Mais comment je me suis retrouvé champion Occitanie par hasard ?
Les champions Occitanie heureux comme tout !
Ce dimanche a eu lieu la finale Occitanie des sélections départementales séries entre la Haute-Garonne et l’Hérault. Récit d’une journée improbable.

La nouvelle formule des sélections joueurs n’est plus la même. Finis la sélection régionale avec les nouveaux comités. Place aux sélections départementales ! Et c’est la sélection Haute-Garonne qui affronte l’Hérault en finale à Castelnaudary, un patelin qui mélange grillages autour du terrain et touriste à vélo sur le canal du midi. 

Jeudi 12h30

L’heure du repas, mais aussi l’heure du stress pour l’entraîneur des avants de la sélection Haute-Garonne, Marc Baldacchino. En ce week-end prolongé de demi-finale de Top 14, il se rend compte que leur centre attitré ne serait pas présent. Petite réflexion et recherche de contact et il compose mon numéro. Son message aurait dû me faire douter, affronter une sélection des meilleurs joueurs de l’Hérault en finale freinerait les plus vaillants. Pas de soucis, je ne suis pas vaillant. Il a su dans ces quelques mots faire ressentir le caractère unique chez moi, celui qui donne envie. Sans trop tarder, j’accepte sans savoir contre qui j’allais jouer, pour quoi, quand et à quel poste.

Salut, j’ai un petit problème avec la sélection Haute-Garonne, il me manque du monde. Donc si ça t’intéresse, rappelles-moi !  

Dimanche 9h00

Le rendez-vous est à 9h à la fameuse Maison du Rugby des Argoulets, à Toulouse. Pour l’image du rugby français et éviter le rugby caviar, ils ont installé 6 dos d’âne qui empêchent toutes voitures du type Ferrai ou Porsche d’accéder au Marcoussis de la chocolatine. Je me retrouve à dire bonjour à des joueurs contre qui j’ai joué, d’autres que je ne connais pas, d’autres que je connais, et d’autres dont je ne connais toujours pas le prénom encore aujourd’hui. Après le café, petit mot et remise des polo fait pour l’occasion. Les joueurs de Cazères n’avaient pas prévu que la finale aller avoir lieu en même temps que la fête du village. Le hasard de l’astrologie ou l'astrologie du hasard. Ils se donnent des petits conseils : « Quand tu sers la main au président, ne respire pas d’accord ? » Pas de bol, à sa remise de polo, l’entraîneur veut faire une photo qu’il rate 3 fois. 

10h00. La mise en place

Direction le terrain pour la mise en place avec les entraîneurs et sous les yeux des encadrants de la sélection qui sont eux bien à l’abri. Sous la pluie et avec des gouttes de la taille de cochonnet, la mise en place se fait entre des joueurs qui doivent gommer tous leurs tics rugbystiques pour sortir un rendu le plus homogène possible. Les combinaisons sont les mêmes que dans les clubs, seul le nom change. L’entraîneur nous conseille de ne pas mettre les fers, parce que je cite : « La dernière fois, la foudre est tombée sur le terrain et tous les joueurs en fers sont restés sur le carreau ! » Me lancer dans une argumentation météorologique à 10h est bien trop risqué :

- Mais la foudre elle tombe pas 2 fois au même endroit non ?
- Tu vas voir cette après-midi ta théorie.

11h. Le repas 

Direction la salle de restauration pour tout le monde. Un repas de dimanche midi typique : carottes râpées, œuf, riz, poulet, fromage blanc. Je surveille mon assiette vu les quantités, et surtout parce que je me retrouve à côté de Sami, 1m90, du muscle partout mais aussi gentil qu'un agneau. Un gros cœur dans de grandes mains. Un moment d’inattention et ton poulet pané se retrouve dans son assiette. Et je ne veux pas prendre le risque de le récupérer, au pire, je mangerais 2 yaourts ce n'est pas si grave. S’en suit des photos de "Game Day" et de mise en scène avec le polo. Direction le bus !

13h00. Le stade

Le groupe arrive dans un stade avec une magnifique pelouse. Magnifique, parce qu’on joue tous en série, il ne faut pas l'oublier. On n’avait jamais vu autant d’herbe sur un terrain depuis les champs qu’on apercevait sur l’autoroute. Il fait déjà chaud et je sens que ma condition physique me jouera des tours. 3 mois sans jouer et je me retrouve sur un terrain avec 25 degrés. À cet instant, je me remémore le moment où j’ai répondu « oui » pour venir. Trop tard, j’y suis, j’y reste (on verra comment). Les joueurs de l’Hérault sont déjà changés, strappés, vaselinés et déchainés. Nous, on fait la queue pour aller aux toilettes en criant à l’assassinat sur celui d’avant.

14h00. Game Day

Échauffement et photo officielle passés, c’est l’heure de rentrer dans l’arène. En face, on comprend qu’ils veulent être champion et que la plage t’oblige à garder la ligne avec l’été qui arrive. Les sélections n’ont plus de limite d’âge, ou alors le numéro 1 adverse vieillit plus vite qu’un avocat dans le frigo. Dès le début, le match est engagé et il le restera jusqu’à la dernière minute. Beaucoup de fautes de part et d’autre et l’arbitre de champ a l’impression d’être dans un orchestre symphonique à souffler dans un instrument. C’est plus tard que je me retourne pour dire à mon ailier que je n’en peux plus, avant qu’il me réponde « mais on est à la 8e minute de jeu ». D’accord. 

Sur une pénalité adverse, je me retrouve entre les deux arbitres de touche. Moment idéal : « Les gars, on ne parle pas et on met plus les mains, l’arbitre je le connais, il va nous la mettre à l’envers ! » Ni une ni deux, l’arbitre de touche monte dans les tours et me demande de me calmer. Sourire aux lèvres, je lui explique que je le connais et que je rigolais. Lui un peu moins. Toute l’après-midi, j’ai dû demander à lautre arbitre de touche de nous montrer les 10 et 5 mètres en défense, obligé de tout faire. Il avait raison Arnaud Mela ! Suite à un énorme travail de la mêlée et de notre numéro 9 Arnaud, le ballon va au bout et sur une passe à plat… sur une passe très à plat… nous marquons. Arnaud, 1m40 et le poids d'un mannequin londonien, enchaîne les pénalités des 40 mètres. Alors que moi, mon jeu au pied atterrit dans les bras du numéro 15, sans pression, avec le terrain et des trous partout devant lui. Le match continue d’être engagé, et même un peu trop, quelques mauvais gestes et des insultes à l’arbitre. Ce peut être dommageable quand tu joues pour une sélection départementale où porter ce maillot est un symbole des valeurs du rugby que tu dois véhiculer. Mais l’enjeu peut souvent dépasser le jeu et les valeurs. Malgré quelques cartons, les joueurs concernés ont pu discuter avec les arbitres et c’est aussi ça le rugby : une baffe puis une caresse.

La joie au coup de sifflet final !

15h45. Champion mon frère

Trois coups de sifflet gourmands, et la sélection Haute-Garonne se retrouve championne Occitanie séries ! Des sourires, des chants, des félicitations et de la joie entre des mecs qui ne se connaissaient pas il y a encore deux mois. Le retour dans la ville rose a été animé avec un petit passage par un bar mythique toulousain. Impossible d’aller plus loin dans les détails, parce que rien n’a été fait dans le détail. Les gens se demandent qui est cette équipe, mais se faire passer pour les champions Occitanie de pétanque était bien plus facile à expliquer. J'ai même découvert qu'une partie de pétanque se gagne en 13 points.

Le bouclier

Le bouclier a vécu et il ne sera sûrement plus présentable aux officiels. Les noms gravés comme de peur de ne pas se rappeler de cette aventure. C’est aussi ça les sélections, montrer aux joueurs que le rugby se présente sous mille formes différentes et pas que celle dans laquelle tu évolues depuis des années. Tu peux rencontrer des gens et jouer avec des gars que tu n’aurais jamais rencontré. Tu peux faire la bise à un mec à qui tu ne voudrais même pas parler dans la vie. Tu rencontres des dirigeants qui puent le rugby. Tu découvres des joueurs de 4e série avec un physique de Fédérale 1. Et le bouclier a été le dernier maillon d’une chaîne qui relie tous ces mecs. Malheureusement, les joueurs de Cazères l’ont emmené vivre leur fête de village. Et même abîmé, le bouclier reste un bouclier. 

Heure et lieu du crime.

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Excellent recit, bravo à l auteur pour le texte et la victoire.

  • Jak3192
    46277 points
  • il y a 1 semaine

Là,
c'est du beau.
Bravo à l'auteur-qui-je crois-l'avoir-compris-est-aussi-joueur

Superbe récit

  • Ahma
    73639 points
  • il y a 1 semaine

Ne manquez pas le prochain témoignage de ced : " Mais comment je me suis retrouvé en Occitanie ?!?".

  • ced
    95973 points
  • il y a 1 semaine
@Ahma

m'en parle pas, j'y vais dans 15 jours
je suis en pleine préparation psychologique

  • Jak3192
    46277 points
  • il y a 5 jours
@ced

Cherche tu à nous faire croire que tu es un émigré-qui-vit-ailleurs-que-ce-pour-quoi-il-se -bat ?

  • Ahma
    73639 points
  • il y a 4 jours
@Jak3192

Il cherche surtout à nous faire croire que Perpignan n'y est pas, en Occitanie.

  • Jak3192
    46277 points
  • il y a 4 jours
@Ahma

Déjà qu'il parait que Castres est dans le Tarn...

  • ced
    95973 points
  • il y a 4 jours
@Jak3192

je n'ai jamais émigré chez qui que ce soit c'est les autres qui veulent tous vivre chez moi
et bravo pour la victoire (allez l'Usap)

  • Jak3192
    46277 points
  • il y a 4 jours
@ced

Alors pour le vrai-faux émigré,
Bon courage pour la votre (de victoire) en 2020

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