L'incompréhension gagne les pelouses du Top 14. Arbitres, joueurs et staffs s'interrogent sur les nouvelles règles de World Rugby. Les dernières en date s'imposent à tous les championnats, dont celui de la France, sur cette période automnale. Alors que les changements de règlements se font généralement à l'intersaison ou au début de l'année civile, de nouveaux changements arrivent en pleine saison, dès le week-end prochain. Une situation inédite qui pourrait rendre l'adaptation des joueurs à ces nouvelles consignes plus complexe.
Parmi elles, le "hip-drop tackle" est désormais interdit, à partir du 1ᵉʳ novembre, sur les pelouses de rugby à XV. Ce plaquage consiste notamment à enserrer le porteur de balle, puis à laisser tomber tout le poids de son corps sur les jambes ou les chevilles de l'attaquant. Ce geste peut causer de graves blessures aux articulations. Dernièrement, il a envoyé l'All Black Leroy Carter à l'infirmerie pour plusieurs mois, après un match joué au début du mois. Le "knee-drop tackle" peut, lui, être sanctionné depuis le 5 octobre. Il s'agit de plaquer un joueur alors que le défenseur possède un genou au sol, soit une situation dangereuse pour le plaqueur.
Leroy Carter blessé par un ''hip-drop'' : tout juste interdit, ce plaquage est-il déjà sanctionnable ?Une règle mal connue des arbitres
Cédric Heymans, ancien international français, a réagi samedi 31 octobre au micro des Grandes Gueules du Sport, sur RMC. Triple vainqueur du Tournoi des Six nations (2004, 2006, 2007), il regrette le calendrier de ces modifications. Elles interviennent au milieu de l'exercice 2026-2027 et ne sont pas comprises par tous. « Tu changes les règles en cours de saison, sous l'influence des nations sudistes », estime-t-il. Il ajoute : « Pour protéger les joueurs, on peut tout mettre en place. Mais, c'est n'importe quoi. »
Pour étayer son propos, il a rappelé que les détails du protocole de commotion cérébrale n'étaient même pas connus des arbitres sur le match de Vannes contre l'ASM Clermont, en Top 14. Cette rencontre, jouée le week-end précédent, a donc vu les Bretons devoir jouer à 14, alors qu'ils auraient pu faire rentrer un nouveau joueur. Les huit changements maximum avaient déjà été effectués, et Vannes a fini la rencontre en infériorité numérique. L'ancien ailier du Stade Toulousain cite ce cas pour illustrer des règles qui ne sont pas maîtrisées sur le terrain.
Le risque de perdre un nouveau public
Cédric Heymans s'inquiète de l'effet de ces règles sur les spectateurs. Il rappelle que le rugby est « un sport qui est déjà compliqué », où « il faut faire des passes en arrière pour avancer ». Le rugby s'ouvre à un public plus large et l'ancien international craint que ce type de nouvelles mesures effraient les néophytes. En France, le Top 14 est bien représenté, avec du monde dans les stades. Compliquer encore les règles menace donc, à ses yeux, ce mouvement.
« Et là, on est en train, encore une fois, de se tirer une balle dans le pied. Ça me fatigue, ça m'énerve ces bien-pensants qui font n'importe quoi. » — Cédric Heymans, ancien international français, sur RMC
Audience et affluence : Top 14 et Pro D2 voient leur succès grimper en flècheDe nouvelles règles qui crispent
D'autres nouvelles règles ou directives ne plaisent pas à l'ancien professionnel. Le retour à huit remplacements au lieu de douze ne convainc pas Cédric Heymans. Il doute de ses bénéfices pour le sport. Il met en avant des joueurs qui perdent de la lucidité face à des joueurs plus frais. Pour lui, « les commotions arrivent généralement à l'heure de jeu ». Alors « les joueurs plus fatigués ne vont pas placer leur tête comme ils veulent et comme ils peuvent ». Il prévient : « On arrive finalement à des KO, donc attention de ne pas tuer le jouet avec lequel on joue. »
Déjà fortement sollicités, les arbitres devront aussi trancher de nouveaux faits de jeu. Les plaquages « pivotants » seront désormais complètements interdits. Pour parvenir à différencier les différentes techniques défensives dans le fil du jeu, Cédric Heymans leur souhaite bien du courage. À ses yeux, « on va encore une fois laisser l'interprétation à l'arbitre sur le plaquage ». Il ajoute : « Honnêtement, analyser un plaquage, ça va être un enfer pour eux, même avec la vidéo. »
« Hip-drop » interdit le 1er novembre, « knee-drop » déjà encadré : les deux gestes que World Rugby veut faire disparaître des terrains
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