova au milieu du terrain ? De notre côté, on ne préfère pas...

Chandelle 72
Chandelle 72

Réponse : en passant par Toulouse.
Comme Chelsin Kolbe,
cet ingrat !
( Au cas où, je plaisante)