Il y a des noms qui font encore lever les sourcils dans les tribunes françaises. Ben O’Keeffe en fait partie. Arbitre du quart de finale de Coupe du monde 2023 entre la France et l’Afrique du Sud, perdu 29-28 par les Bleus, le Néo-Zélandais a cristallisé une immense frustration. Invité du podcast DSPN Rugby, il est revenu sur ce match, mais surtout sur ce qu’il a vécu après. Et ses mots racontent autre chose que de simples décisions au sifflet.
RUGBY. ''Les arbitres ont besoin de soutien'', Ben O’Keeffe tire sur la sonnette d’alarme après la finale du Super Rugby“Je suis toujours fier”
Pour lui, ce France-Afrique du Sud reste “probablement l’une des meilleures premières mi-temps de rugby” qu’il ait connues. Il reconnaît que les arbitres “prennent beaucoup de bonnes décisions”, mais aussi qu’ils “font des erreurs”. Sur ce quart de finale, pourtant, il maintient sa ligne : “Je suis toujours fier de la façon dont j’ai arbitré ce match.” Il ajoute même qu’il pense toujours qu'il était “la bonne personne pour l’arbitrer”. En France, certains auront sans doute du mal à valider.
Le procès d’après-match
S'il a vécu sa meilleure vie sur le pré ce soir-là. L'après-match n'a pas été du même acabit. O’Keeffe parle d’un “procès par les médias”, dans un contexte “chargé émotionnellement”. Et il comprend une partie de cette tension : “Une nation venait d’être éliminée d’une Coupe du monde.” Le rugby français venait de perdre son rêve à domicile, pour un petit point, face aux futurs champions du monde. Dans ce genre de match, chaque ruck, chaque contest, chaque bras levé devient une scène de crime pour les supporters.
A l'époque, World Rugby avait conclu après analyse qu'il y avait des décisions en défaveurs des deux équipes. Mais d'aucuns estiment que les coups de sifflet contre les Bleus ou les fautes non sanctionnées des Boks ont plus pesé dans la balance.
Filmé dans la rue
L’arbitre raconte une semaine très lourde, alors qu’il devait préparer la demi-finale Angleterre-Afrique du Sud, confiée par World Rugby. “Je marchais vers la salle de sport avec mes collègues arbitres et des gens me filmaient”, explique-t-il. Sa sœur, arrivée pour le soutenir, aurait même été interrogée à la douane pour savoir si elle était liée à lui. On n’est plus dans le débat d’arbitrage. On touche à la pression humaine qui suit certains matchs.
Bien sûr, la critique fait partie du jeu. Elle est même nécessaire. Mais quand elle déborde sur la vie privée, la famille ou la sécurité, le rugby y perd aussi. O’Keeffe estime que les arbitres se soutiennent davantage qu’avant. Ils échangent, se corrigent, travaillent avec des préparateurs mentaux. Comme les joueurs, finalement. Sauf qu’eux n’ont jamais le ballon pour se racheter à l’action suivante.
Toujours dans le viseur
Ben O’Keeffe restera sans doute, pour beaucoup de supporters français, l’homme de ce France-Afrique du Sud. C’est injuste pour certains, logique pour d’autres. Du côté des joueurs du XV de France, c'est un match qui a longtemps hanté les esprits. Et pas seulement en raison des décisions arbitrales. Mais en grande partie à cause des erreurs commises sur le pré, de la déception d'être passé si proche et de ne pas avoir répondu aux attentes de tout un peuple et des leurs.
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