Rennie donne les clés à Ruben Love
Dave Rennie a tranché sans regarder le nombre de sélections. Pour ouvrir la série de quatre Tests face aux Springboks, samedi 22 août à l'Ellis Park, Ruben Love garde le numéro 10 tandis que Beauden Barrett, 144 sélections et double joueur mondial de l’année, sort complètement des 23. Richie Mo’unga, rappelé récemment dans le groupe, n’y figure pas non plus. Damian McKenzie est remis de sa blessure à la cheville et débute à l’arrière.
Le pari devient encore plus net derrière la mêlée. Cam Roigard et Will Jordan retrouvent directement une place de titulaire sans avoir disputé les trois premiers matchs de tournée contre les Stormers, les Sharks et les Bulls. Ardie Savea revient comme capitaine, Fabian Holland remplace Patrick Tuipulotu et Tupou Vaa’i reste en troisième ligne aile. Rennie conserve également un banc classique en 5-3, loin d’une réponse frontale au fameux impact physique sud-africain.
Le XV : McKenzie – Jordan, Tupaea, J. Barrett, Moorby – Love, Roigard – Savea (cap.), Jacobson, Vaa’i – Holland, Lord – Lomax, Taylor, de Groot.
Remplaçants : Aumua, Bower, Newell, Segner, Lakai, Preston, Lienert-Brown, Carter.
Roigard-Love, la charnière pour accélérer
Le choix de Love n’arrive pourtant pas de nulle part. Rennie avait déjà installé la charnière Roigard-Love contre la France au début du Nations Championship, avec Jordan à l’aile et McKenzie à l’arrière. Le sélectionneur expliquait alors vouloir multiplier les joueurs capables de toucher le ballon dans le fond du terrain. Face aux Boks, cette continuité peut peser davantage que l’expérience individuelle de Barrett.
Roigard sera probablement le premier joueur à surveiller. Sa vitesse de passe, son jeu au pied tactique et surtout sa capacité à apporter du danger autour des rucks obligent les défenseurs à garder un œil sur le numéro 9. C’est précieux contre une défense qui adore monter fort et fermer l’extérieur. Love devra transformer ces fractions de seconde en décisions justes : jouer devant la ligne, trouver Jordie Barrett dans l’axe ou déplacer immédiatement le point de contact.
Jordan et McKenzie, deux arrières pour le prix d’un
Et puis il y a Will Jordan. Rennie le replace à l’aile droite, mais le rôle dépasse largement celui d’un finisseur collé à la craie. Avec McKenzie au fond, la Nouvelle-Zélande possède pratiquement deux arrières capables d’attaquer les espaces après un jeu au pied imparfait. Rennie expliquait déjà ce choix face aux Bleus en juillet : il voulait que Jordan touche beaucoup de ballons et disposer de plusieurs menaces dans le fond. Sur le pré de l'Ellis Park, un coup de pied dix mètres trop long peut rapidement devenir une relance de 60 mètres.
Avant de courir, il faudra gagner le combat
Le vrai test se jouera néanmoins plus près des gros. Les Springboks ont remporté cinq des six dernières confrontations, dont le 43-10 infligé aux All Blacks à Wellington en 2025. Vaa’i en numéro 6, ça répond directement à cette menace. Rennie l’avait déjà utilisé à ce poste contre l’Irlande pour densifier son paquet avant la série sud-africaine. Savea devra, lui, gratter, ralentir et remettre son équipe dans l’avancée comme il sait si bien le faire. Malcolm Marx a d’ailleurs placé la bataille dans les rucks parmi les secteurs majeurs de ce premier Test.
Le précédent dans ce stade mythique Park en 2022 donne une piste quant à la physionomie de ce choc. Les All Blacks s’y étaient imposés 35-23 en volant notamment quatre lancers sud-africains et en trouvant de l’avancée dans l’axe. Quatre ans plus tard, Rennie cherche un équilibre proche avec davantage de vitesse derrière : résister assez longtemps au bras de fer pour offrir des ballons propres à Roigard, Love, Jordan et McKenzie. Parce que face aux champions du monde, les Blacks auront rarement dix occasions franches. Leurs joueurs capables d’en transformer une demi en essai sont clairement ceux-là.
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