Une tête de mariole, des bras de bûcheron et une voix définitivement éraillée depuis un mauvais coup reçu lors d'une empoignade, une après-midi d'automne, à Châteaurenard. Pour une tonalité qui colle finalement bien avec cette marmule de 2m02 et 127 kg désormais, qui filtra durant 15 ans l'entrée des établissements nocturnes toulonnais.
Alex Fernandes Lima ? Dans le quartier de sa jeunesse comme dans les groupes par lesquels il est passé, il reste "Le Grand Fernandes". Un personnage haut en couleurs comme il n'en subsiste que peu, dans le rugby amateur actuel. Et qui, à 47 ans, fait désormais durer le plaisir en Régionale 2, du côté d'Ollioules, proche de son Toulon natal. "Alex ne s'imaginait peut-être pas finir à Hyères, en Fédérale 2", écrivait Var-Matin à son sujet, en 2016. 10 piges plus tard, le géant joue toujours puisqu'il vient de reprendre une licence en Régionale 2, à Ollioules, après une pause de 2 ans. "C'est en moi. L'odeur des vestiaires et le plaisir du terrain me manquaient."
Un joueur "à l'ancienne", qui découvrit la balle ovale à l'âge où certains arrêtent (25 ans) au Mourillon, puis à Six Fours, et dut donc débuter avec ses qualités : la rudesse et la force. Puis, avec le temps, une certaine science de la touche, pas mal de malice et de belles qualités de coureur, avec ou sans ballon, ont pu émerger. "J'ai couru vite jusqu'à 42 ans grâce à mes grandes jambes (rires)."
« Quand j'ai commencé, je faisais 90 kg. Puis je me suis mis à la muscu et j'ai explosé. »
Des regrets ? "Celui de ne pas avoir débuté le rugby plus tôt. J'ai mis du temps à combler certaines de mes lacunes et je pense n'avoir été un bon joueur qu'à partir de 32/33 ans. Avec Toulon, qui m'avait proposé d'intégrer leurs Reichel lorsque j'ai débuté au milieu des années 2000, je me dis que j'aurais certainement eu ma chance en Top 14 si j'avais eu un parcours classique. Après tout, je fais plus de 2 mètres, j'ai assez vite pipé le rugby et disons que je ne m'échappe pas (rires)."
"La nouvelle génération consomme le rugby"
Pour sûr, celui qui, à la ville, exerce en tant que diagnostiqueur immobilier indépendant — et effectue aussi des gardes de 24h auprès de la caisse nationale militaire d'assurance maladie de Toulon — ne s'échappe pas. "De ma génération, on était tous comme ça", plaisante ce véritable meneur d'hommes aux origines portugaises, qui ne s'y retrouve plus forcément dans le rugby d'aujourd'hui. "La nouvelle génération consomme le rugby. Elle ne le vit plus."
Oui, Alex est quelqu'un d'intense. Dans ses interventions sur le terrain, son franc-parler mais aussi dans ce qu'il vit, avec passion. C'est ainsi que l'homme au timbre cassé a repris le rugby sans avoir plus rien à prouver pour autant, après un titre de champion de France de Fédérale 2 et avoir réalisé son rêve en jouant avec son fils, Sandro, à 3 reprises avec le Mourillon, où "Le Grand" a sévi de nouveau entre 2020 et 2024. "C'était un sentiment incroyable, et très puissant. J'étais aux aguets : en face, les types étaient prévenus qu'il ne fallait surtout pas toucher à un cheveu du filston", rigole aujourd'hui l'ancienne poutre de la Marine Nationale.
« Quand tu l'as à tes côtés, tu sais qu'il ne va rien t'arriver sur le terrain. » — Florent Baegert, 3ème ligne et ancien coéquipier de Fernandes Lima à La Valette
Qui, dans sa carrière, a évidemment connu quelques belles empoignades à l'image de la partie de manivelles face à l'Angleterre en 2016 sur laquelle il n'était naturellement pas le dernier. "Ça ne nous a jamais empêchés de boire une bière avec nos adversaires après le match", tempère Fernandez Lima, pour qui tout cela ne reste que du rugby.
L'ancien 3ème ligne de l'USAP et du RCT Greg Le Corvec, qui fut aussi son frère d'armes puis son entraîneur à Hyères, nous le confirme : "C'est avant tout un très bon mec et un gars qui ne déçoit jamais. Sur le terrain, c'était un joueur dur, mobile, travailleur et très déterminé." Celui qui supervise aujourd'hui les catégories de jeunes du RCT d'ajouter : "S'il avait démarré plus tôt, Alex aurait très certainement joué en pro."
La bande de copains de Hyères
Alex n'est donc pas tombé dans la marmite ovale étant petit. Cela n'a pas empêché cet ancien footballeur de niveau régional, contraint d'arrêter après une lourde opération du dos, de vivre une carrière longue comme le bras. Notamment à Hyères-Carqueiranne, où le géant fut une figure pendant plus d'une décennie, jusqu'au titre de champion de France de Fédérale 2 en 2017. Une aventure humaine qu'il évoque encore avec émotion.
INSOLITE. Balle dans la tête, mouchoirs, l'histoire incroyable du Tricolore Gérard Cholley !"On avait un groupe énorme. Avec de supers joueurs et des qualités, certes, mais surtout une fraternité et une solidarité à toute épreuve. On s'envoyait les uns pour les autres sans compter et c'est ce qui faisait notre force." Dans la ville des palmiers, Fernandez Lima connaîtra ensuite les phases finales de la 3ème division française à près de 40 piges, avant de rejoindre La Valette pour encadrer la jeunesse de ce club voisin.
"L'odeur des vestiaires me manquait trop"
En cette saison 2026/2027, le rugby de clocher a donc encore la chance de voir chacailler cette espèce en voie de disparition les dimanches, quand son emploi du temps le lui permet. « Mais à mon âge, jouer sur ces terrains synthétiques, c'est insupportable pour les articulations ! Pour me déplier le lundi matin, c'est copieux. »
AMATEUR. De la 2e Série à la Nationale, ces 2 golgoths provençaux se retrouvent entre fierté et nostalgieMais gare à celui qui viendra lui expliquer qu'il est trop vieux pour ces conneries. Alex s'entretient encore tous les jours pour profiter des dernières cartouches qu'il lui reste à tirer. Histoire de continuer à transmettre, tout en consumant sa passion jusqu'à la moelle. 47 ans ou pas, « consommer le rugby », ce n'est pas pour "Le Grand" Fernandes Lima !
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