Un Tournoi qui s’annonce incandescent
Tenant du titre, le XV de France abordera le prochain Tournoi des 6 Nations avec un statut à assumer… et un calendrier plutôt favorable. Les Bleus joueront trois fois à domicile, après avoir récupéré des éléments majeurs comme Dupont, Mauvaka ou Cros, et arrivent avec une vraie continuité de jeu. Mais attention, car rarement le Tournoi n’a semblé aussi dense.
L’Angleterre reste sur 11 succès consécutifs au niveau international, l’Italie progresse à grande vitesse, l’Écosse s’installe durablement dans le haut niveau. Seul le Pays de Galles traverse une période sombre. Un constat partagé par plusieurs observateurs, dont Dimitri Yachvili et Matthieu Lartot, qui voient dans cette édition un Tournoi charnière.
Irlande – France : un choc moins déséquilibré qu’avant
Pour Dimitri Yachvili, ce Tournoi va se jouer dès la première journée. Et le contexte n’est plus tout à fait le même qu’en 2024.
« Je pense que les Irlandais sont moins bien physiquement que les années précédentes. Ils ont une équipe un peu vieillissante en termes d'âge déjà. Et puis sur le plan physique... ils ont beaucoup de blessés. Ils ont de la casse. Donc, je pense que ce sera plus équilibré que le match à Marseille en 2024. C'est un match qui va lancer le tournoi, tout simplement. Si ça démarre bien, après on peut rêver une finale. Une finale et un Grand Chelem. Enfin, un potentiel Grand Chelem lors de la dernière journée avec ce France-Angleterre. »
Même prudence du côté de Matthieu Lartot, qui évoque une Irlande moins fringante, notamment au regard des performances des provinces. « On n'a pas vu une équipe du Leinster éblouissante, contrairement aux années précédentes, donc on va être optimiste pour ce premier match. » Sans être affaiblis, les Irlandais semblent plus prenables que jamais.
Un Tournoi plus homogène que jamais
Ce qui rend cette édition si particulière, c’est l’élévation globale du niveau. Il n’y a plus vraiment de match “bonus” garanti. L’Italie n’est plus la lanterne rouge résignée, l’Écosse ne se contente plus de promesses, et l’Angleterre a retrouvé de la constance. Même l’Irlande, référence absolue ces dernières années, montre quelques fissures. Pour la première fois depuis longtemps, le Tournoi ressemble à un vrai championnat à cinq… voire six équipes, avec des styles affirmés et des joueurs installés dans des clubs performants en Champions Cup. C’est aussi ce qui renforce la valeur des victoires et la pression sur les favoris.
Italie et Pays de Galles : attention au piège, pas au mirage
Sur le papier, le Pays de Galles semble décroché. Yachvili ne cache pas sa tristesse. « C'est même triste de voir le rugby gallois à ce niveau-là… On se dit, on va jouer le Pays de Galles, c'est sûr qu'on va gagner. Donc, ils ne rentrent plus réellement dans la compétition, finalement. » Lartot est encore plus direct : « Le Pays de Galles est en déclin total, les provinces sont à l'agonie, il n'y a plus d'argent, il n'y a plus de joueurs. L'équipe nationale sombre. »
Mais l’Italie, elle, inspire un tout autre discours. Yachvili prévient : « Attention à nos cousins latins… c'est une équipe à ne pas prendre à la légère. » Lartot abonde : « Les Italiens de Gonzalo Quesada ont fait une bonne tournée de novembre… Menoncello, Brex, Capuozzo… un paquet d'avants solide. À ne pas galvauder. » À Lille, dans un contexte inhabituel, ce match pourrait devenir un vrai révélateur mental.
Écosse – France : le match au piège par excellence
C’est peut-être le déplacement qui inquiète le plus. Murrayfield reste une terre hostile, et l’Écosse arrive lancée. Yachvili insiste sur la dynamique collective : « Avant, tu avais 2-3 joueurs qui sortaient du lot… Là, Glasgow tape le Stade Toulousain, gagne à Clermont. Ils sont performants. »
Lartot complète avec une analyse très juste : « C'est une équipe qui tourne peu, qui se connaît parfaitement. Murrayfield, c'est toujours LA destination. On est toujours sur un fil. » Avec des joueurs comme Finn Russell en pleine maîtrise à Bath et des clubs écossais compétitifs en Europe, ce match pourrait peser très lourd dans la course finale.
Angleterre – France : une finale avant l’heure ?
Si tout se passe bien, le Tournoi pourrait se jouer lors de la dernière journée, sur un France–Angleterre en prime time. Un scénario que Yachvili n’écarte pas : « Ça reste le match qui peut nous faire gagner le tournoi et potentiellement le Grand Chelem. » L’Angleterre arrive avec des arguments solides : « 11 victoires consécutives… des joueurs plus frais physiquement, plus disponibles pour l'équipe nationale. » La réduction à 10 clubs, subie mais structurante, a paradoxalement renforcé la fraîcheur et la compétitivité des internationaux. Lartot parle même d’« une vraie potentielle finale dans le tournoi ». Le genre de match où la pression dépasse largement le simple classement.
Un Tournoi pour marquer une époque
Pour le XV de France, ce Tournoi est une occasion unique de confirmer un statut, mais aussi de valider une maturité collective. Trois matchs à domicile, des cadres de retour, une concurrence saine à tous les postes : les conditions sont réunies. Mais dans un Tournoi aussi relevé, la moindre approximation peut coûter cher. Chaque rendez-vous comptera, chaque déplacement sera un test mental. Si les Bleus veulent rêver d’un Grand Chelem, il faudra maîtriser l’émotion autant que le jeu.
Rarement le Tournoi des 6 Nations n’a semblé aussi ouvert, aussi dense, aussi excitant. Pour les Bleus, l’opportunité est immense. À eux de la saisir, sans se voir trop beaux, mais en assumant leur rang.
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