RUGBY AMATEUR. Cergy-Pontoise : la belle résurrection d’un bastion francilien

RUGBY AMATEUR. Cergy-Pontoise : la belle résurrection d’un bastion francilien
Le RCA Cergy-Pontoise est de retour en Fédérale !
Ancien bastion francilien de la Fédérale, le RCA Cergy-Pontoise fera son grand retour au niveau national la saison prochaine, après des années de reconstruction. Récit.

Là où j’ai vraiment pris conscience qu’il se passait un truc, c’est quand j’ai appris que cet été, les mecs s’invitaient, passaient des moments tous ensemble, en dehors du rugby. Le deuxième indicateur, ce sont les discussions du vendredi soir au club-house : avant, ça parlait gonzesses, soirées… À un moment, ça s’est transformé et je voyais les mecs parler rugby.” Mathieu Guyou peut savourer. Ce dimanche, l’entraîneur des ¾ du RCACP - comprenez Racing Club de l’Agglomeration de Cergy-Pontoise - a vu les siens obtenir leur montée en Fédérale 3, au terme d’une saison régulière pleine d’émotions. Sept ans que le club attendait ça. Vainqueur de l’Entente Mantes-Limay (27-19, score final), le RCACP est de retour au niveau Fédérale. Là où il appartient.

Rétrogradé en Promotion d’Honneur en 2011, en raison de sa liquidation judiciaire, le club s’est reconstruit. Doucement, mais sûrement. Et dans un seul but : recoller à son histoire qui avait fait de lui un des bastions du rugby francilien, jusqu’à la Fédérale 1. Après une première montée en 2013, la deuxième s’est tout de même faite attendre. Le président du club, David Prou, confie : C’était l’un des objectifs fixés en début d’année. Ça fait deux-trois ans qu’on ne passait pas très loin…” Un euphémisme. Toujours placés dans le trio de tête, mais jamais récompensés - seule la première place est synonyme de montée directe - les joueurs du Val d’Oise ont vu successivement Chevreuse, Sucy et le Massif Central leur passer devant, pour prendre la direction d’une Fédérale 3 tant désirée. Cruel destin, comme seul le sport peut nous réserver.

Une fin de saison haletante

Avec un bilan de seize victoires en dix-huit matchs, on aurait pu croire le Cergy version 2017/2018 capable de s’éviter une fin de saison à suspense. Las, il aura fallu attendre la dernière journée de championnat pour voir les supporters exploser de joie et envahir la pelouse du stade des Maradas. La faute à une équipe de Maisons-Laffitte - ancien pensionnaire de Fédérale - au parcours sportif quasi-identique, qui aura longtemps cru au scénario de rêve, façon remontada. Battu dans les Yvelines en mars, Cergy n’avait plus le droit à l’erreur dans le sprint final, où dix-huit points - sur vingt possibles - ont été pris. Quand dans le même temps, son adversaire, pourtant maître de son destin avant le dernier match, a craqué sur le fil.

Conjuguée à la belle victoire sur Mantes-Limay, la défaite (20-18) du voisin et rival face à Vincennes - sur un drop à la 80ème minute ! - a donc permis aux Cergy-Pontains d’accéder au graal d’une montée en Fédérale. Un coup de pouce du destin qui vient récompenser la valeur d’un groupe mis en avant par Thierry Prévot, l’entraîneur des avants : “on y a toujours cru dans des matchs compliqués, où on va gagner à la dernière seconde. Oui, il y a eu de la chance aussi, avec ce drop de Vincennes, mais la chance, elle se provoque. Les joueurs n’ont jamais connu la Fédérale, mais ils sont allés chercher cette montée. Le passé, c’est le passé. Cergy s’est reconstruit avec des jeunes et beaucoup d’envie. Beaucoup n’ont pas cru en nous, mais le résultat, il est là. On mérite de monter et c’est bien que ça se fasse directement, on n’aura pas la pression en phases finales (Rires).” Elles débuteront par les demi-finales du comité Île-de-France face à Bagneux (22 avril) avant le coup d’envoi des 32èmes de finale du championnat de France, le 6 mai prochain.

Les jeunes du club au coeur du projet

La montée avec des connards, c’est toujours moins agréable qu’avec des jeunes formés au club, même si parfois, certains s’en contentent. (Rires) C’était le projet en 2011 quand on a repris le club avec certains anciens : on s’était dit qu’on remonterait en s’appuyant sur la formation, sans faire n’importe quoi au niveau des finances.” Un coup d’oeil aux statistiques suffit pour donner raison au président du RCACP. Cette saison, ils sont vingt à être passés par l’école de rugby ou les Juniors, et à avoir porté au moins une fois le maillot de l’équipe première. Une transmission notamment symbolisée par Mathieu Guyou, ancien centre et capitaine de l’équipe à l’époque de la Fédérale :

Je suis super fier que ce soit ces joueurs-là qui nous efface des tablettes. À l’époque, il y avait un groupe en or, et on continuait de parler tout le temps de nous. Je me disais : “quand est-ce que va arriver le temps où on sera rangés dans le placard à souvenirs, où un nouveau groupe va s’affirmer ?” Cette équipe représente le renouveau de Cergy.

Au sein de l’effectif du premier de poule, aucun joueur n’est sous contrat. Ce qui n’est pas forcément le cas de tous les clubs de la division, même en Honneur… Prou poursuit : “on joue avec un centre de 18 ans qui a été formé au club, avec un deuxième-ligne de 37 balais qui a commencé à l’école de rugby… Le reste, ce sont des joueurs qui sont venus pour le projet de jeu, pas pour gagner quoi que ce soit, si ce n’est connaitre une aventure humaine.

Quels objectifs pour la saison prochaine ?

Monter, c’est bien. Et maintenant ? Le club a-t-il les reins assez solides pour se maintenir à l’échelon supérieur ? Le président explique : “financièrement, on savait qu’on pouvait monter. Les gens qui nous soutiennent au niveau du sponsoring m’ont tous dit qu’ils étaient prêts à mettre une petite rallonge pour donner des meilleures conditions d’entraînement. On est plutôt optimistes. On va essayer de faire quelque chose de bien l’année prochaine, de se sauver rapidement, et de prendre du plaisir.

Quid de l’effectif ? Si quelques joueurs d’expérience sont déjà ciblés, pas question de “galvauder l’esprit qui nous anime. La première ambition, c’est le maintien. L’autre, c’est de faire jouer 80% du groupe en Fédérale 3, parce que je pense que les joueurs ont le niveau.

Pour Thierry Prévot, alias Tutu, le message est passé :

Je pense qu’il faudra être ambitieux, même si on sait très bien qu’en tant que promu, on jouera le maintien. Il ne faut pas avoir peur. Je suis convaincu que ce qu’on a mis en place nous permettra de briller en Fédérale. On va se préparer, essayer de se renforcer avec quelques joueurs d’expérience, mais la valeur du groupe ne cesse d’augmenter, et il n’y a pas de raison qu’on n’y arrive pas.

Même son de cloche pour Guyou : “la saison sera plus longue, les impacts plus lourds, mais il peut y avoir un vrai effet de surprise. La peur peut nous inhiber, et aussi nous transcender.” Le mot de la fin pour l’ancien international suisse, qui cumule sa fonction francilienne avec celle d’entraîneur de la sélection helvète : “Cergy, c’est vraiment un club à part. Depuis sept ans, les dirigeants ont la volonté de le remonter, d’imposer un modèle économique basé sur la formation. C’est vraiment le futur du rugby en Fédérale, quand on voit tous ces clubs qui se cassent la gueule en balançant pas mal de pognons. Le club a connu cette politique, il a appris de ses erreurs. On veut se maintenir : il y a les moyens et les idées pour le faire.

L’équipe B à l’honneur

Invaincue cette saison et leader de sa poule, l’équipe B de Cergy peut également s’offrir une belle fin de saison. “Le second objectif du club, confie David Prou, c’est de qualifier l’équipe réserve pour le championnat de France, pour faire croquer à l’ensemble du groupe seniors, la joie des phases finales.” Championne de son comité il y a deux ans avant d’atteindre les demi-finales du tournoi national la même année, la B - composée de nombreux anciens Juniors et de quelques anciens toujours fidèles au rendez-vous - devra vaincre Versailles en demi-finale IDF pour voir le championnat de France. Rendez-vous le 22 avril.

Merci à Chloé, Sandrine et Olivier pour les photos.


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