Un carton rouge au rugby ne signifie pas automatiquement “3 matchs”, “5 matchs” ou un chiffre magique valable partout. Il déclenche une procédure disciplinaire. Ensuite, une commission examine le geste, applique un barème et fixe une suspension exprimée en semaines, souvent converties en matchs selon le règlement de la compétition.
Selon la gravité de l’acte, cela peut aller de 0 semaine – si le rouge est annulé ou requalifié – à plusieurs dizaines de semaines, voire à vie pour les faits les plus graves. Ce n’est donc pas la couleur du carton qui détermine la durée, mais la nature du geste.
Comment la suspension est calculée
La logique est quasi universelle et s’appuie sur les principes de World Rugby. D’abord, on qualifie l’infraction : plaquage dangereux, plaquage sans ballon, stamping, coup de tête, contact avec les yeux, propos envers l’arbitre, etc. Ensuite, on fixe un “point d’entrée” selon trois niveaux : degré bas, médian ou haut, exprimé en semaines.
Prenons un exemple classique : le plaquage dangereux. Le barème international prévoit 2 semaines (bas), 6 semaines (médian), 10 semaines ou plus (haut). Un “tip tackle”, où un joueur est soulevé puis retombe sur la tête ou le haut du corps, démarre à 6 semaines en degré bas, 10 en médian, 14 ou plus en haut.
Ensuite, la commission ajoute des circonstances aggravantes comme la récidive, ou retranche des éléments atténuants comme le casier vierge ou les excuses. En règle générale, la réduction ne peut pas dépasser 50 % du point d’entrée.
Le cas particulier du contact tête/cou
Depuis plusieurs saisons, World Rugby impose une lecture stricte des contacts tête ou cou. En principe, un acte de jeu déloyal avec contact à la tête entraîne au minimum un point d’entrée médian. Autrement dit, pour un plaquage haut dangereux, on part souvent de 6 semaines.
Cette logique est reprise en France, que ce soit en Top 14 et Pro D2 via la Ligue Nationale de Rugby, ou en amateur sous l’égide de la Fédération Française de Rugby. La volonté est claire : protéger l’intégrité physique des joueurs.
Chez les pros : 1 semaine = 1 match
En Top 14 et Pro D2, le Livre 8 “Discipline & éthique” prévoit que les suspensions sont exprimées en semaines et qu’une semaine équivaut à un match. Un rouge pour “indiscipline” ou cumul de jaunes peut déboucher sur une semaine standardisée, mais pour une faute de jeu, on applique les barèmes détaillés.
Un coup de poing peut valoir 2, 6 ou 10 semaines selon la gravité. Un joueur en l’air projeté dangereusement peut partir de 4, 8 ou 12 semaines. Une agression envers un officiel peut grimper à 24, 48 semaines, voire plus. Et pour les faits les plus graves, comme une morsure ou un contact intentionnel avec les yeux, on peut aller jusqu’à 24 semaines et bien au-delà, voire à vie.
Un carton rouge entraîne automatiquement l’ouverture d’une procédure disciplinaire à l’encontre du licencié concerné ainsi que sa suspension à titre conservatoire jusqu’à la date de notification de la décision de l’organisme disciplinaire à son égard (sauf carton rouge pour indiscipline ou cumul de deux cartons jaunes).
En amateur : logique en semaines “actives”
Chez les amateurs, le principe est similaire, mais une semaine ne compte que si elle comprend un match où le joueur était susceptible de jouer. Un rouge ouvre en général une suspension conservatoire immédiate jusqu’à la décision de la commission, sauf cas spécifiques d’indiscipline.
La mécanique reste la même : degré bas, médian ou supérieur, puis ajustement selon les circonstances. Là encore, tout dépend du geste.
Ce que ça change vraiment
Pour les joueurs et les clubs, la différence est énorme. Un rouge pour indiscipline peut coûter un match. Un plaquage haut mal maîtrisé peut en coûter six ou dix. Une agression sur un arbitre peut ruiner une saison.
Ces barèmes montrent une évolution nette : la priorité est donnée à la sécurité et au respect de l’autorité. Le carton rouge n’est pas une sanction figée, mais l’entrée dans un processus qui vise à proportionner la peine à la gravité réelle de l’acte.
En clair, la question n’est pas “combien de matchs pour un rouge ?” mais “quel geste a été commis ?”. Et c’est toute la nuance d’un sport qui cherche l’équilibre entre engagement et protection.