66 millions de pertes malgré la manne des Lions
Une alerte financière vient bousculer l’image d’une Nouvelle-Zélande éternelle référence du rugby mondial. Selon un document interne de New Zealand Rugby obtenu par la presse néo-zélandaise puis consulté par The Telegraph, NZR projetterait 66 millions de dollars néo-zélandais de pertes (environ 33 millions d'euros) cumulées entre 2027 et 2031. Et le calcul comprend déjà 2029, année où les Lions britanniques et irlandais doivent rapporter une manne exceptionnelle. Une tournée qui ne passe pourtant en Nouvelle-Zélande qu’une fois tous les douze ans.
Le document, intitulé Rugby System Programme, décrit un modèle devenu « clairement non durable » sans réforme. NZR devrait réduire d’environ 20 millions de dollars ses coûts annuels à partir de 2028, alors qu’une perte nette de 27 millions serait déjà anticipée pour 2026. Les paiements aux joueurs représenteraient notamment 95 millions, auxquels s’ajoutent 46 millions distribués aux franchises de Super Rugby et aux provinces.
Des revenus records, mais une machine très coûteuse
Voilà tout le paradoxe. En mai dernier, NZR présentait pourtant des comptes 2025 nettement plus flatteurs : 304,2 millions de dollars de revenus (environ 151 millions d'euros), un record, et un bénéfice opérationnel ajusté de 700 000 dollars. Mais une fois l’ensemble des charges comptabilisées, l’exercice se termine avec une perte nette de 7,5 millions. Les états financiers officiels font apparaître 311,8 millions de dépenses pour 304,2 millions de revenus.
Et le problème impact aussi le Super Rugby. Un travail de Deloitte sur les cinq franchises néo-zélandaises indique qu’elles ont toutes connu au moins un exercice déficitaire entre 2019 et 2025. The Telegraph va plus loin : sans les financements de NZR, aucune n’aurait été rentable sur cette période. Derrière les maillots mythiques des Crusaders, des Blues ou des Chiefs, les tableurs ressemblent donc beaucoup moins à une démonstration des All Blacks à Eden Park.
Pourquoi le modèle néo-zélandais arrive à un tournant
Le problème touche directement l’architecture qui a longtemps fait la force du rugby kiwi : les All Blacks financent une large partie d’un système comprenant sélections, cinq franchises de Super Rugby, provinces et compétitions domestiques. Le document attribue aux All Blacks un résultat positif de 38 millions pour 2026, quand plusieurs autres secteurs nécessitent des investissements importants. Dans le même temps, la concurrence internationale pour conserver les joueurs augmente.
Et certains changements sont déjà visibles. NZR a confirmé en juin que le transfert de la licence de Moana Pasifika n’avait pas abouti et que le Super Rugby Pacific passerait à dix équipes en 2027. À un peu plus d’un an de la Coupe du monde australienne, la Nouvelle-Zélande doit ainsi chercher des économies sans affaiblir les filières qui alimentent précisément les All Blacks.
Les All Blacks restent riches, le système doit changer
Il serait donc exagéré de présenter NZR comme une fédération au bord de la cessation de paiement : elle conserve d’importantes réserves financières. Mais les 66 millions projetés racontent autre chose. Même une marque mondiale comme les All Blacks ne suffit plus à masquer durablement les déficits du système qui l’entoure. Et pour le pays qui a longtemps servi de modèle au reste du rugby, voilà peut-être l’avertissement le plus significatif.
Et en rouble, ça fait combien
les 66 millions de dollars australiens ?