Un deuxième ligne peut-il concilier devoir et science du jeu ?
Broddie Retallick est l’exemple parfait du numéro 4 ou 5 moderne.

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Dans cette première mouture de l'Atelier philosophique, nous nous sommes intéressés au deuxième ligne. Un joueur de devoir mais pas seulement.

La philosophie kesseussé ? C’est ce que les maigrichons ont inventé pour essayer de briller en société. Probablement pour compenser leur physique ingrat. Au Rugbynistère on essaie de répondre aux questions que tout amateur se pose. Aujourd’hui, peut-on être deuxième ligne et intelligent ? 

Dans un premier temps, une mise au point s’impose. Qu’est-ce qu’un deuxième ligne ? Ils évoluent par paire et portent les numéros 4 et 5. Généralement, ils sont les plus grands de l’équipe, souvent d’anciens basketteurs qui commencent le rugby tardivement (RPZ Jérôme Thion). Parmi les joueurs notables à ce poste on retrouve Pascal Papé ou Lionel Nallet en France ou encore Jamie Cudmore et Bakkies Botha à l’étranger. Que des poètes. Tel un Terminale Littéraire qui passerait l’épreuve de philo coeff 7, je vais présenter un plan en deux parties. D’un côté je réponds oui, de l’autre je réponds non, puis je conclue. Ce qui me vaudra un 6/20 et me fera échouer au Baccalauréat, le début de ma descente aux enfers.VIDEO. RCT - MHR : Bakkies Botha et Mamuka Gorgodze se chambrent et font le show

Le deuxième ligne au XXIe siècle

Nous sommes en 2018, le rugby est professionnel depuis quelques décennies, les joueurs qu’on voit à la télé sont tous taillés comme des armoires, les demis de mêlées sont même capables de poser des culs à des troisièmes lignes. C’est le monde à l’envers. J’ajouterai même que le contexte historique de notre sport est plus tourné vers le bodybuilding et à l’intelligence situationnelle. Autrement dit, les joueurs sont à la fois taillés en V et dotés d’une stratégie à toute épreuve. Ce qui en soit est plutôt paradoxal. Heureusement pour nous, il reste les catalans qui perpétuent la tradition qui veut que les rugbymans soient tous des bourrins. Mais intéressons-nous aux héritiers d’Imbernon. Cette légende du rugby qui doit se tirer les cheveux à l’heure qu’il est.VIDÉO. Rugby Championship. Repli, grattage et feinte de passe, l'essai de 80m de Brodie RetallickDe nos jours, l’intelligence (ce fléau) touche même le poste de deuxième ligne. Et je dis bien touche car, nous le prouverons plus tard, ce n’est pas la qualité première de ces joueurs, à la base. Broddie Retallick est l’exemple parfait du numéro 4 ou 5 moderne. Je vous l’accorde il possède le faciès d’un joueur de 2e série… aguerri. Toutefois, il est capable de vous balancer une triple sautée de 30m pour atteindre son ailier qui l’a appelé 3 temps de jeu avant alors qu’il était en train de déblayer un ruck. Mais il n’est pas seul ! Il y a peu c’est Steve Mafi qui allait planter un essai de 40 mètres après deux cadrages débordement consécutifs. Déjà qu’un seul tient de la chance, dès le deuxième on peut crier au miracle. Il n’en est rien. Comme je vous le disais, les dernières saisons ont vu naître des deuxièmes lignes capables de faire jouer derrière eux par un offload (Nakarawa style), voire de tenter une redoublée avec leurs numéros 9, tout en courant les 100 mètres en 12 secondes pour rattraper un ailier en bout de ligne. Une aberration. Mais à quoi ça rime me demanderez-vous ?

Et bien c’est simple. Le poste de deuxième ligne est appelé à une certaine polyvalence. Fini le temps où on leur demandait uniquement de secouer les adversaires sur chaque ruck, désormais pour avoir la panoplie complète il faut plaquer, courir, gratter, sauter, lever, passer, regarder, se replacer rapidement, et tout ça en mode repeat pendant 80 minutes.

(Vous vous êtes probablement évanoui en lisant ces lignes et je vous comprends. Moi-même j’ai été obligé de manger un sucre pour pouvoir terminer cette liste.)

Aussi, il n’est pas rare de voir des troisièmes lignes monter en grade, comme Piula Faasalele, voire des deuxièmes lignes descendre à l’aile de la troisième ligne comme c’est le cas pour Arthur Iturria. Ce qui fait d’eux de véritables couteaux suisses dont les anciens se servaient pour se couper une belle tranche de saucisson large comme le pouce. Mais la vie est bien faite. Cette épidémie n’a pas irradié toute la planète rugby, il persiste encore des joueurs de devoirs. C’est le sobriquet donné aux joueurs débiles en gros. Ce qui nous amène à notre deuxième point.

Les joueurs de devoir

Dans tout ce ramdam rugbystique, on retrouve encore des puristes. Des rugbymans qui perpétuent la tradition selon laquelle le deuxième ligne est un véritable boucher, le joueur qui arrive le premier à la moindre échauffourée alors qu’il n’a même pas été capable de faire un pas de plus pour accrocher le demi de mêlée qui se faisait la valise, dans la lignée d’un certain Olivier Merle. Surnommé l’homme et demi par les Néo-Zélandais, cet homme était capable « d’éteindre » deux piliers adverses pour offrir une mêlée plus stable à son talonneur (Vous retrouverez cette anecdote dans la biographie de Philippe Saint André). Le décor est planté.

Oui mais voilà, est ce qu’il fallait seulement être un joueur rudoyant pour jouer à ce poste à l’époque ? Oui. On ne demandait guère mieux à ces hommes. Ils étaient même reconnaissables sur le pré grâce à leur bandeau. Pour les néophytes, le bandeau c’est un bandage collant censé protéger les oreilles en mêlée fermée. Officieusement, c’est toujours un bandage collant mais très cintré au crâne permettant une moins bonne oxygénation du cerveau et par conséquent une réflexion plus limité. Une aubaine pour tout joueur du cinq de devant. Mais ne soyons pas mauvaise langue, des artistes célèbres perdurent de nos jours : Courtney Lawes, prince de la tendresse dans les flottantes et capable d’assassiner ses coéquipers en sélection. Rodrigo Capo Ortega, el poeta uruguayano. Yoann Maestri, pour la French Touch. Mamuka Gorgodze, retraité guerrier du Caucase qui offrait tant d’amour sur les terrains de France.VIDEO. 6 nations. Angleterre - France. Le plaquage annihilateur de Courtney Lawes sur Jules Plisson

Mais on atteint le paroxysme lorsque ces joueurs se rencontrent, ce qui donne lieu à de magnifiques ballets, comme lors du Tango en duo entre Tomas Lavanini et Eben Etzebeth. Un véritable cadeau pour la rétine. Le Sud-Africain qui est sûrement le meilleur hybride en la matière. A mi-chemin entre le joueur moderne et le successeur de Bakkies Botha. A ce niveau c’est de l’art.


Vous l’aurez compris, traditionnellement, le poste de deuxième ligne était un véritable métier dont la compétence majeure était d’avoir l’âme d’un combattant et dont la pitié était à proscrire du vocabulaire. Désormais, le batailleur laisse peu à peu sa place au joueur de ballon et il n’est pas rare de voir émerger des Maro Itoje ou d’autres Richie Gray. Mais la beauté de notre sport implique une vraie hétérogénéité des styles nous proposant donc encore quelques joutes épiques.VIDEO. INSOLITE : le tour de magie de Maro Itoje face aux Wasps

Ce qui me permet de conclure en disant que votre QI de 22 n’est pas un obstacle à ce poste si vous vivez dans les années 70 (ou que vous jouez en 3e série). Toutefois, vous pouvez quand même connaître le haut niveau à condition que votre partenaire à ce poste ait lui un QI de 138 ainsi à vous deux vous formerez un génie.

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Rettalick, c'est le mec qui ressemble au méchant des James Bond à l'ancienne, et dont le style classieux te rend amoureux du jeu...

  • to7
    14366 points
  • il y a 1 an

c'est pas très sympa de dire que courir vite ou être adroit de ses mains est l'everest de l'intelligence pour un 2e ligne

Sinon, pour participer sur le sujet, ayant dépanné un peu à ce poste, c'est tellement exigeant physiquement qu'on y perd vite sa lucidité et tout le monde sait qu'un mec très con sur le pré n'est pas toujours un débile; tout comme un "génie" sur le pré peut juste courir vite, avoir de bonnes mains et voir les intervalles; ce qui n'est pas nécessairement incompatible avec un QI limité

@to7

oui, avec ce qu'abat un 2e ligne dans un match, et quand on voit toute la barbaque qu'il porte sur lui, rien que de le mater ferrailler, ça me fatigue. pas étonnant que ce soient les premiers dans le rouge. et c'est pas un ailier qui va peut être faire un 10ème du taf du seconde ligne qui risque de partir en vrille à cause du surmenage.

  • Ahma
    93197 points
  • il y a 1 an
@dusqual

Les ailiers sont les vrais héros. C'est beaucoup plus dur de rester dans un match quand tu touches un ballon toutes les trois heures.

Évoquer Imbernon ou Estève sans citer Palmié parmi les deuxièmes pompes poètes qui savaient si bien faire rimer combat et coup bas, conquête et fourchette ou regroupement avec étranglement. ?

@lelinzhou

Oh oui Ramses, la poésie lui collait aux bandelettes....

Chouette article, avec en point d'orgue cette photo de Broddie qui aurait pu suffire à répondre à la question de départ : on peut être deuxième latte de génie tout en prenant son pied à manger des enfants au petit déjeuner.

  • Ahma
    93197 points
  • il y a 1 an
@Team Viscères

J'ai failli te reprendre en te disant que le point d'orgue c'est à la fin, puis je me suis dit "achtung, c'est Team, on ne le coince pas comme ça". Réflexe salvateur.

@Ahma

Du coup tu m'as forcé à aller chercher. Certains l'utilisent pour désigner la fin d'un évènement, d'autres pour désigner le sommet d'un évènement, d'autres pour désigner le sommet d'un évènement se produisant à la fin (là tu sens les mecs qui ne veulent pas prendre de risque), et les puristes rappellent que cela vient du solfège et est utilisé pour prolonger une note ou un silence et donc désignerait un instant qui se prolonge indépendamment de l'intensité de cet instant ou de sa place dans la chronologie.
J'en conclus que c'est une expression pourrie et je décide donc de la boycotter à partir d'aujourd'hui.

@Team Viscères

Sinon il y a le point d'Orque... Rapport au régime alimentaire...

  • Ahma
    93197 points
  • il y a 1 an

Fallait pas être si défaitiste, élève Durroux, ça mérite la mention bien (j'étais même tenté par le très bien, mais par principe c'est réservé à Ovale Masqué).

À propos de descente aux enfers, en voyant la tête de Retallick sur la photo je peux répondre a la question du titre : oui mais il faut être le Diable.

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