PORTRAIT - À 61 ans, cet ancien Maori All Black évolue encore en 2e série !
William, en bas à gauche, n'est pas prêt de raccrocher !
Le Rugby Club Pontois, en Charente-Maritime, voit chaque dimanche un ancien Maori All Black évoluer sur son terrain : William Phillips. Portrait.

Au ROP (Rugby Club Pontois), la renaissance et l’envie sont deux mots qui rythment les dernières années. Les débuts du rugby pontois remontent à 1907, avec sur son CV une mise en sommeil jusqu’à une renaissance dans la fin des années 60. Il y a 4 ans, le spectre d’un nouvel échec du rugby à Pons planait jusqu’à ce qu’un groupe de dirigeants et de joueurs du bassin décident de raviver la flamme ovale de ce club. En 4 ans, les Pontois sont passés des abîmes du classement régional en 4e série à un titre régional au même niveau, suivi l’année d’après par un nouveau titre en 3e série. Le ROP évolue aujourd’hui en 2e série, terminé à une belle 4e place.

Mais c’est une autre belle histoire qui rythme le village de Pons : un ancien Maori All Black foule la pelouse du Stade Roger Pellevoisin chaque dimanche. Il s’agit de William Phillips, 61 ans, qui a joué pour Auckland et les Maori All Blacks. Après une pige à XIII chez les marines, William a ensuite migré vers l’Angleterre, pays d’origine de sa femme, pour jouer à Northampton, puis en 2e division. À Auckland, il a notamment joué avec des champions du monde 87 comme Fitzpatrick, Whetton, Jones et la charnière All Black Kirk - Fox.

Des Maori à la Charente

Avec les Maori All Blacks, il affronte la France, l'Australie et l'Afrique du Sud. Cet amoureux de la côte basque et de la région Aquitaine s’installe ensuite entre Saintes et Pons, en Charente. La rumeur d’un ancien Maori All Black a poussé l’ancien entraîneur de Pons, Bruno Salvin, à le retrouver. "Il a discuté avec ma femme en lui posant des questions sur ma carrière, car moi, je suis très réservé et je ne dis pas grand chose !", a-t-il déclaré au magazine Hors-jeu.

J'ai joué avec Kirwan, l'ailier qui avait des ailes à la place des jambes. Mais je n'étais pas fan de lui (rires) car il était gominé ! On le plaquait et il avait toujours sa belle coupe (rires), le beau gosse quoi ! Un peu comme Denis Charvet (rires). J'aime plus les hommes comme Philippe Sella, c'est la classe. - William Phillips pour le magazine Hors-Jeu.

Il a aujourd’hui 61 ans, et joue encore en 2e série pour Pons. Son entraîneur Brahim Haddab, ancien entraîneur du TCMS et originaire de Pons, nous parle de lui :

Comment William est arrivé au ROP ?

Il est venu courir en fin de saison, il y a deux ans. Nous avions convoqué tous les joueurs à la fin de saison pour préparer l’année d’après, et il s’est pointé. Au début, je me disais que ça allait être compliqué par rapport à son âge, parce que c’est le parcours du combattant pour obtenir la licence. Il m’a dit : "je ferais tout ce qui faut pour obtenir les papiers", et donc il est là. Naturellement.

William PhillipsLe vétéran est toujours au soutien.

Est-ce que vous comptez William parmi les joueurs l’année prochaine ?

Je crois qu’il va reprendre pour une année de plus, en tout cas, c’est ce qu’il nous disait la semaine dernière. Il se tâte, mais physiquement, il est encore opérationnel.

J’imagine qu’à 61 ans, il reste un bon joueur ?

Oui ! (Rires) On le fait jouer une mi-temps, parce qu’il ne faut pas trop tirer non plus. Je le garde souvent en 2ème mi-temps. L’année dernière, je le faisais jouer d’entrée et quand il était fatigué, je le sortais. Mais en 2e mi-temps, il a le temps d’analyser, une de ses grandes qualités. Il peut guider les mecs sur le terrain. Dans l’idée première c’est qu’il ne soit plus sur la feuille de match, parce que ça voudrait dire que tu as les jeunes qui assurent. Mais il a sa place ! Malgré tout son parcours, on ne fait pas de cadeaux. Je suis autant exigeant avec lui qu’avec les autres. Il joue 3e ligne, à 61 ans, ce n'est pas rien ! 

Même à 50 ans, je pense qu’il démontait tout sur le terrain encore, déclare son entraîneur.

Comment est-il perçu par ses coéquipiers ?

Premièrement, les jeunes l’appellent le papi. Il a une aura dans l’équipe, parce que déjà, il est exemplaire. Jamais il ne parle à l’entraînement ou sur le terrain, il va de temps en temps venir me voir pour me dire "est-ce qu’on peut faire ça", mais jamais un mot ! Lui il se tait, c’est discipline contrairement aux autres (rires). Sur le terrain, il ne triche pas et il remet souvent l’équipe dans le bon sens. 

William PhillipsÀ 61 ans, le jeu d'évitement reste annexe.

Et par les joueurs adverses ?

Les gens sont impressionnés par sa longévité sur les terrains. À chaque fin de match, ils vont le voir et ils le félicitent. Il n’y a pas d’animosité comme un joueur qui voudrait accrocher à son tableau de chasse un Maori.

Ça fait longtemps que William est en France, mais je crois que plus ça va, moins il parle bien français ! (Rires), nous avoue son entraîneur, Brahim Haddab.

Il est si exemplaire que ça ?

Oui… Après, c’est un peu un blagueur. Il aime bien à l’entraînement mettre des petits coups par-derrière, des petits croches-pattes au plus jeune, etc. C’est surtout qu’on ne le soupçonne pas ! On ne se dit pas "ah c’est William" !

Il s’est bien intégré donc ?

Complètement ! Tu crois qu’à 60, tu irais te faire chier sur un terrain de rugby si tu n’es pas content d’y être ? Tu restes chez toi avec ta femme et tes enfants, tu t’occupes autrement. D’ailleurs, sa femme ne dit rien, ça a été dur quand il a repris une licence, mais bon, elle s’est résignée au fait qu’il joue encore. (rires)

William PhillipsWilliam en départ de mêlée.

Est-ce qu’il y a vraiment une différence entre la culture néo-zélandaise et française ?

Bien sûr ! Notamment sur la discipline, la rigueur, le respect et l’écoute. C’est une approche du rugby. C’est une culture anglo-saxonne. Par exemple, William va courir le lundi et 2 - 3 fois par semaine. Par contre le mercredi, il ne vient pas trop à l’entraînement, parce que justement il veut aller courir le lundi, le mardi et le jeudi à la place. Il se responsabilise et il est obligé d’avoir une bonne hygiène pour éviter la blessure.

Même s’il a joué à haut niveau, à 61 ans le rugby reste dur pour tous. Il ne s’est jamais blessé, l’an dernier il s’est un peu fait mal, mais sinon, aucune blessure grave. C’est un athlète avant tout, quand tu le vois dans les vestiaires, tu comprends mieux ! (Rires)

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  • chekka
    19 points
  • il y a 4 mois

Un grand merci de la part de sa famille pour ce beau portrait! Lire tout ça sur mon père me donne des larmes aux yeux.. et un énorme merci à l'équipe de Pons de lui avoir donner une dernière famille de rugby avant la retraite qui se fera sûrement bientôt.. Il vous adore!

  • mimi12
    64614 points
  • il y a 4 mois

Sympa comme histoire !

Donc en fait Sireli Bobo ne serait qu'un simple clone?

  • Jak3192
    47413 points
  • il y a 4 mois

Un grand malade

Respect

Waooww !!! J'aimerais bien le rencontrer. Moi qui suis un peu flemmard physiquement, il pourrait me mettre des coups de pied au cul pour m'y remettre fissa !!!

On peut pas le naturaliser vite fait avant Septembre ?

Impressionnant !

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